NOTIONS PRELIMINAIRE
Si vous saviez le don de Marie !
"De même qu'on ne peut aller au Père que par "le Fils, on ne peut arriver au Fils que par sa "Mère." 1
Voilà résumé en deux lignes par Léon XIII, le rôle de la Sainte Vierge en ce qui regarde notre salut : nous ne nous sauverons que par elle. Le titre de Janua Cœli — Porte du Ciel — sous lequel nous l'invoquons, est vrai à la lettre. Si nous n'y allons pas par Marie, — Dieu l'a ainsi réglé — le Ciel* demeure et demeurera irrévocablement fermé. Sa A 1ère, il a daigné en faire la nôtre; et, du commencement jusqu'à la fin de notre vie, nous ne pouvons être vis-à-vis d'elle, dans l'ordre surnaturel,
1 Quô modo ad summum Patrem nisi per Filium, nemo potest accedere, ita ferè niai per Mariam accedere nemo possit ad Christum. Octobri mense., 22 sept. 1891.
que de faibles enfants. Il avait bien vu, le poète, quand, s'adressani à Marie, il écrivait:
",1e suis un vieillard, mais je suis Ion enfant.."
Toujours, en effet, aurons-nous besoin de sa main pour nous guider, comme de son cœur pour réchauffer le nôtre, l'orienter du côté de Dieu et de la vertu.
Cette vérité est mise en particulière lumière dans le culte catholique qui fait à Marie, une part tellement prépondérante qu'elle semblerait à un regard superficiel, empiéter sur les droits souverains de Dieu même.
Part de Marie dans le Culte Catholique.
Dans le cours de l'année, vingt-quatre fêtes rappellent les radieux souvenirs de sa vie pleine ■ de grâce, et les éclatants témoignages de l'amour qu'elle porte à ses enfants. Sur les douze mois, deux — le mois de mai et le mois d'octobre — lui sont consacrés ; cela, non pas d'une façon nominale, mais par des prières publiques et solennelles. Chaque semaine, un jour lui est dédié : le samedi est le jour de Marie, comme le dimanche est le jour de son Fils.
L'année, les mois, les semaines lui ayant apporté leur si riche part d'hommages, il ne restai! plus que les jours fissent de même. Aussi, chaque jour, ■ — et, trois fois par jour — du beffroi de la majestueuse cathédrale, comme du clocher de l'humble chapelle,
les cloches slébranlent pour convier l'Eglise à se prosterner devant le trône de la Vierge, en lui récitant Vangelus.
Le Triple Emblème de la Piété envers Marie.
Le Rosaire est devenu la prière par excellence, ayant sa fête à part et des plus solennelles. Enrichi d'indulgences sans nombre, il constitue, après la Sainte Messe, le plus puissant secours de l'Eglise Souffrante du Purgatoire, parce que c'est la prière officielle de l'Eglise à Marie.
Le scapulaire du Mont-Carmel est le premier des scapulaires et a aussi sa fête propre, parce que c'est le scapulaire de Marie
De toutes les médailles, la Médaille Miraculeuse est la première, avec fête spéciale encore, — concédée le 10 juillet 1894 — parce que c'est la médaille de Marie.
"Un triple lien se rompt difficilement1" dit l'E-. criture ; Rosaire, Scapulaire, Médaille, voilà le triple lieu qui unit le Cœur de la Mère au cœur de ses enfants.
Marie, Premier Ministre de Dieu au Département des Grâces.
Pourquoi donc ce déploiement vraiment extraordinaire du culte de Marie, lequel — comme dans le
1 Funiculus triplex difficile rumpitur. Ecclesiaste, IV, 12.
Rosaire où nous récitons dix Ave contre un Pater — semblerait reléguer son Fils Lui-même au second plan? Dieu a voulu nous rappeler par celle éloquente leçon de choses, que toutes les grâc&s sont dans ses rnains, qu'elle est sou premier ministre au département de sa Miséricorde, ' et qu'il est doublement honore quand il l'est dans sa Mère. Dès lors, si les pratiques de piété en l'honneur de Marie ont un rang éminemmenl à part, c'est qu'elles son! l'expression <le son rôle unique et providentiel dans l'œuvre de notre salut, lequel lui est d'autant plus cher qu'elle le voit à travers le Sang môme de son Fils. Oublier cette donnée capitale serait se rendre incapable de jamais rien comprendre à l'excellence sans parallèle que l'Eglise revendique pour le Rosaire.
