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Le Saint Sacrifice de la Messe pour le Prêtre

Le sujet que nous abordons est, sans contredit, un des plus importants, sinon le plus excellent, à cause de Jésus qui figure en tète du drame mystique qui se déroule à V autel et des fruits incalculables qui en résultent pour le Prêtre et pour V Eglise tout entière.

Von ne peut aborder la répétition du Sacrifice du Calvaire, sans être pénétré de respect et d*adoration, tout comme nous V aurions été si nous nous étions trouvés au pied de la Croix à Vheure du grand consummatum est. Ce moment le plus solennel de V histoire du monde se renouvelle chaque matin sur tous les points du globe ; et s* il nen a pas toute la solennité sanglante du Calvaire, il nen conserve pas moins toute la grandeur divine qui tient à la sublimité du Sacrifice ^

Si rien nest grand en Jésus comme son Sacrifice, rien nest grand dans V Eglise comme la Messe que célèbre le Prêtre, Outre que la Messe

^ « Habentes itaque, fratres, fiduciam in introitu sanctorum in sanguine Christi, accedamus cum vero corde in plenitudine fidei. » Hebr.) x, 22.

af^l^orte chaque fois une gloire nouvelle à Jésus qui s* y immole, elle est f>our V Eglise une source intarissable de grâces de toutes sortes qui se réf>andent en fruits de salut sur tous les membres qui comf>osent son corps mystique.

Les premiers naturellement qui profitent de ce Sacrifice, ce sont les Prêtres, Les Prêtres qui, en tant que coopérateurs, sont Vobjet d*une action plus directe du Souverain Prêtre agissant en eux et par eux. Les Prêtres qui, par leur office de médiateurs, sont comme un centre où se rencontrent et Vhumanité qui prie et la Divinité qui bénit ^

Enlevez le Saint Sacrifice de la Messe, et vous supprimez le Sacerdoce, Il y a sans doute bien d* autres offices que remplit le Prêtre, mais ils sont ordonnés à son Sacrifice ou ils en découlent, La fin première de tout Sacerdoce est dPffrir des sacrifices. Celui du Prêtre catholique est unique; unique comme le Souverain Prêtre qui célèbre par V intermédiaire de son

^ « Sans doute, c’est en faveur de tous les fidèles que Dieu institua l’Eucharistie ; toutefois elle appartient spécialement aux Prêtres. Saint Jean Chrysostome conclut de là que, durant la Messe, les Prêtres devraient s’enflammer de l’amour divin au point de devenir la terreur de l’enfer. » S, Alph., Le Prêtre, t. 1.

AVANT-PROPOS

Ministre, unique comme la Victime qui s'y immole de nouveau.

Dès lors, la f>lace que la Messe occuf>e dans la vie du Prêtre s'impose par elle-même. Rien ne doit lui être préféré ; rien ne doit lui être mis en parallèle ; rien ne doit en diminuer jamais ni l'importance, ni l'estime, ni l'amour. Ce que le Prêtre doit avoir à cœur avant tout, c'est de célébrer saintement sa Messe, de s'y préparer avec soin, d'en faire sa préoccupation principale, de s'en inspirer et d'en vivre.

Nous ne craignons pas d'être taxé d'exagération, en disant que la vie spirituelle du Prêtre se règle d'après sa manière de célébrer la Messe, Il ferait bien tout le reste, si sa Messe laisse à désirer, il porte en lui un germe de tiédeur qui ne tardera pas à s'infiltrer dans toute sa vie. Bien plus, on peut se demander s'il est possible qu'un Prêtre soit vraiment fidèle sur bien des points, même essentiels, s'il ne s'applique pas à dire sa Messe avec le plus de perfection possible,

La dévotion ordinaire ne suffit pas ici. Le Prêtre doit être pénétré jusqu'au fond de l'âme de la grandeur du Sacrifice qu'il offre, et de la sainteté requise pour remplir un office aussi sublime. Qu'il fasse de sa Messe quotidienne

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Vobjectif l^rincipal de sa sf^iritualité, dans ses prières, ses études et ses méditations ; et il comprendra mieux les efforts quil doit faire pour mettre sa vie en harmonie avec les sentiments et la perfection de Jésus le Prêtre Eternel qui Va associé à son Sacerdoce ^

La vie de V Eglise, la sanctification du Prêtre, la réforme du monde, le salut des âmes, tout repose sur la Messe des Prêtres, Tous les autres moyens de salut et de glorification divine sont surbordonnés à celui-là. Lorsque tous les Prêtres s'efforceront, comme ils le doivent, de dire pieusement et saintement la Messe, la face du monde sera changée.

