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CHAPITRE XV

HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ .111YE SOUS LES PAPES Troisième période. [Sm

i naval à Rome. —Délire qoi s'empare dea Romains. — Triste situation des juifs pendant le carnaval. — Ordooaances destinées i les proti - Facéties dont il> son! rietimes. — Bratalité de la plèbe même en dehors do carnaval. — Équité du Saint-Siège. — Tolérance qoeprofessail i leur

I la bourgeoisie. — Catastrophe do '.' décembre 1693. —Renaisse

de la littérature juive I Rome. — Situation des juifs. —Lutte prolongée entre les juifs et les papes au sujet do commerce. — Restrictions non relies apportées par le Saint-Siège. — La situation financière du ghetto devient critique.

Si les papes s'humanisent, la populace, elle, ne s'humanise guère. En temps de carnaval surtout, on la licence était grande, les juifs étaient fort à plaindre même après l'abolition des courses, et c'est avec raison que le Saint-Siège leur ordonnait de ne point se montrer hors du ghetto en ces jours de fête.

« Il prend alors aux Romains, écrit Mme de Staél qui pourtant a vu le carnaval à son déclin, comme une lièvre de joie, comme une fureur d'amusement dont on ne trouve point d'exemple ailleurs ».

C'était un moment de folie à outrance, de délité universel, (Je frénésie, une débauche de joie, dont un ambassadeur turc ne pouvait s'expliquer la subite terj mihaison (jue pur L'effet d'une poudre mystérieuse que les chrétiens, lui avait-on confié, se répandaient mutuellement sur la tôte, le mercredi des cendres.

La foule se croyait tout permis, parodiait tout, profanait tout. On dut défendre, sous peine du fouet, de la mort, de verser par les fenêtres du miel, de Peau sale ou de l'huile bouillante sur les passants, de leur jeter des œufs pourris, de provoquer des tumultes sanglants, d'entrer dans les églises en costumes carnavalesques, de tourner en ridicule les magistrats, les piètres et les cardinaux (1).

Après avoir sévi trois ans, bien fouetté, bien pendu, on dut, de guerre lasse, accorder toute liberté aux masques. Rien ne sert de lutter contre les engouements populaires.

On allait en foule aux exécutions capitales; elles se faisaient, pour l'occasion, sur la place du Peuple, qui était le centre de la fête; c'était une mascarade, un divertissement des plus recherchés, et, détail odieux, les bourreaux étaient travestis en polichinelles et en ivrognes; il fallait mourir en entendant des gaudrioles (2) !

{{) Hando (1550). Voyez aussi : Ordine ctrca Tandon in faaschera ed altri (7 février 1560).

(2) On avait soin de garder les criminels célèbres pour cette occasion. En ltiii-i, on supplicia quatre condamnés le mardi gras et plusieurs

Au moment des courses, il arrivait toujours, dans cette étroite rue du Corso, encombrée, malgré Jes cdits, de voitures, de cavaliers, de piétons, des accidents graves; les buffles s'échappaient, se ruaient sur les spectateurs; les chevaux qui couraient en liberté les foulaient aux pieds; mais c'était une partie de la fête dont il n'eût pas fallu priver la populace.

On conçoit que Gœthe, au lendemain d'un de ces jours de fête, se soit écrié : « J'ai passé la journée avec des fous! »

Cette façon de se divertir n'était pas précisément celle qu'avait rêvée le délicat Paul II ; mais, lorsqu'on transporte une institution d'un pays dans un autre, elle ne peut s'y acclimater qu'à la condition de se modifier selon son nouveau milieu. Des athlètes de la Grèce, Rome fit des gladiateurs.

