‹ Le Saint-Siège et les Juifs: le ghetto à RomeChapitre 14 sur 67 · DESCRIPTION DU GHETTO · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU GHETTO

Une porte monumentale mais d'aspect rébarbatif occupait le fond de la place et donnait accès sur une seconde place qui était comme le prolongement de la première. Jadis, elle portait le nom de place deF Mercatello, parce qu'au moyen âge les juifs avaient coutume d'v venir vendre leurs marchandises (l) ; mais depuis, les deux places, l'une extérieure, l'autre intérieure au ghetto, n'en formant pour ainsi dire qu'une, gardèrent le même nom. Cette disposition facilitait même singulièrement les relations entre juifs et chrétiens, au point que Grégoire XIII dut défendre à ceuxci , sous peine de la mort^ de se trouver dans le voisinage de la place Giudea, sans raison absolue (2). Aussi cette place était-elle le centre d'activité du ghetto; on y traitait les affaires , on y faisait les ventes à l'encan (3); de nombreuses boutiques, qu'on louait aux enchères au profit de l'hospice des mendiantSi en encombraient les abords ( 1) .

Quelques monuments, chose fort rare au ghetto, s'y

pUce Giudea (état actuel ]. Jules U fit agrandir la place. ( De Reu- MO!rr, HisMre de Rome, t. III*', 88-2.)

(i) On lit, dans le CaUvtto del Salvatore (14(9, p. 197^), que PemadelU Cenci, veuve deMatteo dell* Infessura, fut ensevelie dans Téglise S. Tommaso del MercatellOy qui n'est autre évidemment que l'église S. Tommaso de' Cenci, voisine de la place del Mcrcatello.

(2) Ëdit. du protonotaire apostolique, Monti Vaienzi, en date du 23 mars 4573.

(3) Martinelu, Borna ricercata, p. 174.

(4) Ordonnance du 16 juillet 1610. Bibl. Casanatense.

m LE SAINT-SIÊCE ET LES JIFFS

élevaient. D'abonl, en face de l'entrée, un palais de noble apparence maU fort délabré qui avait été jadis la demeure des Boccapaduli (1); puis, tout à côté, une maison que dominait une haute tour; elle appartenait à la famille Baroncini ; enfin trois églises : S. Leonardo, surnommée u In Pliilea Judasorum d, qui occupait l'erajilacement du palais Costaguli (2); S. Salvatore de' Baroncini ou de Baronchia, in l'ialea Judsorum (3), dont Alexandre VII ordonna la destruction, car, disait le pape dans un bref adressé au cardinal Carlo Barherîni, elle est contigui' aux demeures sordides des juifs et le seuil en est souillé par leur va-et-vient continuel (1657) (i) ; enfin, une église plus importante dédiée aux saints martyrs Patermuzio et Caprete, qu'on rasa et dont les droits paroissiaux furent transférés à l'église voisine, S. Angelo in Pescheria (3).

(0 l^rs de la créaiîon du ghetto, l'rospero Boccapaduli dut le louer à des juiTs, et sa famille résida dès lors dans le palais des Boccamazzi, situé sur la place Mattei. (Bicci, p. 20 et doc. IV, IX.)

(2) Cancelliërf, 1/ Mereato, p. 204. Archivîo del Sakalorc, Catasto de (419, p. 104'' et I82^

(3) Elle se trouvait située entre la porte du ghetto el S. Maria dcl Pianto et relevait de la basilique de S. Lorenzo in Damaso.

(*) P. AtiiNoLri, Notes médites relatives au ghetto. Archives du Capitol e.

