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LE KOSAIRE ET LA MORT

La Confrérie du Rosaire a toujours été considérée par l'Ordre de S. Dominique, comme une sœur partageant avec lui, ses grâces, ses mérites, ses privilèges de famille. L'heure de la mort en fournit une preuve particulièrement touchante. A-t-on remarqué que parmi les cinq indulgences plénières accordées pour le moment suprême, il y en a une pour la récitation du Salve Regina. Salut, ô Reine. Cette prière si belle par elle-même, captivera davantage la piété des cœurs quand nous aurons rappelé quelques épisodes saillants de son histoire dominicaine.

Le Salve Regina, en honneur dans l'Ordre de S. Dominique, encore à son berceau, rappelle les heures d'angoisse, des premiers frères tourmentés par les démons dont la Sainte Vierge, appelée par cette prière, les délivra pour toujours. Le Bienheureux Jourdain de Saxe successeur immédiat de S. Dominique comme Maître Général, prescrivit en 1226, de le chanter chaque soir après l'office de Com plies. Le pieux usage s'en est conservé jusqu'à nos jours. Sous quelque ciel qu'ils vivent, les Frères Prêcheurs de l'univers entier se retrouvent aux pieds de Marie, dans le chant du Salve. Précédée de deux frères

portant des cierges allumés, la procession sort du chœur et s'avance sur deux lignes recueillies, dans le sanctuaire. A ces mots Eia, ergo, Advocata nostra., tous se prosternent devant l'image de la douce Keine dont la protection constante est peut-être, le plus beau chapitre de leur longue histoire.

Une glorieuse et sanglante consécration était réservée à cette coutume, peu d'années après son introduction dans la famille dominicaine.

C'était en 1260, 44 ans après la fondation de l'Ordre — 1216. Les Tatars appuyés par les Russes, avaient envahi la Pologne et leurs hordes sauvages assiégeaient la ville de Sandomir où se trouvait le couvent dominicain de St- Jacques, gouverné par le Bienheureux Sadoc comme Prieur. Or, dans la nuit du 2 juin, les religieux ayant récité l'office au chœur, selon la Règle, le novice chargé de lire le Martyrologe, gardait le silence, fixant le livre comme s'il eût présenté quelque chose d'étrange : il venait, en effet, d'y voir ces mots écrits en lettres d'or : A Sandomir, la mort de quarante-neuf martyrs. Dominant son émotion, et d'une voix où vibrent l'enthousiasme et le courage, il annonce à ses frères, le triomphe prochain de leur mort. La communauté tout entière a tressailli. Le Prieur se lève et va constater de ses propres yeux, la réalité du prodige. "Frères bien-aimés, dit alors le Bienheureux Sadoc, nous sommes quarante-neuf ici, et nous venons d'être invités par le Ciel, à verser notre sang pour le Christ. Mourons donc avec joie, sous les coups des Tatars." Plus d'une cellule dut entendre la plainte de la na-

(ure devant la mort, mais sur ces victimes tombait bientôt l'ineffable paix du Christ.

Le soir, l'office terminé, les portes du chœur s'ouvrent, et les religieux s'avancent deux à deux vers l'autel de la Sainte Vierge, en chantant le Salve Eegina. Au dehors, le massacre et l'incendie font rage, car, les barbares viennent de s'emparer de la ville. Guidés par les chants, ils se précipitent dans l'église, brandissant leurs terribles lances et poussant d'affreux hurlements. Le chant ne cesse pas pour tout cela: Enfants d'Eve, malheureux exilés, nous élevons nos cris vers vous, nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Le fer s'est abattu sur la blanche phalange des serviteurs de la Vierge, mais il y a encore quelques voix pour continuer: De grâce, notre Avocate, tournez donc vers nous, vos regards miséricordieux, et après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles. Quarante-huit fois, les Tatars ont frappé et quarante-huit cadavres gisent sur les dalles. Ils sont là, le prieur et son conseil, les prêtres, les diacres, les clercs, les convers. De douces clartés enveloppent comme d'un linceul, les martyrs inanimés, tandis que sous les voûtes flotte un chœur de voix harmonieuses : le Salve interrompu sur la terre, s'achevait dans le Ciel. Seul, un religieux manquait à cette fête du sacrifice. Pris de terreur, il s'était blotti dans le clocher. Le noble exemple de ses frères le ramenait bientôt au poste du devoir et il venait s'offrir de lui-même aux coups des bourreaux. Sadoc aux pieds de Marie, put compter tous ses religieux : pas un ne manquait à l'appel. Brillant au-

dessus des cloîtres désolés, quarante-neuf étoiles attestaient que le couvent s'était reformé au Ciel.

A l'Ordre de saint Dominique, ces saints lèguent le cérémonial de la mort. Le Salve qui jusque-là avait marqué simplement la fin de chaque journée du religieux, marquera aussi désormais, le soir de la grande journée de sa vie. Arrivé à ses derniers moments, la communauté se réunit autour de son lit et chante, pour lu1', le Salve Kegina. C'est le chant du départ, le suprême appel de l'âme en péril et que guettent les sombres abîmes de l'éternité ; la prière humble et confiante de l'enfant qui demande à sa mère de laisser tomber sur son agonie, la bénédiction de son regard- et de son sourire : miséricordes oculos ad nos couverte.

L'histoire dominicaine nous fournit à chaque page, des exemples ravissants qui nous montrent la Sainte Vierge descendant alors pour recueillir elle-même dans ses bras maternels, la pauvre âme en détresse.