En cet état d'esprit, les Romains ne pouvaient qu'en user fort mal avec les juifs; et, de fait, les papes sont

autres le surlendemain; en 1720, un abbé; en 1737, un comte, coupables tous deux d'un crime alors irrémissible, celui d'avoir chansonné la papauté. A défaut d'exécutions capitales, plaisir dont les malfaiteurs frustraient parfois le peuple romain, il y avait les fustigations toujours nombreuses et fort courues, surtout lorsqu'il s'agissait de courtisanes surprises masquées. Les juifs déguisés étaient aussi Fustigés sur l'heure à la grande joie de la populace et le bourreau était payé double, aux frais du patient, peut-être parce qu'il y mettait plus d'entrain à accomplir sa besogne. Voyez les intéressants travaux de M. A. Ademollo sur ce sujet; Goethe, Deuxième Voyage en Italie, 1787-1789, Gœthe's Werke, 1830, t. XXIX, 224; Mme de Staël, Corinne, liv. l\, chap. i.

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sans cesse forces de leur rappeler qu'il ne faul point les maltraiter, ni leur lancer des pierres, ni leur arracher leur chapeau, ni leur jeter «les ordures; l'amende était dure, deux cents ducats, plus les trois inévitables coups de corde qui semblent le complément obligé de toute peine pécuniaire (1). Chaque lois que revenait cette époque fatale, les juifs tremblaient, allaient supplier le pape, et un edii était publié pour les préserver, autant que faire se pouvait, de la fureur populaire. Presque toutes les ordonnances relatives à la protection des juifs sont datées du mois de février (2). liaison avail parfois de singulières tolérances: on défend de jeter aux juifs quoique ce soit, excepte des [nuls. Le marquis del Grillo, célèbre par ses innombrables facéties, accable aussitôt ceux qui passent de pommes de pi'

Les marchands de poissons, que leur voisinage du ghetto mettait à même d'en bien connaître les mœurs, prenaient un plaisir tout particulier à ridiculiser, à tourmenter les juifs de mille façons; un jour on repré-

i Bibliothèque Casanatense, édit. si.

I février 1604 ;

ir.it:;;

lii-21;

(3) Natai.i, il Ghetto, p. 120, 124, 126.

sente fort solennellement l'enterrement d'un rabbin; le succès de cette mascarade fut si grand qu'on la recommença quelques années plus tard, pour complaire au lils du roi de Pologne, Sobieski, et cela malgré les pressantes supplications de la communauté. Ceci se passait en 170t> (1). En 1711, nouvelle momerie; on vit défiler par les rues une longue procession de juifs chevauchant sur des ânes et que précédait un rabbin, monté à rebours sur un cheval dont il tenait la queue d'une main, tandis que de l'autre il olfrait à la risée de la foule le livre de la Loi (2). L'autorité intervenait parfois, mais, on le voit, d'une façon bien intermittente.

En dehors même du carnaval, le chapeau jaune attirait parfois sur son infortuné possesseur les pires aventures. Comme les enfants, la plèbe se plaît à tyranniser les faibles. Le 2 mars 1789, un juif passait près de l'église S. Caterina de' Funari, lorsqu'un inconnu lui lança sans motif une pierre dont son œil droit fut crevé. Il était borgne du gauche, il demeura aveugle (3). Une autre fois, un juif est tué à

(1) Ca.vceu.iem, Il Mrrcato, p. 194.

(2) David Silvagni , qui rapporte le fait (p. 64), en a, selon toute probabilité, puisé le récit dans le journal inédit de Francesco Valesio, conservé aux archives secrètes du ('.apitoie. Voyez Ademollo, p. 84.

(3) Recueil" AU'IllustrissimCL». Attestation du chirurgien chrétien; documents ii'.i. 60.

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coupa <i»' pierres. M ;i is ici, l'affaire se complique; le chirurgien, pour faire l'autopsie selon l'usage, réclame cinqécus; la somme est forte; dans une circonstance semblable, on n'avait rien exigé des chrétiens. La

question est posée devant le pape, qui donne raison aux juifs. Deux ans après, le même cas se présente,

et le gouvernement pontifical se montre aussi équitable.

