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MARTYRE DES BIENHEUREUX ALPHONSE DE NAVAR- RETE, DOMINICAIN, FERDINAND DE $S. JOSEPH, AUGUSTIN, ET DU JEUNE LÉON, JAPONAIS.
Afin de raffermir les chrétiens par un courageux exemple, le Père Alphonse de Navarrete, dominicain, jugea alors opportun de s'offrir lui-même aux persécuteurs. Le Père Ferdinand de $. Joseph, augustin, et un jeune japonais nommé Téon, voulurent partager son sort.
Arrivé au Japon en 1611, le Bienheureux Alphonse devait, par ses œuvres de charité, mériter d'être appelé le Vincent de Paul du pays. Une de ses occupations les plus ordinaires, dit le Père Charlevoix, était d'aller ramasser dans la rue, les enfants que leurs parents exposaient, faute de pouvoir les nourrir. Il en envoya un très grand nombre au Ciel, en les baptisant. Les chères petites créatures l’occupèrent jusqu'à la fin, et, au moment de verser son sang pour la foi, il écrira à un capitaine espagnol Paul Garruche : ‘‘N'’oubliez pas, je vous prie, de continuer l’aumône que vous faites pour ces enfanis trouvés, Je vous en conjure, de cette île déserte où nous attendons la mort.”’
Dans son ouvrage, — Triomphe du Saint Rosaire,
au Japon — Je Père François Carrero constate qu'a. vant l'établissement de cette dévotion, le christia nisme fit des Progrès peu rapides, dans le Pays, et que le courage de bon nombre de chrétiens faiblis. sait devant Ja Persécution, Le Bienheureux Al. phonse ayant donné tous ses soins à la fondation et à l'expansion des confréries du Rosaire, un changement soudain et merveilleux s'opérait dans les âmes. Sous les bénédictions et les regards de la Vierge, une force Mystérieuse avait transformé ces chrétiens, prêts désormais à affronter les Plus longues et les blus cruelles épreuves.
Le martyre d'Alphonse et de ses deux com pa- £nons fut un véritable triomphe. Une foule immense ‘de spectateurs les suivait, Parmi lesquels la lante et l'aïeule mêmes du £ouverneur d'Omura lcsquelles se confessèrent aux Martyrs. Alphonse prêchait avec une ardeur céleste, multipliant ses ex. hortations vives ct pressantes sur la piété envers Notre-Dame du Rosaire, Comme, selon Ja coutume de son pays d'Espagne, le Bienheureux chantait le Rosaire, cette Prière de Marie avait les accents sua. Yes et pénétrants d'un Cantique du Ciel. Avant donné son crucifix en Souvenir, le dominicain pria un chrétien de lui faire une croix avec deux bâtons. voulant, disait.;] ‘mourir la croix à la main, pour l'amour de Celui qui a bien voulu Mourir pour moi.’
Afin de soustraire leurs prisonniers à une foule trop SYMmpathique, à leur gré, les soldats Jeg trans. Portèrent dans l'île de Taxa-Sima, autrement dite des épines. L'exécution n'allait pas tarder davan-
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üge. Alphonse de Navarrete avait à sa droite, l'erdinand de S$. Joseph, et à sa gauche, le jeune Léon. Avant de mourir, le Bienheureux Ferdinand voulut baiser le glaive qui devait le décapiter. Son “ing fut le premier versé. Ce fut alors le tour du Bienheureux Alphonse. Le fils de S. Dominique, d'une main pressant sur son cœur sa grossière croix de bois, et de l'autre tenant le rosaire et le cierge bénit de la Confrérie, répandait son âme devant Dieu et sa sainte Mère, dans une ardente et supréme prière. Le bourreau ne réussit à lui trancher l: tête qu'au troisième coup de son glaive, Quant at Bienheureux Léon, sa tête roula bientôt auprès dé corps sanglant dont l'âme l'attendait déjà devant
le trône de Dieu. Ce glorieux triomphe eut lieu le lju'n 1617. Pie IX trouvera tant de virile grandeur cl d'invincible vertu dans le Bienheureux Alphonse ail le placera le premier sur la Bulle de Béatifi. ‘tion, avant tous les autres martyrs.
Une circonstance qui suivit l'exécution mérite d'être signalée. Les quatre grands Ordres religieux qui évangélisérent le Japon, se trouvèrent alors réunis dans la mort. On ouvrit les cereueils des BB. Pierre de L'Assomption, franeiscain, et Jean-Bap- Uste Tavora, jésuite. Le corps du dominicain fut mis avec celui du jésuite, dans le cercueil de ce dernier, et les restes de l'augustin furent placés avec ceux du franciscain.
C'est ainsi que la Providence associait ces homes apostoliques dans une méme destinée terrestre, comme elle voulait plus tard les réunir dans un com un culte sur les autels.
LE GRAND MarTyre.
10 septembre 1622.
Au cuurs des cinq années qui suivirent les événe. ments rapportés plus haut, de nombreux mission. aires et chrétiens indigènes tombèrent aux mains des persécuteurs et furent jetés dans les prisons d'Or. ra. Durant leur iongue et douloureuse captivité. Dominicains, Franciscains et Jésuites pratiquaient les exercices de la vie conventuelle, se levant à ninuit pour réciter ensemble le bréviaire, ajoutant des Jjeûnes et des pénitences aux souffrances qu'ils àvaient à endurer dans leur dure et infecte prison.
