‹ Le Saint-Siège et les Juifs: le ghetto à RomeChapitre 15 sur 67 · IN. VERTIGE. MONTIS. AVREI · texte numérisé non relu

IN. VERTIGE. MONTIS. AVREI

AD. HEBRAEORVM. INOPIAM. SVBLEVANDAM .

HVNC. IN. LOCVM. DVCI. CONCESSIT.

AN. MDC. XIV. PONT. SVI. X. (1)

De la place Giudea partait également la Via Rua qui, d'abord parallèle à la Via Pescheria et, par conséquent, au ileuve, s'infléchissait ensuite près du Portique d'Octavie et venait aboutir au pont Quattro Capi. Cétait la plus longue et, ce semble, la plus vieille des voies du ghetto, et Ces rues, dit P. Adinolfi, dont on sait la compétence en ces matières, conservent toutes des appellations fort anciennes, mais le nom de celle-ci, qui est synonyme de a rue )> dans l'ancien langage, doit remonter à la plus haute antiquité d. Cétait aussi la rue aristocratique du ghetto, car elle était moins exposée que les rues basses aux débordements et au}f émanations du fleuve.

rien; six cents écus^ par exemple, alln d*orncr la fontaine Marforio^ située assez loin du ghetto^ le 27 mars 1C95. Canckllikhi, Il M(rcato, p. 34.) (I) MoRONi, Dict. Eccles,. t. XXI, 30.

Presque à l'entrée de la rue, on renconlrait un palais qui avait jadis appartenu à la famille Niccolà di Paolo Poli (1), et une porte ou un porche sans issue (2) ; plus loin, se dressait la masse sombre et imposante du Portique d'Octavie dont les ruines étaient habitées, des assises jusqu'au faite, par de nombreuses familles juives; ainsi, par une étrange ironie du sort, ce monument où Titus et Vespasien célébrèrent l'anéantissement de la race juive servait à en abriter la lointaine descendance (3) .

En poursuivant sa route, on trouvait une petite place appelée ce Délie tre Cannelle » ou <( Délie Fontanelle d qu'ornait, comme son nom l'indique, une modeste fontaine, (tétait là que venait aboutir la via Fiumara qui bordait le Tibre et se prolongeait jusqu'à la place des Écoles.

Si maintenant nous voulons pénétrer dans le cœur même du ghetto, un dédale de ruelles étroites et tortueuses^ ou plutôt de sentiers, nous mène de la place du Temple à la place Macello qui occupait exactement le centre du quartier juif. C'est sur cette place qu'on

(I) Archivio del Salvatore, contrat do i419, p. 06.

(*2) Egidia, femme de Petruccio Grassi, possédait en ce lieu une maison qu'elle donna à la confraternité del Salvalore. Or, dans l'acte de cession, il est indiqué que la maison est sise « In Ruga Judceorum, in reclaustro Port«c de Pantaleonibus ». {Archivio del Salvatorc, 1419, p. oC.)

(3) GfiEr.oKOvius, Ricordi stonci, p. 49.

DESCUIPTION nu (illETTO 57

abattait, suivant le rite judaïque, les animaux destinés aux boucheries du ghetto (1), d\)ù son nom. La célèbre et antique famille dei Branca de Clausura, d'origine juive, y possédait plusieurs maisons (2). Ensuite, lorsque traversant la petite rue Dellc Azzinelle (3) , on remontait vers la Via Rua, on trouvait, presque à la jonction des deux voies une antique maison dont la façade, bizarrement ornée de sculptures, semblait avoir appartenu jadis à une église; autour de la porte d'entrée, en eiïet, on comptait non moins de 198 sujets différents gravés dans la pierre (i). Il faut voir apparemment dans ce porche le dernier vestige d'une église depuis longtemps détruite, Téglise S. Cecilia do'

(I ] Ces boucheries étaient au numbrc de six ou sept. (// vvro Stato, p. 21. On lit dans les statuts de Rome^ Liv. II, art. cxwviii (V/. Ottol). 741 et Milliniano dcl Archivio scgrcto) : « Aullus maceihirius vmdat hebrcis mit bestium vivam et ipae hebrcus non interficiat in macellis christianorum ipsas bestias vt vhristiani dictas bestias nb eis non enumt si ipsa bestia essct oxcisn et ipsam bestiam non macelient inter rhristianos^ qui contrafeccrii puniatur m X lib. pivw et accnsator vel denunciator habeat mediitatcm penv et tewfitur privatus ». (CiMUXo Rb, p. 163.)