Voici un autre cas qui met à nu l'hostilité qui régnait dans un certain milieu contre les juifs et montre en même temps l'esprit de justice dont s'inspirait assez souvent le Saint-Siège. Un juif est blessé par un chrétien, sans raison; on le porte à l'hôpital, il y meurt aussitôt. Son père accourt, réclame le cadavre de son fils ; refus du supérieur, il faut le racheter ou il ira en terre sainte. On transige enlin moyennant cinquante écus, mais le malheureux père n'a pas la somme nécessaire ; la communauté intervient, paye, on lui rend le cadavre. Elle se pourvoit alors devant le tribunal du pape qui oblige le supérieur à rembourser les cinquante écus si cruellement acquis (1783) (1).

Ces brutalités de la part du menu peuple étaient fréquentes, et les édits toujours renouvelés du Saint- Siège montrent assez toute la gravité du mal (gravité

I Bertolotti, Revue des Études juives. Je n'insiste pas; M. K. Gebhart, dans son intéressant ouvrage sur la Renaissance italienne Etudes méridionales, Paris, 1887, p. 188 etsuiv. , cite un grand nombre d'épisodes du même goût.

relative, ne l'oublions pas, si l'on songe à ce qui se pratiquait alors dans d'autres pays).

Il n'en allait pas de même dans les autres classes de la société, parmi la bourgeoisie surtout. La haine des juifs y avait grandement diminué dès le dix-septième siècle et elle s'atténuait de jour en jour. On y accueillait les juifs, od frayait avec eux, on ne se faisait aucun scrupule pour prendre part à leurs fêtes. Si les papes devaient préserver les juifs des mauvais traitements de la populace, ils avaient fort à faire, par contre, pour éviter qu'ils ne vécussent trop familièrement avec les Romains aisés (1). Innocent XI se vit même obligé d'interdire aux Romains d'aller à la synagogue sous peine d'une amende de vingt-cinq écus et, en cas de récidive, de l'excommunication. Grégoire XIII était plus sévère : on pendait tout chrétien qui, sans cause plausible, était trouvé dans le voisinage du ghetto 2 .

Voici, au surplus, une anecdote qui, en même temps qu'elle nous fournit de curieux renseignements sur la vie intérieure du ghetto, nous montre bien quels étaient alors les rapports des juifs avec les chrétiens aisés (3) :

« Le mercredi 9 décembre de l'année 1G93, jour à jamais mémorable pour les siècles à venir, dit l'auteur de ce récit, devaient se célébrer les noces d'Abraham

(t) Basnage, liv. IX, 897.

î Édit du vicaire Monti Valenzi, J3 mars 1 riT3. (3) Bibl. Vat. Cod. Ottob. 26i8.

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Sonino, marchand du ghetto, etde Rachel d<> Cai i ; tons

deux étaient riches, estimés, et le bruit tic leurs épousailles avait attire une foule d'amis, parmi lesquels beaucoup de chrétiens à qui la curiosité «le soir une

cérémonie nouvelle pour eux avait fait oublier les prescriptions de l'Église. Les carrosses, les calèches n pressaient dans l'étroite rue, voisine du pont Quattro Capi,où se trouvait la maison du fiancé, vieille ci chancelante comme toutes celles du ghetto. Déjà, la pièce située au troisième étage, dans laquelle le rabbin s'apprêtait à bénir le mariage, était pleine d'une nombreuse assistance parmi laquelle se trouvaient un gentilhomme de ïodi, un maître de chapelle, un abbé portugais, un chanoine, un chevalier dont le narrateur a jugé plus sage de nous taire les noms; on n'attendait plus qu'une noble dame romaine, lorsque soudain le plancher vermoulu s'abattit tout d'une pièce sur l'étage du dessous, qui s'elîbndra à son tour avec fracas, entraînant dans sa chute le premier étage. En moins d'un instant, il ne resta plus de la maison que les quatre murs. Un nuage de poussière suffocant et noir s'éleva, « qui changea le jour en une nuit profonde, de même que pour les malheureux qui venaient de périr, à la lumière du ciel venaient de succéder les ténèbres éternelles ». Presque tous ceux qui assistaient à la cérémonie furent blessés ou tués; les frères, les sœurs, les neveux de la fiancée avaient succombé, sa mère était moribonde, le fiancé

,i\;iit perdu tous ses parents. Dans une pièce située à l'étage inférieur se trouvaient réunis au même moment, une vieille femme, un tailleur juif, une mère allaitant son enfant, un prêtre venu pour faire réparer sa soutane, qui tous périrent aussi dans la catastrophe.

