ACTE DE CONSECRATION A NOTRE-DAME DU ROSAIRE
Reine Ga Très Saint Rosaire, prosterné devant votre trône, je me consacre à vous pour toujours : je vous donne mon cœur, et je veux, après Dieu, vous aimer par-dessus toutes choses. Au nom de vos joies, de vos douleurs, de vos triomphes, soyez-moi la Mère de miséricorde. Prenez en pitié ma profonde misère : c'est dans le Sang de Jésus et dans vos intercessions que sont toutes mes espérances. Aidez-moi à bannir de mon âme et de mon corps ce qui vous déplaît; à les sanctifier l'un et l’autre par limitation de vos grandes et aimables vertus, surtout la belle parmi les plus belles, celle de la chasteté dont vous êtes le modèle sans tache. Soyez ma défense dans les tentations, mon refuge dans les dangers, mon secours dans mes besoins, mon appui dans mes défaillances, mon conseil dans mes doutes, ma consolation dans mes peines.
Je m'engage, en retour, à vous offrir souvent, la couronne du Rosaire, symboie de celle que vous portez au Paradis. Bénissez-moi ainsi que tous ceux qui me sont chers en ce monde, et ne permettez pas qu'aucun de nous offense jamais Dieu, au moins mortellement. La pensée que tant de péchés commis
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dans le passé pourraient ne pas être pardonnés, m'effraye et m'angoisse : obtenez-m'en une vraie douleur qui les efface. Accordez-mei la force de me corriger de mes habitudes mauvaises et d'accomplir parfaitement mon devoir, jusqu'à la fin de mes Jeurs. Il me reste encore une grâce à vous demander, vous Mère de la divine grâce : quand viendra l\ mort, ne m'abandonnez pas. Un enfant peut-il mourir sans que sa mère soit près de lui. Douce mère dn Ciel, soyez près de moi pour me protéger à cette heure redoutable dont dépendra mon sort à Jamais. Pardonnez à ma témérité : venez alors me rassurer par votre maternelle présence, Ils sont némbreux ceux dont vous avez ainsi réjoui l'agonie : que je sois de ceux-là. Un jour, grâce à vous, j'aurai enfin le bonheur d'aller vous en remercier en Paradis et d'y chanter les miséricordes de Dieu et les vôtres, durant toute l'éternité. Ainsi soit-il.
LE SANCTUAIRE NATIONAL DE NOTRE:- DAME DU ROSAIRE AU CAP DE LA MADELEINE.
Le 12 septembre 1915, des fêtes grandioses, présidées par Son Eminence, le cardinal Bégin, archevéque de Québec, et Sa Grandeur monseigneur Cloutier, évêque des Trois-Rivières, commémoraient le deuxième centenaire d’un sanctuaire déclaré lieu de pèlerinage national par le Concile Plénier de Québes,
ert 1909: Notre-Dame du Saint Rosaire, du Cap de ls Madeleine, L'intéressant historique publié ici, est, à peu près în extenso, de monseigneur de Trois-Ri. vitres,
Léon XIII avait voulu se faire représenter dans un tableau, à genoux devant Notre-Dame du Ro. saire qu'il désigne aux fidèles, d'un geste qui veut dire : “Voilà votre mère.’
C'st la gloire de monseigneur Cloutier d'avoi reproduit le même geste de vénération et de confi. ance filiale, d'avoir accueilli avec une joie, un empPressement particulier, les directions du Chef de l'Eglise, de s'en être fait au milieu de nous, l'écho Visoureux et convaincu, de les avoir propagées avec un zèle, une persévérance, un sens délicat des c'oses de Dieu, qui se louent eux-mêmes dé. ; l'âme de tous les vrais serviteurs de Marie. Avec eux, je réclame le privilège de m'incliner profondément de. vant l'évêque de Notre-Dame du Roriire,
L'origine de la dévotion à la … te Vierge au Cap de la Madeleine date des premA s temps de la colonie. Elle nous est venue de Fran. : , ‘‘Terre de Marie," avec les premiers découvreurs et les pre miers missionnaires.
Quand Jacques Cartier dressait, le 7 octobre 153. une grande croix sur une des îles de l'embouchure de la rivière de Fouez — Saint-Maurice — quand, le 26 juillet 1615, le Père Denis, récollet, retournant avec Pontgravé de la Rivière des Prairies à Québec, s'arrêta aux Trois-Rivières pour y célébrer la première messe qui ait jamais été dite à cet endroit, là
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Vierge Marie prenait possession, en même temps que son Divin Fils, de la terre trifluvienne.