(5) Bicci, JVod'ïw iletla famigtùi BorcapaduU, Boroc, 1762. Cette église, qui avait une certaine importance, datait du douzii^me siècle [ei Urhani III bull.); elle apparaît successivement sous les vocables les plus divers : Patenniverio , Palennuti, Palrismoti, Patri Muoti; quelques chapelles y étaient rattachées, et elle se trouvait sous la

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Une ruelle obscure, le Vicolo de' Cenci, unissait la place Giutiea à la place du Templo uu des Ëcoles, située à mi'distauce du fleuve. Les cinq a Ecoles » s'y trouvaient réunies autour de la synagogue, comme c'était l'usage (1 ). Ce n'étaient peut-être que des synagogues déguisées et leurs noms, rappelant des rites (2), le donnent à penser : Catalane, Sicilienne, Castillane. Nouvelle, du Temple (3). On y lisait chaque jour l'écriture sainte, on y discutait les intérêts de la communauté, on y formait les rabbins, on y recueillait les juifs malheureux, iuGrmes ou malades, car les iiApitaux chrétiens

érection d'un recteur. 1^ famillË ltiieca]iailuli y uvait sa sépulture: GiBli&DO Nanti iti Boccapaduli y Tul enseveli {Arr.htvio dti Hnlmton, IftR, p. lOP} ainsi i]ue Caprina, i^pouse de Aiilonio Boccapaduli, l«TjKi Boi-capsduli , etc. I.a famille Aless'i y possfid&it égalemeot plusicun tombeaux. [Cataitodel Satvalore. liSI.)

(l)PicAiiT. Vérimoiiir* vt oiulames rtiiyieuses, l. 1. p. 102.

(31 Pour ks trois premières. Tuuterois, il Taul se rappeler i|iic la juiverte romaine recueillit auccesM veinent U's Tu^itifs des rojauines de Sicile, de Castille et de Catalogne.

(3j Ba^na^e dit qu'il y avait à liomc neuf Bjnagogues [\ii. LV, 903). I', Ai)L%oLri. Notes inedUea, pense qu'il existait une autre école plus ancienne dans le voisinage du pont Quattro Capi, et il cite, iil'appui de celle tivpothèse, une inscription relrouvce prte de ce pont et qui )torl« res mots : >< Congregatio soucia Quattaor Capitum ». Sur une aytrc tascription, découverte en creusant les Tondattons du collÈ^ Cr^orianu. prèa de l'cglisc S. Benedetlo, on lit, on langue bébraique : t La tainte tn/nagogue, dédiée au SWtfnmr, tli' t'ecok Qtudtrv Tapi*. U est Tait Également mention de cette école, mais d'une fafon fort équivoque, dans un document du seizième siècle. (InvetUaire dêi bùm de Oitt. Batlista Viltoi-i, Archivio del Salvalore, arme VIII. nas» VUI, 0° 10.)

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leur étaient impitoyablement Termes. La synagogue au dehors ne se distinguait en rien des constructions avoisinantes ; on eût dit queles juifs cherchaient à cacher leur temple; mais, ù l'intérieur, l'or et l'argent étaient répandus à profusion. Sur le parvis, on voyait reproduits, avec une merveilleuse Qnesse, le temple de Jérusalem, les instruments du culte, les vêtements sacerdotaux, lescheroups; les vitraux d'une des fenêtres, divisés en douze couleurs en souvenir des douze tribus, représentaient l'Urim et le Thumin ; le tabernacle était placé en face de l'entrée, le long de la paroi orientale, et recouvert d'un voile brodé d'or (1).

Sur la place, une fontaine ornée de deux dragons perpétuait le souvenir d'un acte d'humanité du pape Paul V. Avant lui, les habitants du ghetto devaient se contenter (le l'eau fangeuse duTibre ; c'est à peine si, dans la partie haute, se trouvait une maigre fontaine {â}; quand le pape lit construire l'aqueduc qui porte son nom, pour amener de l'eau au Transtévère, il autorisa les .juifs à en distraire gratuitement une partie, afin d'en alimenter une fontaine à l'intérieur du ghetto (3).

(1) GiiKdOBoviuB , Bicordistorifi, p. 99.

(2) D'après un document de l'Arehivio de S. Angelo in Pescheria, en date du 26 octobre I36S.

(3) Cet aqueduc, appelé Acqua Paolo, était construit sur les restes d'un ancieu aqueduc de Trajan et s'alimentait au tac Bracciano. Si cette eau êlait donnée gratis aui juifs, on les Taisait, par contre, payer parfois fort cher pour des fontaines qui ne leur servaient de

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