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Jamais cette patrie de l’héroïsme religieux n'avait vu plus de fermeté, de ferveur, de générosité devant l: souffrance. Le courage üe ces petits enfants surtout souriant à la mort, apporte le plus touchant commentaire aux belles paroles de Léon XIII que nous citions en commençant. Ces jeunes âmes enrolées sous la bannière du Saint Rosaire, déployèrent la screine intrépidité dont les avait armés leur Mère du Ciel. La Vierge que nous invoquons sous le titre de Tour d'Ivoire, se fit la protectrice de ces enfants dont la candeur sut se garder blanche comme elle, invincible comme elle.
Nous avons besoin de ces réconfortants exemples en un temps où elle compte pour bien peu, hélas! là vertu cardinale qui a nom force ou courage chrétien. Elle est indispensable, pourtant, et ceux qui ne se soucient pas de l'obtenir devraient apprendre 5 à l'école des enfants — que le Ciel se conquiert de haute lutte, sur les champs de bataille du devoir.
MarTyRE DU B. Louis GIACIQUI ET DE SES COMPA- GNONS.
1 octobre 16929.
Le 1° octobre 1622, fête de Notre-Dame du Saint Rosaire, eut lieu le martyre de Louis Giaciqui, de sa femme, de ses deux enfants et de cinq autres
chrétiens. Louis appartenait au Tiers Ordre de S$. Dominique et avait 33 ans. Il était particulièrement dévot au Saint Rosaire. Ayant appris l’emprisonnement par les Hollandais, du Bienheureux Louis Florès, dans le port de Ferando, il voulut tenter sa délivrance, mais fut arrêté bientôt après, par les hérétiques avec les quatre amis qui l'avaient accompagné. Il fut tourmenté par ces Hollandais huguenots, de façon si cruelle qu'il est impossible de se faire une idée des souffrances atroces qu'il endura.
Louis Giaciqui passa par dix-sept différents supplices avant d'être brûlé au poteau. Nous ne pouvons que mentionner les principaux dont chacun mériterait une description : supplices de l’eau, des tenailles froides, des soufflets, du chevalet, de la cangue, des ungles de fer, des alènes, du plomb fondu. etc. On lui introduisit dans les jambes, des cordes de jonc que deux hommes tiraient tour à tour, comme pour les scier. Ou encore, on lui enfonçait dans la chair, de petits bâtons épineux qu'on retournait et retirait avec des douleurs inouïes.
Louis demeura inébranlable. Le gouverneur d'Omura désespérant de le vaincre, le condamna à être brûlé vif. Sa femme, Lucie, et ses deux fils, André, âgé de 8 ans, et François, âgé de 4 ans, étaient condamnés à avoir la tête tranchée. Le même supplice attendait les quatre chrétiens qui l'avaient accompagné ; ils s’appelaient André de Corée, Mance de Figen, Thomas d'Omura, et Côme de Caraïca.
Ce dernier avait un fils âgé de 4 ans, nommé Mi-
chel; le gouverneur le condamna aussi à mort, et son héroïque père, tout heureux de lui voir gagner si jeune, la couronne du martyre, le présenta luimême au bourreau, pour être décapité,
Les exécuteurs après avoir mis à mort, Lucie, ses deux enfants et les cinq autres chrétiens, mirent leurs têtes sanglantes sous les yeux de Louis. (Cette vue ne fit qu'enflammer son courage, Durant toute k: durée du supplice, il ne cessa de répéter, Jésus, Marie. De leur côté, les chrétiens présents en grand nombre, s'écriaient animés d'une sainte ardeur : Vive Jésus! Vive Marie ! Les païens voulurent im. poser silence à la foule, à grands coups de bâton. L'un d'eux frappa un chrétien si rudement, qu'il lui fendit la tête au moment Où il prononçait ces doux noms de Jésus et de Marie.
Après une heure et demie de souffrances à ce poteau où il était brûlé vif, Louis Giaciqui rendant au Seigneur sa belle et grande âme, allait partager avec sa famille et ses amis, le bonheur réservé à ceux qui ont bien vécu c'est-à-dire bien combattu.
; ROSAIRE ET LA CONSERVATION DE LA RELIGION : DECOUVRTE DES CHRETIENS JAPONAIS.
‘Chez les personnes, dans les familles et parmi ‘‘les peuples où la pratique du Rosaire est restée en ‘honneur, il n’y a pas à craindre que l'ignorance et ‘les erreurs pernicieuses détruisent la foi.” Léon NIIT., MAGNÆ., 7 sept. 1892.