En 1634, les Pères Lejeune et Buteux, jésuites, venant, à la suite de Laviolette, fonder une première chrétienté au fort des Trois-Rivières, la placèrent sous le patronage de l'Immaculée-Conception,
Elle dut alors jeter un regard de prédilection sur notre pointe de sable pour y établir le siège de sa dévotion. Deux ans plus tard, en effet, elle inspirait à Monsieur de la Ferté, abbé de la Madeleine, membre de la Société des Cent Associés, l'idée de concéder aux Pères Jésuites, un terrain de deux lieues de front sur trente de profondeur, au Cap des Trois-Rivières, — aujourd'hui Cap de la Madeleine, — dans le but d'y établir un centre de missions sauvages. Le poste fut fondé sur la rivière Faveret et dès lors, la parole évangélique y fut dispensée chaque année aux diverses tribus indiennes assemblées pour la traite des pelleteries. Après avoir appris de la bouche des missionna:'es à prier et chanter le Mère du Rédempteur, i!s s’en retournaient, Attikamègues du Nord, Abénaguis du Sud, Montagnais de l'Est, Algonquins et Hurons de l'Ouest, vers leurs territoires respectifs, où ils enseignaient, à leur tour, à leurs familles, à réciter le chapelet et à chanter le ‘‘Salve Regina.’ Le Cap rayonnait déjà aux quatre coins du Canada la chaleur bienfaisante de la dévotion Mariale,
Le Cœur de la Sainte Vierge suivait avec amour ies développements de sa terre privilégiée. Elle en voyait dans les éternels décrets de la Providence, la sublime destinée. Aussi bien, voulut-elle la mar-
quer d'un sceau divin, la purifier, la consacrer. 1, Ciel permit que des hordes d'Iroquois vinssent Y promener le fer et le feu. Les chrétiens tombèrent rombreux sous les coups de leurs tomahawks, et là terre du Cap, reçut, de 1650 à 1660, le baptême du sang. Sacrée, comme l'arène du Colisée, par les os. sements de ses martyrs, elle est digne de devenir un jour, une terre de miracle,
Les documents rapportent que les Pères Jésuites avaient construit en 1659 une chapelle de bois, à une certaine distance du fleuve. En 1661, afin de la soustraire à la barbarie des Troquois, ils la rapprochèrent du Fort et la fixèrent, selon toute apparence, à l'endroit occupé par le sanctuaire actuel. Au tr moignage de Mgr de Laval, les sauvages continuaient d'y accourir de tous côtés et en grand nombre. La piété y régnait de façon si admirable que l’église du ‘ap recut alors l’insigne qualificatif d'‘‘Académie de vertu.” Un jésuite, le Père Lemoine, y mourut à la tâche, le 24 décembre 1655. Inhumé sous la première église, ses restes sanctifient cette terre, avec ceux de nombreux chrétiens martyrisés par les Iroquois. ,
Les Pères Jésuites furent remplacés, vers l'an 1680, par les Pères Récollets; ceux-ci, à leur tour, cédèrent la desserte au clergé séculir en 1685. M. Paul Vachon en fut le premier curé. A lui revient le mérite d’avoir implanté au Cap de la Madelene la dévotion au Très Saint Rosaire. Un diplôme officiel, en date du 11 mai 1694, lui accordait la faveur d’ériger une confrérie dans «1 vieille chapelle de bois, Ce diplôme qui porte la
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signature du Fr. Antonin Cloche, général des Dominicains à Rome, le contre-seing du Fr. Antonin Massoulié, inquisiteur de Toulouse, fut approuvé par Mer de Saint-Valier, le 4 octobre 1697.
A l'occasion de la visite pastorale de 1714, Mgr de Saint-Valier émit un décret obligeant les fidèles de la paroisse du Cap et de Bécancour, sa filiale, à construire une église plus vaste et plus solide. Sur son heureuse suggestion, une quête fut faite auprès des principales villes de la Nouvelle-France, pour recueillir les fonds nécessaires. Québec, dans la personne de Mgr de Saint-Valier ; Trois-Rivières, dans czlle de son gouverneur, M. de Galifet ; Montréal, par le ministère de modestes donateurs dont les noms, comme tant d'autres aujourd'hui encore, sont
connus de Dieu seul, favorisèrent, de leurs aumônes, l'éclosion de cette humble semence. T'on peut donc dire que notre Sanctuaire National de Marie, doit sa naissance, non seulement à quelques personnes intéressées, mais au pays tout entier, représenté alors par les trois principales villes que nous venons de
nommer !
‘Depuis la mort de Messire Vachon jusqu'en 1444, la paroisse du Cap n'eut plus de curé résidant. Cette absence explique que, durant un espace de temps qui se prolonge jusqu'à la moitié du 19° siècle, le décret d’érection et la Confrérie elle-même paraissent être demeurés dans l'oubli.
“Ce n'est qu'en 1867 que le culte du Très Saint Rosaire fut remis en honneur par M. le V. G. Luc Désilets, curé de la paroisse du Cap.
‘Le fait qui donna le signal de cette restauration
est fort insignifiant en apparence, mais Dieu ne se Plaît-il pas souvent à se servir d'instruments même vulgaires pour manifester ses volontés? N'a-t-il pas parlé autrefois par la bouche de l’ânesse de Balaam Pour reprendre le prophète ?
“Quoi qu'il en soit, M. Désilets, homme de foi simple et vive, regarda ce fait comme un avis du ciel.
