ORIGINE ET DÉBUTS DE LA PERSÉCUTION
En 1614, un vaisseau hollandais s'étant brisé sur les côtes du Japon, son capitaine, Guillaume Adams, anglais et protestant, se rendit à la cour et fit entendre au mikado Cubo-Sama, que la présence des missionnaires catholiques constituait pour ses états, un extrême danger. Il n’en fallait pas davantage pour jeter ia défiance dans l'âme ombrageuse du prince, et la persécution éclata en cette même année 1614. Cubo-Sama répandit des flots de sang chrétien jusqu'à sa mort en 1615. Son fils Xogun- Sama se montra par sa cruauté, le digne héritier d'un tel père. En mai 1617, notamment, étaient décapités les BB. Pierre de l’Assomption, franciscain espagnol, et Jean-Baptiste Tavora, jésuite portugais.
MARTYRE DES BIENHEUREUX ALPHONSE DE NAVAR- RETE, DOMINICAIN, FERDINAND DE $. JOSEPH, AUGUSTIN, ET DU JEUNE LÉON, JAPONAIS.
Afin de raffermir les chrétiens par un courageux exemple, le Père Alphonse de Navarrete, dominicain, jugea alors opportun de s'offrir lui-même aux persécuteurs. Le Père Ferdinand de $. Joseph, au-
gustin, et un jeune japonais nommé Léon, voulurent partager son sort.
Arrivé au Japon en 1611, le Bienheureux Alphonse devait, par ses œuvres de charité, mériter d'être appelé le Vincent de Paul du pays. Une de ses occupations les plus ordinaires, dit le Père Charlevoix, était d'aller ramasser dans la rue, les enfants que leurs parents exposaient, faute de pouvoir les nourrir. Il en envoya un très grand nombre au Ciel, en les baptisant. Les chères petites créatures l’occupèrent jusqu'à la fin, et, au moment de verser son sang pour la foi, il écrira à un capitaine espagnol Paul Garruche : ‘‘N'oubliez pas, je vous prie, de continuer l’aumône que vous faites pour ces enfants trouvés. Je vous en conjure, de cette île déserte où nous attendons la mort."’
Dans son ouvrage, — Triomphe du Saint Rosaire,
au Japon — le Père François Carrero constate qu'avant l'établissement de cette dévotion, le christianisme fit des progrès peu rapides, dans le pays, et que le courage de bon nombre de chrétiens faiblissait devant la persécution. Le Bienheureux Alphonse ayant donné tous ses soins à la fondation et à l'expansion des confréries du Rosaire, un changement soudain et merveilleux s’opérait dans les âmes. Sous les bénédictions et les regards de la Vierge, une force mystérieuse avait transformé ces chrétiens, prêts désormais à affronter les plus longues et les plus cruelles épreuves.
Le martyre d'Alphonse et de ses deux compagnons fut un véritable triomphe. Une foule immense de spectateurs les suivait, parmi lesquels la tante et l'aïeule mêmes du gouverneur d'Omura. lesquelles se confesstrent aux martyrs. Alphonse prêchait avec une ardeur céleste, multipliant ses exhortations vives et pressantes sur la piété envers Notre-Dame du Rosaire. Comme, selon la coutume de son pays d'Espagne, le Bienheureux chantait le Rosaire, cette prière de Marie avait les accents suaves et pénétrants d'un cantique du Ciel. Ayant donné son crucifix en souvenir, le dominicain pria un chrétien de lui faire une croix avec deux bâtons. voulant, disait-il ‘‘mourir la croix à la main, pour l'amour de Celui qui a bien voulu mourir pour moi.’”
Afin de sofstraire leurs prisonniers à une foule trop sympathique, à leur gré, les soldats les trans. portèrent dans l'île de Taxa-Sima, autrement dite des épines. L'exécution n'allait pas tarder davan-
tage. Alphonse de Navarrete avait à sa droite, Ferdinand de S. Joseph, et à sa gauche, le jeune Léon. Avant de mourir, le Bienheureux Ferdinand voulut baiser le glaive qui devait le décapiter. Son sang fut le premier versé. Ce fut alors le tour du Bienheureux Alphonse. Le fils de S. Dominique, d'une main pressant sur son cœur sa grossière croix de bois, et de l'autre tenant le rosaire et le cierge bénit de la Confrérie, répandait son âme devant Dieu et sa sainte Mère, dans une ardente et suprème prière. Le bourreau ne réussit à lai trancher la tête qu'au troisième coup de son glaive. Quant au Bienheureux Léon, sa tête roula bientôt auprès du corps sanglant dont l'âme l'attendait déjà devant le trône de Dieu. Ce glorieux triomphe eut lieu le
1° juin 1617. Pie IX trouvera tant de virile grandeur et d'invincible vertu dans le Bienheureux Alphonse qu'il le placera le premier sur la Bulle de Béatification, avant tous les autres martyrs.
Une circonstance qui suivit l'exécution mérite d'être signalée. Les quatre grands Ordres religieux qui évangélisèrent le Japon, se trouvèrent alors réunis dans la mort. On ouvrit les cercueils des BB. Pierre de l'Assomption, franciscain, et Jean-Baptiste Tavora, jésuite. Le corps du dominicain fut mis avec celni du jésuite, dans le cercueil de ce dernier, et les restes de l’augustin furent placés avec ceux du franciscain.
C'est ainsi que la Providence associait ces hommes apostoliques dans une même destinée terrestre, comme elle voulait plus tard les réunir dans un commun culte sur les autels.