C'est aussi la grâce que l'Eglise invoque sur vous, confrères du Eosaire, quand bénissant vos chapelets, elle met sur les lèvres de ses prêtres, ces solennelles paroles : 0 Dieu, qu'au moment de leur sortie de ce monde, la Bienheureuse Vierge Marie, vous présente elle-même, leur âme toute riche de bonnes œuvres: et in exitu suo ab ipsâ Beatissimâ Virgine Maria Dei Génitrice, Tibi plenus operibus prœsentari mereatur.

C'est la même filiale confiance qui dictait ces belles paroles à Léon XIII: "Dévots du Eosaire, oui, aimons la "Couronne de Marie" comme la compagne inséparable de notre vie et notre fidèle pro-

tectrice. La tenant dans nos mains, à la dernière agonie, qu'elle nous' soit alors, le doux présage de l'incorruptible Couronne de gloire." Fidentem., 20 sept. 1896.

Un autre usage très louable, c'est de placer le rosaire avec le crucifix, entre les mains des mourants, pour les soutenir dans leur dernière lutte centre l'Enfer, et de le déposer ensuite avec leurs restes dans le cercueil. Trait de haute inspiration chrétienne, car, si la Croix est l'arme du Fils, le Bosaire est l'arme de la Mère, et elles sont toutes deux à leur place, aux mains du soldat du Christ, qui est censé leur devoir le courage de la suprême et déoisive victoire.

Sur le point de mourir, S. François de Sales après avoir reçu l'Extrême Onction, demanda qu'on lui passât son rosaire au bras, afin qu'il lui servît de solide bouclier pour repousser les derniers assauts du démon.

"Je n'ai pas peur de la vie quand je songe à ma mère" écrivait le Père Didon. Je n'ai pas peur de la mort, quand je songe à ma Mère du Ciel, pourrions-nous dire, à notre tour.

LE ROSAIKE ET LES AMES DU PURGA- TOIRE.

"Toutes et chacune des indulgences contenues "dans ce catalogue, peuvent être appliquées aux "âmes des fidèles qui sont morts unis à Dieu par le

"lien de la charité; excepté toutefois l'indulgence "plénière à l'article de la mort." Léon XIII, In eâ., n. 65, 29 août 1899.

Le Rosaire, à cause de sa merveilleuse prodigalité d'indulgences, a été justement appelé par l'illustre Père Faber "la reine des dévotions indulgenciées"'1 Que ne peut-il pas, en effet, aux mains de chrétiens fervents, pour porter secours aux prisonniers de l'Eglise Souffrante.

Le Bienheureux Jean Massias, frère convers Dominicain, qui vécut au Pérou, avait l'habitude de réciter aussi souvent qu'il le pouvait, son rosaire pour le,.< défunts. Sur son lit de mort, et par l'ordre de son confesseur qui seul put vaincre son humilité, il déclara avoir délivré par ce moyen, un million quatre cent mille âmes, des flammes du Purgatoire ; chiffre prodigieux, mais que le Pape Grégoire XVI n'a pas hésité à insérer dans la Bulle de Béatification du saint religieux.

Dans une pauvre église du Tyrol, se trouve un tableau d'un mérite artistique contestable, mais d'une haute et douce inspiration. Il représente le Purgatoire avec deux portes dé sortie du côté du Ciel. A droite au-dessus d'un autel où un prêtre célèbre le Saint Sacrifice, la porte de l'Eucharistie, toute large et qui livre passage à une multitude d'âmes ; à gauche, la porte du Rosaire par où des anges jettent des chapelets au milieu des flammes et en retirent de nombreux captifs. C'est sous une forme populaire et saisissante, la belle pensée du

1 Progrès de l'âme. Ch. XV.

Père Demora, 0. P. "Après la Sainte Messe, le Rosaire est le moyen le plus efficace de soulager les Ames du Purgatoire." Dès lors, sachons nous aussi par l'intermédiaire de nos Anges Gardiens, jeter des rosaires dans ces flammes expiatrices. De la sorte, l'Eglise n'aura pas mis inutilement dans nos mains, sous la forme d'indulgences, l'inappréciable trésor des bonnes œuvres satisfactoires de Notre-Seigneur, de sa Sainte Mère et de tous les Elus. Le temps n'est peut-être pas loin, du reste, où nous-mêmes plongés à notre tour, dans cette prison de feu dévorant, bénirons les inspirations d'une charité qui s'était interdit d'oublier les autres, à leur heure de détresse.

Dans le même ordre d'idées, c'est une pratique salutaire après le décès d'un membre de la famille, de réciter le Rosaire en commun, pour le repos de son âme. Les veilles de morts sont souvent marquées par une légèreté qui semble toucher à l'inconscience. Revenons à la touchante coutume de disposer tout pour que constamment, il se trouve près de leur corps, quelqu'un pour plaider leur cause auprès de la Vierge du Rosaire.

C'est encore un usage éminemment chrétien d'accompagner les restes mortels d'un défunt, de la maison à l'église, et de l'église au cimetière, en disant, si possible, le Rosaire à haute voix, afin que par nos prières et par l'application de nombreuses indulgences, nous venions en aide à celui que nous avons aimé sur la terre, et hâtions son entrée dans le repos et le bonheur.

"Quand tout petits, nos mères nous apprenaient à croire, à espérer et à aimer, elles posaient, sans y penser, les degrés par où nous remontons jusqu'à 'elles, maintenant que nous les avons perdues. Heureux ceux qui savent vivre avec les morts ! ; C'est souvent un excellent moyen de remplir ses devoirs envers les vivants." Ozanam.

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