(2) Archivio dolla Santissima Trinitû de' Pellcgrini e (àonvalcsccnti, Libro délie Plante antiche di casf e sitl, p. 12, f. 2.

.3) Ou «Del Forno délie Azzinelle» Bernauium), p. 180, ce qui montre que c*est là que se fabriquaient les pains azymes. L*archiconfraternité de* Pellegrini y possédait une maison: l'église S. Maria in Monticelli, ainsi qu'un certain Ciiulio de' Magistris, des boutiques donnant sur la rue. { Archivio délia S. Trinità de' Pellegrini, Pianto antiebe di case, p. 35, f. 2.)

(4) P. Adinolfi, yotes inédites.

Pantaleoni ou de Pantaleis, voisine de la porte de ce nom (1).

En résumé, on peut diviser le ghetto en deux régions distinctes : Tune formée par la place Giudea, la place du Temple et la Via Rua; c'était le quartier opulent : les banques, les boutiques riches, les plus belles maisons, c^est-à-dire les moins délabrées, s'y voyaient; 'autre, qui comprenait les places Délie Fontanelle et Quattro Capi et les rues avoisinantes Délia Stufa, Délia Torre (2) , De' Savelli, toute la partie basse, était le quartier pauvre, laborieux et sale(3) . Entre ces deuxgroupes, un fouillis de ruelles étroites, tortueuses, puantes, bordées de boutiques misérables et de hautes maisons, toutes branlantes, épouvantablement sombres, où vivaient entassées, des caves au grenier, dans d'infects réduits, sans distinction ni d'Age, ni de sexe, ni de condition, des familles entières et souvent plusieurs familles à la fois.

Ce fut l'honneur de Pie IX d'abattre, dès les pre-

(1) On ne trouve, en elîet, trace d*aucune autre église dans le voisinage, dit Adinolfi. [yotes inédites,) Dans TArchivio del Salvatore (1419, p. (iO), elle se trouve mentionnée comme située dansie quartier juif et près de la place Macello. (Ex instrumento locationis statiziolœ in favo* rem magistri gottarifi sub indictione IX a die 7® Martii iooi rogat apud Aristotclem TiiScuUinum not.) L'épithète « de Pontalconibus » lit qu'on lui donna quelquefois, par erreur, le nom de S. Pantaleone. Voyez un acto do vente cité par \Uca, doc. VU, 607.

\1l) Faussement appelée « Tour des Pierleoni».

i:n Bibl. Vat. Cod. Ottob. :î648.

DESCRIPTION DU GHETTO o9

miers jours de son pontificat, la muraille qui étreignait les juifs (1) ; ce sera l'œuvre du maitre actuel de Rome de faire disparaître les derniers vestiges de cet opprobre. Bientôt le ghettoaura cessé d'exister; cette partie de Rome perdra, à son tour, son cachet d'àpre et sévère vétusté. La pioche du démolisseur tue et vivifie. L'hygiène assurément a ses droits imprescriptibles et ce cloaque affreux devait être transformé, mais ceux que charment les antiques traditions, ceux qui aiment à remonter le cours des âges et à se ressouvenir des événements passés dans le milieu même où ils se sont déroulés, assisteront avec quelque tristesse à la disparition de ce coin de la ville éternelle si pittoresque en sa laideur, si gracieux en sa décrépitude, si intact en son délabrement, qu'en le parcourant, on pouvait se croire transporté aux plus lointaines années du moyen âge, et ils diront un peu tristement avec le poète (2) :

« Etiam pcriere ruinœ «.

;i) Cependant les juifs no se hâtèrent pas de se prévaluir de la liberté qui leur était accordée; ils continuèrent d'habiter, avec une étonnante persévérance, ce quartier malsain et ne Tout abandonné définitivement que lorsque Fcdilité romaine en a décidé Texpropriation.

(2) Ll'ciin, Pharsale, liv. IX.

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