La prédication de l'Evangile fut commencée au Japon sous les auspices de la Vierge. On en retrouve des vestiges datant de l’année 1549. La plupart des fidèles récitaient le Rosaire entier, chaque
jour. On prit bientôt l'habitude de le porter sur les habits, autour ** cou ou autour du bras. Quand éclata la persécu. :n dont nous venons de raconter quelques-uns des plus glorieux épisodes, les associés du Rosaire dépioyèrent une ferveur et un courage peut-être sans parallèle dans toute l’histoire de l’F.glise.
Après avoir présidé à la naissance de la religion catholique dans ce pays, fortifié des milliers de chrétiens contre les supplices et la mort, Marie ne voulut pas abandonner les descendants des confesseurs et des martyrs. L'Eglise du Japon noyée dans le sang de ses enfants, semblait à jamais éteinte, quand, deux cent cinquante ans après la tourmente, se prose cet événement sans précédent qu'on à appelé
‘Découverte des chrétiens japonais.
En voici le récit tiré d’un ouvrage de M. l’abbé Marnas :
Le vendredi, 17 mars 1865, vers midi et demie, un groupe de 12 à 15 personnes, hommes, femmes et enfants, se tenait à l'entrée de l'église de Nangasaki, avec des allures qui dénotaient autre chose que de la curiosité. M. Bernard Petitjean — plus tard évêque de la même ville — poussé sans doute par son ange gardien, se rendit aujès d'elles. Trois femmes de cinqüante à «nixante ans se détachent alors du groupe, et l’une d’elles Jui dit, la main sur l1 poitrine, et à voix basse, comme si elle eût craint que les murs entendissent ses paroles : — Notre cœur (c'est-à-dire notre foi) à nous tous, est le même . que le vôtre. — Vraiment, répondit-il, mais, d’où êtes-vous? — Nous sommes d'Urakami. A Urakami, presque tous ont le même cœur que nous. —— Et aussitôt cette femme lui demande: Sancta Maria no gozowa doko, où est l’image de sainte Marie? — À ce noin béni de Sancta Maria, M. Petitjean n’a plus de doute : il est sûrement en présence de descendants des anciens chrétiens du pays. Quelle miséricordieuse compensation à ses cinq années de ministère qu'il avait crues stériles. Entouré de ces inconnus d'hier comme par des enfants qui ont retrouvé leur père, il les conduit à l'autel de la Sainte Vierge. A son exemple, tous s’agenouillent et essayent de prier, mais la joie les emporte. — Oui, cest bien sainte Marie, s'écrient-ils à la vue de Notre-Dame ; voyez sur son bras, On Ko Jesus Sama, son auguste fils Jésus. —
Depuis qu'ils se sont fait connaître au missionaire, ils se laissent aller à une confiance entière. La statue de Notre-Dame avec l'Enfant Jésus, leur rappelle la fête de Noël. — Nous faisons la fête de Jésus, le vingt-cinquième jour du mois des gelées blanches, dit une des personnes présentes. On nous a enseigné que ce jour-là, vers minuit, il est né dans une étable, puis, qu'il a grandi dans la pauvreté et la souffrance, et qu'à 33 ans, il est mort sur la croix pour le salut de nos âmes. En ce moment, nous sommes au temps de la tristesse (carême). —
Tout à coup, un bruit de pas se fait entendre : ce sont d’autres japonais qui entrent dans l’église. En un clin d'œil, ceux qui entourent le prêtre, se dispersent, mais reviennent presque aussitôt, riant de leur frayeur. — Nous n'avons rien à craindre de ceux-là, disent-ils ; ce sont des gens de notre village, et ils ont le même cœur que nous. — Il fallut néanmoins se séparer plus vite qu’on ne l’eût souhaité, afin de ne pas éveiller les soupçons de la police dont on pouvait, à chaque instant, redouter la visite.
Dans cette heureuse entrevue. l'Eglise du Japon renaissait. Les rejetons des martyrs du XVIT®* siècle, restés dévots à Marie, reconnaissaient sans hésiter, dans les nouveaux missionaires, les successeurs des prètres qui avaient évangélisé et converti leurs pères. Lo. chaîne des pasteurs légitimes se trouvait ainsi providentiellement renouée au nom béni et près de la statue de ia Vierge.