Sans cela, la réforme ne pénétrera pas plus chez les fidèles que dans les Prêtres, Et si les Prêtres ne sont pas la lumière du monde et le sel de la terre, qui donc communiquera aux âmes la vie qui doit les vivifier ?

Espérer que les Prêtres puissent être fidèles à leur mission, sans Vêtre tout d* abord aux en-

^ « Quels honneurs les anges n’ont-ils pas rendus à Dieu par leurs hommages, et les hommes par leurs vertus, leurs pénitences, leurs martyres et autres œuvres saintes ! Néanmoins Dieu n’en a pas reçu autant de gloire qu’il en reçoit par une seule Messe... Nous devons donc reconnaître que la Messe est • la plus sainte et la plus divine de toutes les actions. » S. Alph., Le Prêtre, t. i.

AVANT-PROPOS

gagements sacrés gu ils ont contractés ffar leur ordination et qui ont trait avant tout à leur Sacrifice du matin, — imitamini quod tractatis, — ne serait-ce fias une illusion ? Comment fiourraient-ils imfiunément négliger et méconnaître en firatique Vimfiortance cafiitale d*être saints fiar leurs Messes, et firéténdre le devenir fiar d'autres exercices de fiiété, de zèle ou de dévouement ?

C'est malheureusement là la mentalité de bien des Prêtres ; et si elle n'est fias avouée en fiaroles, elle l'est en fait. On commence fiar diminuer les efforts et les firatiques soutenues de la firéfiaration, fiuis on laisse glisser sa fiiété firemière sur la fiente d'une certaine tiédeur, et l'on finit fiar accomfilir ce filus grand des mystères avec l'allure et l'habitude des autres actes de sa vie sacerdotale.

Dé là à une rafiidité exagérée et facilement inconvenante, ainsi qu'à une attitude légère et distraite, il y a fieu de distance. Le résultat est désastreux. Qui fiourra en calculer les conséquences ?

Si le Prêtre n'est fias recueilli à l'autel, comment le sera-t-il ailleurs ? Si, dans ce contact si immédiat avec Jésus, il ne s'inocule fias son esfirit, son amour et sa vie, comment fiensera-t-il

le reste du jour à recourir à Lui, à vivre de Lui et à féconder, f>ar une intimité d*âme et de cœur, son ministère auf>rès des âmes ?

Avons-nous tort de dire .* donnez-nous des Prêtres qui célèbrent f>ieusement la Messe, et vous aurez trouvé le moyen le plus rapide et le plus efficace de convertir le monde ? Si Von en jugeait autrement, il ny aurait qu à condamner la logique des choses, quà découronner le Sacerdoce et quà méconnaître les desseins de Jésus en instituant des Prêtres,

C'est afin de faire ressortir ces grandes vérités, que nous avons pensé à écrire ces pages. Tout en remontant aux sources élevées, d'où découle nécessairement la sublimité de l'action sacrificatrice du Prêtre à l'autel, nous avons cherché surtout à être pratique. C'est pourquoi, plaçant la Messe au centre de la vie du Prêtre, nous y avons tout ordonné et nous en avons tout déduit. De là, les motifs d'une parfaite célébration, les préparatifs éloignés et immédiats, les conditions intérieures et extérieures, les défauts habituels, les conséquences et les fruits, et enfin, comme corollaire, le jugement porté par le souverain Juge sur les Messes de chaque Prêtre, aboutissant à la récompense ou à la réprobation éternelle.

AVANT-PROPOS

Ce nest f^as tant une étude doctrinale sur le Saint Sacrifice de la Messe, que nous avons eu en vue, quune afflication pratique des principes de perfection quil contient et des moyens indispensables à employer pour lui faire produire tous ses fruits.

Puissent toutes les âmes sacerdotales qui liront ces pages, se convaincre de plus en plus que toute la sainteté du Prêtre, comme la fécondité de son ministère auprès des âmes, consiste dans sa Messe,

O Jésus, donnez-nous des Prêtres qui célèbrent parfaitement la Sainte Messe, et nous aurons des saints !

O Marie, tendre Mère des Prêtres, communiquez à tous les Prêtres du monde, montant à V autel, les sentiments qui vous animaient dans votre sacrifice de co-rédemptrice, au pied de la Croix !

Paris, Vendredi-Saint, 1936.

P. Marie Eugène de la Croix

de la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale

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