Il y eut une certaine rivalité entre juifs et chrétiens au sujet du nombre des personnes tuées dans cet accident, parce qu'on en pouvait inférer le nombre des assistants, et les juifs tenaient autant à prouver que les chrétiens étaient venus en grand nombre que ceux-ci à le cacher; pendant deux ou trois nuits, les juifs transportèrent secrètement des cercueils à leur cimetière.

Tout en témoignant abondamment sa douleur, le pieux historien ne cache pas que sa tristesse eut été plus entière s'il n'avait vu dans ce malheur un avertissement envoyé par le ciel aux chrétiens assez oublieux de leurs devoirs pour fréquenter un lieu aussi maudit et aussi abominable que le ghetto (i).

Nous ne savons si un avertissement si rude fut compris et nous en douterions môme un peu, car les boutiques des marchands juifs exerçaient, comme on l'a vu, un bien puissant attrait sur les Romains.

Les jurisconsultes du temps ne voyaient, eux, au-

(1) Les accidents de ce genre n'étaient pas rares au ghetto, et cela se comprend puisque les propriétaires n'avaient aucun intérêt à restaurer leurs maisons. Infessura nous apprend qu'en 1476 deux maisons s'écroulèrent sur la place Giudea, faisant un grand nombre de victimes. (Muratori, IIP, 114o.)

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cime différence entre juifs el chrétiens. Dana une consultation fort intéressante relative à l'obligation nouvellement imposée à la communauté de nourrir les prisonniers pour dette, on relève ce passage caractéristique : « Les juifs sont, citoyens au même titre que les autres Romains et font partie; intégrante de la cité (1). » Grâce à cette bienveillance el à la liberté plus grande qui leur est laissée, les juifs semblent renattre peu à peu à la vie intelleetuclle. Après la grande efflorescence du onzième et du douzième siècle, un long silenee; le silence de l'oppression, interrompu seulement par les poésies gracieuses et légères d'Emmanuel. La littérature juive fleurit partout en Italie, excepté à Home. Maintenant quelques écrivains se hasardent. La chose est dangereuse. L'auteur juif se voit dans la même situation que Figaro, quand il lui prit fantaisie d'écrire. De tous côtés, il est environné d'ennemis qui lui défendent déparier, de penser. Timidement, Samuel Castelnuovo b. Mosé fait quelques traductions en italien, dc<, paraphrases; son œuvre est vite oubliée, délaissée pour celle d'une femme, Debora Ascarelli, Romaine de naissance, poétesse aux rimes gracieuses dont s'éprit un porte, juif également et Romain, David délia Rocca (2 ). Leur correspondance rimée n'est pas l'une des moindres cu-

(1) Recueil « Alt lllustrissima », n° [9.

(2) De Rossi; Woi.f, Bibl. judaica, t. I; R. db Gubernatb, Matériaux pour l'histoire des études orientales; A. Pesaro, Vessillo israetitieo.

riositésde «cite littérature renaissante. Jacob Tsahalon, né à Home en 1630, mort en 1093 à Kerrare, publie peu après un ouvrage «le médecine (1); Shabatai Ambron, écrit sur l'astronomie et la mathématique (2). De pli i— losophie, de morale, de religion, les écrivains Israélites n'osent parler encore.

Entre le peuple, qui les haïssait par habitude, la bourgeoisie, qui les traitait avec une compassion un peu hautaine, et la papauté, qui s'efforçait d'allier l'amour de l'équité à la défiance que lui inspiraient des hôtes si suspects, les juifs menaient une vie inquiète, agitée, redoutant sans cesse quelque vexation nouvelle, quelque malheur imprévu, et consolés seulement par l'espérance d'un gain péniblement acquis et plus péniblement conservé!