De part et d’autre, la joie et les espérances furent immenses. Dès le soir du 17 mars, la nouvelle d’une
nie
entrevue avec un missionnaire ‘avant un même cœur,” se Propagea de chaumière en Chaumière, et le lendemain, les chrétiens vinrent à l'église e &rand nombre, que pour ne
n si Pas donner l'alarme à la police du ROUVernement, X[, Petitjean leur fixa Un rendez-vous dans une Montagne du voisinage où il put se rendre Compte à loisir, de ce qu'ils avaient conservé de la religion catholique. Ils administraient le Baptême, vénéraient Ja Croix et Priaient les Saints. D'après leurs SOUVCairs, il réussit à reconstituer le texte de plusieurs prières, telles que le Pater, l'Ave, le Confiteor, l'acte de contrition, etc. Plus tard, lus Missionnaires Constatèrent l'ex. istence d'autres Prières lesquelles s'adressaient sur. tout à Marie, comme le Salve Regina, l'O £loriosa virginum, et les Litanics de ]à Sainte Vierge, en latin, que leurs héroïques ancêtres — on $e le rappelle —. chantaient avec tant de ferveur et d'allé- £resse, dans leur Suprême combat pour la foi. Dans certaines localités, notamment à Kitsuki, Île situce à 25 lieues environ, au nord de Nangasaki. les descendants des anciens chrétiens avaient conservé la pratique de réciter le Rosaire qu'ils appelaient Osario on Osairo, Suivant une Coutume trans. mise SCrupulcusement dans les familles, ils devaient en réciter un tiers, chaque jour, et méditer, le ludi et le jeudi, sur les mystères joyeux : le mardi et le vendredi, sur jes mystères douloureux : le mercredi et le samedi, sur les mystères glorieux, Le diman- Une image repré- Saint Rosaire, est € dans la nouvelle
che, ils le récitaient en «atier.
sentant les quinze mystères du actuellement conservée et vénéré
même e, et, en si > à la fixa re où aient inistient it à que ion, 'exsuros
en
église de Shittsu, — diocèse de Nangasaki — village où elle à été retrouvée.
Is célébraient de nombreuses fêtes, entre autres \oël, Pâques, la $, Jean-Baptiste. Certains chefs de village en dressaient chaque année le calendrier, d'après des règles religieusement conservées et qu'ils tunaient des premiers apôtres du pays. L'année Souvrait par une fête de la Vierge, Sancta Maria no mamori, Notre Dame de la Garde, Comme ce beau Utre allait bien à la tendresse confiante de ce trou- Pau de fidèles laissés sans pasteurs, Ce que la Sainte Vierge garde est bien gardé : durant 250 ans, elle urda intacte, la pureté des croyances religieuses de ses enfants. Quel éloquent commentaire des recom- Mmandations de Léon XIIT, de voir dans la dévotion à la Vierge du Rosaire, la sauvegarde toute puissinte de la foi, parmi nous.
Avant lui, Pie IX reconnaissant, à l'examen de ces faits extraordinaires, une éclatante faveur de Marie, accordait le privilège de célébrer dans tout l'empire du mikado, une fête spéciale sous le titre de Notre-Dame du Japon, le 17 mars de chaque ünnée, date anniversaire de la mémorable découverte que nous venons de résumer.
LES ROSES BENITES DU ROSATRE.
La rose à toujours été considérée comme un emblème de la très sainte Vierge que nous saluons sous l: titre de Rose Mystiqne, dans les Litanies de Lotelle, comme aussi un emblème du Rosaire. Que
pourrait-on trouver de plus apte que la reine des fleurs à rappeler Marie, la plus belle fleur de l'hu manité, la plus aimable de toutes les créatures, |: Reine du Ciel et de la Terre : À symboliser la rein des dévotions, son Rosaire. Pour ces deux raisons d'analogie, l'on bénit les oses naturelles afin qu 3 élevant jusqu'au domaine du surnaturel, on en fasse de ces instruments de yrèce appelés sacramen.taux.
La bénédiction des roses, dans les églises où est éciblie la Confrérie, se fait en tout temps de l'année mais surtout à la'fête du Rosaire. Ce jour-là, les autels — surtout l'autel du Rosaire — devraient être ornés de fleurs par les paroissiens, en hommage : la très sainte Vierge. Ze but de l'Eglise dans cett.
cérémonie est rendu encore plus évident dans i: belle formule qu'elle met sur les lèvres de ses prêtres.