Le 10 septembre 1622, 24 de ces prisonniers laissèrent les prisons d'Omura, pour subir les derniers supplices, à Nangasaki, sur la Sainte Montasne même où, vingt-cinq ans auparavant, avaient ‘té crucifiés les 26 martyrs canonisés du Japon — fête le 5 février. Un chrétien précédait les 24 prisonniers, portant devant eux la bannière de la confrérie du Saint Nom de Jésus, au chant des Litanies de 11 Sainte Vierge et du Te Deum. Le Bienheureux Joseph de S. Hyacinthe ne cessait de prêcher à l1 foule, avec une sainte ardeur, les gloires de la Reine du Saint Rosaire, qui continuerait de les instruire. de les consoler et de les fortifier quand leurs pisteurs ne seraient plus.
Ils arrivaient à la Sainte Montagne, quand ils
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rencontrèrent un autre groupe de 34 chrétiens prisonniers venant de Nangasaki. (Ces derniers ava'ent chacun une corde au cou, un bourreau tenant le bout de la corde. La Bienheureuse Marie de Fingo, tertiaire dominicaine, marchait en tête des femmes et des enfants dont quelques-uns étaient portés dans les bras de leur mère. Revêtue de l'habit blanc de l'Ordre ct portant une croix à la main, elle entonna un cantique auquel ses compagnes répondirent avec une sainte allégresse. Ce chant de bienvenue à la mort avait quelque chose de céleste et ravissait d'admiration la foule émue d'un tel spectacle.
On voyait dans les rangs de cette troupe de Nangasaki, l'élite de la société japonaise. L'illustre Marie Tocuan, femme du martyr André Tocuan, attirait surtout les regards; cette sainte veuve avait été admise dans le Tiers Ortre et s'était dévouée «u service des missionaires, malgré l'extrême pauvreté où l'avait réduite sa fidélité à la foi chrétienne. Elle n'avait que 33 ans. Ses infirmités l’empêchant de marcher, elle se fit porter au martyre, revêtue de son habit blanc de tertiaire. Il y avait encore Agnès de Corée, 42 ans, aussi du Tiers Ordre ; Catherine de Fingo, Prieure de la Confrérie du Saint Rosaire et de celle du Saint Nom de Jésus ; une autre Marie de Fingo avec ses deux enfants, Jean, âgé de 15 ans et Pierre, âgé de 3 ans; Thècle Nangayxi, avec son fls Pierre, âgé de 7 ans; Isabelle Fernadez avec son petit Ignace, âgé de 6 ans; Pierre Matayama, âgé de 5 ans, marchant seul au martyre ; Marine, Apol-
line, Claire, Madeleine, etc., tous de la confrérie du Rosuire,
Les hommes et d'autres enfants suivaient. C' tait d'abord Romanus, prieur de la confrérie di Saint Rosaire : Dominique Chiango, âgé de 19 ans Damien d'Omura, avec son fils Michel, âgé de 5 ans Clément, avec son fils Antoine, âgé de 2 ans: Bar. thélemy Cavano, Dominique Yamanda, Dominiqu d'Omura ; Thomas de Caratzu, âgé de 7 ans et ma chant seul au martyre, ete., tous de Ja confrérie du Rosaire.
Une foule d'environ 60,000 personnes, dont 30.
000 chrétiens, était accourue pour assister à |: scène émouvante des supplices. Un magistrat
monta sur une estrade, et, à peine assis donna le: signal de l'exécution.
Les confesseurs de la foi étaient au nombre de 5x Comme il y avait là 25 poteaux, 25 prisonniers \ furent amenés, et, s'étant mis à genoux, embrasstrent pieusement le bois de leur sacrifice. Les autres étant condamnés a être dé apités, s'agenouil. lèrent et attendirent paisiblement la mort.
Le Bienheureux Charles de Spinola, jésuite, ayant demandé à la Bienheureuse Isabelle Fernandez : ‘‘Qu'avez-vous fait de mon petit Ignace?’ — ‘:T,. voici, répondit la mère, élevant l'enfant dans ses bras, je n'ai eu garde de le priver du seul bonheu: que je sois en état de Ini procurer.” Ignace qui n'avait que 6 ans, vit tomber la tête de sa mère. sans changer de couleur, et reçut lui-même le coup
de la mort, avec une intrépidité bien au-dessus de son âge.
Les 33 martyrs furent inébranlables. Jusqu'aux plus petits enfants, tous montrèrent un calme, une joie telle qu'on aurait cru assister à une fête. L'exécution terminée, on plaça leurs têtes vis-à-vis de ceux qui étaient condamnés à être brülés vifs, et alors on alluma le feu. Les büûchers étaient éloignés de 25 pieds des poteaux, et le bois disposé de telle sorte que le feu ne pouvait brûler que lentement ; on eut même soin de l’éteindre toutes les fois qu'on s’aperçut qu'il gagnait trop vite. Enfin les flammes crépitaient, et les martyrs commencèrent à en ressentir les mordantes ct cruelles atteintes. De tous ces poteaux partait la même acclamation d'invincible espérance, vive Jésus, vive Marie! On vit le Bienheureux Ange Orsucci, dominicain, ravi dans la prière et l’extase, planer durant quelque temps au-dessus des flammes.
Ils s’affaissérent sur eux-mêmes, les uns après les autres, ceux-ci au bout d’une heure, ceux-là après deux et même trois heures d’affreux tourments: Le bûcher du Bienheureux Hyacinthe Orphanel, dominicain, était fait de bois vert; durant ka nuit, la pluie tomba, de sorte que le feu ne pût achever son œuvre dans le temps prévu. Au point du jour, on l’entendit murmurer pour la dernière fois: Jésus, Marie; son supplice avait duré seize heures.
Cette hécatacombe cest désignée dans l'histoire sous le nom de Grand Martyre du Japon.
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