Ce qui se dégage de la lecture de cette longue suite de suppliques adressées au pape Pie VI et qui nous sont heureusement parvenues (Recueil « AU' Wuslrissima »), c'est un profond accablement moral, une désespérance irrémédiable, une douleur résignée. Si les juifs de Rome élèvent timidement la voix, ce n'est pas pour demander à être traités comme le reste des hommes, pour revendiquer leurs droits de citoyens, c'est pour supplier humblement le pape d'amoindrir un peu les charges qui les accablent, de les dispenser de quelque obligation

(1) Le Trésor d< in ri,-, publié à Venise en 1687.

(2) Ces œuvres furent imprimées à Venise, en 1 009.

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plus vexatoire que les autres, de les protéger contre la fureur populaire.

Et c'était presque dans le môme temps où les juifs romains rédigeaient ce mémoire plaintif, que la Constituante proclamait en France leur égalité < i\i!e!

Sur le chapitre des usures, la lutte continuai! avec des phases diverses. Innocent XI, fort bien dispose envers les juifs, puisqu'il s'entremit auprès de la Repu* Idique de Venise pour obtenir l'élargissement d'un certain nombre d'entre eux ramenés prisonniers de Morée, avait poursuivi cependant, comme pape, la lutte qu'il avait entreprise comme cardinal pour empêcher les « usures », c'est-à-dire, en somme, le trafic de l'argent (1). Il défendit aux banquiers juifs de continuer leur industrie et tint la main à ce que cette interdiction fut scrupuleusementrespectée(1682). Le ghetto en demeura appauvri pour longtemps (2) .

Clément XI, à son tour, qui s'intéressait aux juifs à ce point qu'on le vit se rendre en personne dans la maison d'un catéchumène dont la foi paraissait chancelante alin de le convaincre (3), promulgua plusieurs édits sur cette même matière, sans grand succès, au reste, car les juifs continuèrent à trafiquer à l'abri de l'indifférence des

(i) Basnage, liv. IX, 8!i7 ; Cf. Moroni.

(2) R. Archivio di Slato, Archiva» Camerale. La fortune globale du ghetto tomba de 400.000 écus à 90.000. (Supplique juive).

(3) Bibl. Vat. Cod. l'rbinate 1663.

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autorités municipales et de la bienveillance des tribuii;iu\ pontificaux 1). Enfin Innocent XIII et Benoît Mil voulurent contraindre les juifs à ne s'occuper que du bric-à-brac (2 .

Ils s\ résignèrent, mais non sans résistance. Durant le dix-septième et le dix-huitième siècle, presque toutes les bulles des papes relatives aux juifs sont consacrées à cette brûlante question. C'était, en effet, poulie ghetto, une question de vie ou de mort. Il ne faut donc point s'étonner si elle prime tout à cette époque et si les juifs romains semblent faire assez bon marché de leurs autres revendications pour réclamer avec insistance, avec acharnement, sur ce point capital : liberté du commerce et diminution des charges qui pesaient sur la communauté.

Jusqu'au dernier moment, les papes ne se lassèrent pas de sévir, ni les juifs d'éluder, de transgresser les règlements, d'autant que la situation linancière du ghetto s'aggravait chaque jour comme on va le voir, et que les exigences du fisc devenaient de plus en plus difficiles à satisfaire.

I Les statuts de la ville (Lit. Il, art. ci.n se contentent d'interdire aux juifs l'usure, à peine de '2o livres, et restent muets sur les autres métiers. Quant aux tribunaux pontificaux, ils adoptèrent cette singulière théorie que Clément VIII, en rappelanteten confirmant les huiles de Paul IV et de Pie Y, visait aussi les interprétations dont elles avaientété l'objet. (Bihl. Vat. Cod. Vat. 8134.)

j liulles "Ex injunctis » et « Alias emanarunt ».

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