Le Vrai Chrétien Reçoit Marie chez Lui.
"Représentant du Christ, nous ne pouvons nous "empêcher de redire à tous, les dernières paroles "que le Dieu Crucifié nous a laissées comme en testament : Voici votre mère — S. Jean, XIX, 27. "Tous nos vœux seront comblés, si tous les fidèles "n'ont désormais rien de plus à cœur que le culte "de Marie, et si on peut appliquer à chaque chré- "tièn, ce que saint Jean a écrit de lui-même.: /.< "disciple /</ reçut chez lui." AroirsTissiM/E., 12 sept. L897.
1 Cselestiuro administra gratiarum, Léon XIII. Stpremi., 1 sept. 1883.
L'Eglise naissante, à l'exemple du disciple bienaimé, prit Marie chez elle. "La Vierge devenue sa 'mère adoptive', en soutint admirablement les commencements difficiles, par la sainteté de ses exemples, l'autorité de ses conseils, la douceur de ses en, eouragements, l'efficacité de ses prières. Après 'avoir été la Coopératrice de la Rédemption des 'hommes, elle est devenue aussi — et pour tous les 'temps : — ■ par le pouvoir presque illimité qui lui a 'été départi, la dispensatrice de la grâce qui découle 'de cette Rédemption." Adjtjtricem., 5 sept. 1895.
"Telle est la grandeur de Marie, si puissante est
'la faveur dont elle jouit auprès de Dieu, que ne
'pas recourir à elle dans ses besoins, ce serait vou-
'loir, sans ailes, s'élever dans les airs." Augustis-
sim.l., 12 sept. 1897.
Le Rosaire, Prière Officielle de l'Eglise À Marie.
Xon contente de la recevoir chez elle et de lui faire dans son culte, la part ' prépondérante déjà mentionnée, l'Eglise veut que tout fidèle reçoive aussi la Saiiiic Vierge chez lui; qu'il place en elle, la confiance et l'amour dus à la meilleure des mères ; qu'il voie dans le Rosaire, cette toute aimable et gracieuse formule d'étiquette divine qu'elle aime à trouver sur les lèvres de ses enfants, quand ils se présentent devant son trône, pour solliciter l'obtention des grâces don! elle a été constituée l'auguste gardienne et dépositaire. "Le Rosaire nous conduit
"à Jésus par la voie qu'il a choisie lui-même pour "venir à nous, c'est-à-dire, la très sainte Vierge "Marie." Cardinal Dechamps.
Pie X, le Pape de l'Eucharistie, aurait-il pu travailler de façon si efficace à restaurer le Christ au sommet de la vie chrétienne, même des enfants, par la communion fréquente, si Léon XIII, le Pape du 'Rosaire, n'avait pas frayé les voies au règne du Fils par le règne de Sa Mère.
Qu'on ne se flatte jamais d'aimer réellement Dieu et de le servir, si d'abord l'on n'est pas le fidèle serviteur de la Sainte Vierge. De par une disposition particulière de la Providence, ils sont aussi inséparables dans l'économie de la grâce et de notre salut, qu'ils le sont dans l'ordre de la nature.
S. Hyacinthe, dominicain polonais, fuyait devant les Tatars qui venaient de s'emparer de la ville de Kiev, en 1240. Portant le Saint Sacrement, il franchissait la balustrade du sanctuaire, quand il entendit une voix d'une douceur ineffable, qui semblait venir d'une statue de la Sainte Vierge vénérée dans l'église : "Mon enfant, ne sépare pas la Mère, de son Fils. Emporte-moi." Comment soulever un pareil poids, se demandait le saint, en regardant l'image d'albâtre couronnée d'or, présent du duc Vladimir. Mais, sans effort, la main du serviteur docile, soulevait la statue, et les eaux du Dnieper se faisaient solides pour honorer le passage de ce touchant et gracieux miracle.