“C'était la veille de l'Ascension, M. Désilets, malgré ses pressantes invitations, n'avait pas rencontré une seule personne au confessional. Te pauvre pe teur s'en revenait dire sa peine à Notre-Seigneur quand il aperçoit soudain, devant l'autel du Rosaire, UN pourceau tenant entre ses dents un chapelet qu'il égraine, Le curé chassa le vilain animal en lui arra. chant le chapelet, mais une pensée lui vient, qui le frappe étrangement : ‘Les hommes, se dit-il, laissent tomber le chapelet, et les Pourceaux le ramassent.”” Il se jette à genoux devant ]a Madone, et jure de se consacrer à rétablir et à propager la dé. votion au Saint Rosaire. I] prêche le Rosaire à ses Paroissiens, leur en fait connaître les privilèges et la puissance : des guérisons s’opérent, des faveurs sont obtenues, présage d’autres faveurs plus grandes encore.
LE ‘PONT DES cHaréLers “En 1878, un événement qui tient du prodige, et
auquel les nombreux témoins s’accordèrent à reconnaître un caractère merveilleux, amena la dédicace
de la vieille église à Notre-Dame du Très Saint Rosaire, et marqua l’origine des pèlerinages.
“Un décret de Mgr l’Evêque des Trois-Rivières ordonnait la construction d'une nouvelle église. Cette construction devait être suivie de la démolition du vieux temple. La pierre avait été préparée à Sainte- Angèle, de l’autre côté du fleuve. Jia transporter par bateau eut été trop dispendieux, il fallait attendre l'hiver. Tous les dimanches, après la messe, on récitait le chapelet pour obtenir un pont de glace. Mais on avait beau prier, le fleuve demeurait toujours libre. Janvier et février étaient passés ; mars s’écoulait de même ; la saison des grands froids était finie ; il semblait que l'on n'avait plus rien à espérer. M. Désilets fit alors le vœu que, si la sainte Vierge lui obtenait un pont de glace à cette saison avancée, il conserverait la vieille église pour la dédier, avec l’agrément de l’Ordinaire, au culte de Marie sous le vocable de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, et
qu'il ferait bénir la nouvelle église le jour de la fête du Saint Rosaire, comm: un ex-voto à Marie.
‘Enfin, le 15 mars, l’anse du Cap apparut couverte d’une couche de neige parsemée de petits bancs de glac qu’un vent violent avait détachés du rivage. Le lendemain qui était un dimanche, M. Duguay, vicaire de la paroisse, entreprit avec quelques paroissiens de découvrir un passage sur le fleuve. C’était une tentative hardie. Les glaçons, épars et séparés par des espaces variant de 5 à 100 pieds environ, n'étaient joints ensemble que par de la neige flottant sur une légère contexture de paillettes glacées. Per-
suadés que la Vierge du Rosaire les protégerait, M Duguay et ses Compagnons n'hésitèrent pas à entre. prendre cette traversée périlleuse. Quelques heures plus tard, ils atteignirent heureusement à la rive sud. La nuit était venue. On décida qu'il fallait quand même baliser Je passage, et ar. roser d’eau, pour en faire une glace solide, la neige flottante qui reliait les glaçons. Trente à quarante hommes travaillèrent jusqu'à une heure avancée de la nuit sans presque de lumière et sans accidents. Ils constatèrent clairement l'ab$ence de glace solide à maints endroits, soit en enfonçant jusqu'à l'eau, un bâton, le pied ou la main, soit en entendant l'eau qu'ils versaient bruire à travers la nei;:. et reprendr, le courant du fleuve. La foi de ces hommes en là protection de Marie était telle qu'ils travaillaient sans crainte au milieu de tous ces périls, et disaient avec assurance en regardant la lumière du presbvtère : “Il n’y à pas de danger, M. Désilets dit son chapelet.””
“Les jours suivants, le ‘Pont des chapelets'’ comme l’a appelé la foi des paroissiens du Cap, parut couvert de voitures chargées de pierre, et il se désagrégea de lui-même aussitôt que la quantité de pierre demandée eût été transportée.
“T'église nouvelle se construisit, et Ja vieille conservée suivant le vœu de M. Désiletc, fut solennellement dédiée à Notre-Dame du Saint Rosaire, C'est depuis cette date que la modeste chapelle est devenue un lieu de pèlerinage proprement dit.
“M. le G. V. Désilets avait consacré beaucoup de son temps à faire connaître et aimer le Rosaire, à
réunir eux pieds de la Mère de Dieu les vœux de son peuple, les gémissements des affligés, des malades, les supplicatiors de tous les malheureux ; il avait versé de grandes sommes d'argent pour les constructions, les achats de terrain et les agrandissements nécessaires aux développements futurs dont il avait la claire perception, de sorte que sa mort jeta la paroisse dans de grands embarras financiers. ‘Le Rév. M. Duguay, qui avait été durant 10 ans l: disciple de M. Désilets, devint son successeur, et hérita du manteau de son zèle et de ses vertus. En erdossant des responsabilités qui paraissaient insurmontables, il comptait que Marie se chargerait d'en procurer la solution, et qu’elle se devait de conduire à bonne fin des entreprises inspirées par l'a-
mour de sa gloire. Il ne fut pas déçu.