Durant notre court séjour sur la terre, harcelés
ei pressés de toutes parts, par le mal, appliquonsnous la parole adressée à Hyacinthe : Emporte-moi. Oui, emportons — non plus dans nos bras — mais vivante dans notre cœur, la virile tendresse de ces deux amours de la Sainte Vierge et du Saint Sacrement qui sauront assurer notre fuite de l'enfer, et guider notre course vers la paix de l'éternel bonheur.
L'homme s'agite et Dieu le mène, dit un proverbe Ncus pouvons ajouter que la prière, à son tour, mène Dieu, en ce sens qu'il s'est engagé à se rendre aux supplications qu'on lui adresse. Quand ces supplications lui viennent de sa Mère, elles lui sont irrésistibles. Marie est, en effet, la Toute-Puissance Suppliante, — Omnipotentia Supplex — et elle n'est jamais mieux amenée à remplir ce rôle que par le Kosaire, sa prière préférée. La Vénérable Mère Hallahan, religieuse dominicaine, disait des grains de son rosaire: "Ce sont les boulets de canon de Notre Dame" ; et en réalité, elle les avait vus abattre plus d'un formidable ennemi, pulvériser des obstacles humainement infranchissables. C'est contre le mal, l'arme des victorieux, parce que c'est l'arme de la Reine de la Victoire.
Les titres du Rosaire ont été proclamés avec des accents incomparables par un Pape qui incarna sur la Chaire de Pierre, la piété des âges pour la Vierge. Sous la plume de Léon XIII, c'est toute une litanie d' excellence qui jaillit à la louange du Rosaire :
'dont Manie fut l'auteur et la maîtresse; l'exercice 'de piété le plus utile; lit formule de prière la plus 'touchante et la plus efficace ; le mode idéal de sup- ' plicatiou ; le moyen assuré d'attirer la clémence 'divine; la prière incomparable et d'efficacité sou- 'veraine; l'arme invincible contre les ennemis de la 'foi; la prière toute belle et toute féconde; le ré- 'sumé du culte dû èi Marie; le moyen sans égal de 'mériter sa protection et ses grâces; le noble cm- 'blème de la piété eh retienne" l
Inspiré par le même vibrant enthousiasme, le Souverain Pontife Benoit XV écrit au père Becchi,
1 . . nobilis instar tesserœ christianse pietatis. Superiore., 30
août 1884.
. . summa debiti Maria? cultûs. Octobri., 22 sept. 1891. . . nullo se posse meliori pactô, ipsius patrocinium et gratias
demereri. Ibid.
. . bellicum instrument um ad hostes fidei debellandos pneva-
lidum. Ibid.
. . pulcherrimâ fructuosâque prece Maria? peracceptâ.
Magnje., 7 sept, 1892.
. . Ci* jus Maria inventrix et magistra. L^titije., 8 sept. 1893. . . optimum praesidium divinae propitianda? clementiae. Ju- . . cunda., 8 sept. 1894.
. . sacratissimâ prece et saluberrimœ virtutia. Ibid. . . supplicandi genus pra?stantissimum. Diutxtrni., 5 sept.
. . probatissima et piissima precandi formula. Ubi primum.,
2 oct. 1898.
. . saluberrimum pietatis off icium. Ibid. . . de variis divin;v Matris formulis et rationibus, Rosarium
nominatim indicare placet. Octobri., 22 sept. 1891. . . per admirabilem Rosarii orandi ritum, splendidissimus Deo
exhibetur religionis cultus et plena fidei christianœ con-
fessio. Inter., 11 sept. 1887.
.. hoc vero munus (conciliandre nobis divinae gratis) in
nullô fortasse orandi modo tam patet expressum quam in
Rosario. JTJCDNDA., 8 sept. 1894.
le 18 septembre 1915 : "Que le peuple chrétien tien- "ne pour certain que le Rosaire est la plus belle fleur "de piété humaine, la plus féconde source des grâces "célestes."
Pour accentuer encore davantage ce caractère d'excellence et consacrer jusque dans le langage usuel, un privilège unique de grandeur, l'Eglise interdit de désigner Jout autre chapelet, sous le nom de Rosaire.1
C'est donc un nom réservé, inaliénable, tout comme le rôle médiateur de Marie dont il est l'expression : de même qu'il n'y a qu'une Vierge, il n'y a qu'un Rosaire.