CHAPITRE VIII
HISTOIRE DE LA COMMUNAUTÉ JUIVE SOUS LES EMPEREURS
Arrivée des premiers Juifs à Rome. ~ Leur douleur à la morl de César. ~ Leor attachement à la mère patrie et leur respect des lois romaines. — Clémence d'Auguste. — Importance croissante de la colonie israélitc. — Séféri té de Tibère, deCaligula. — Richesse des juifs romains. — Apparition des premiers chrétiens ; les Romains les confondent dans un même mépris, plus tard dans une même haine avec les juifs. — Titus, Domilien. — Création d'un impôt sur les juifs. — Progrès du judaïsme. — l^is qui interdisent les conversions. — Douceur de Nerva et de Trajan. — Constantin, avènement du christianisme. — Les juifs mis au ban de la société. — Les juifs de Rome épargnés. — Impartialité de Théodose et de Théodoric A leur égard. — Rome kous les empereurs byzantins et francs. — Les papes maîtres absolus du sort des juifs.
On ne saurait préciser la date, même approximative, de Tarrivée des premiers juifs à Rome. Ils y vinrent sans doute, comme ils étaient déjà allés à Athènes, à Alexandrie, pour y exercer le négoce ou se livrer à quelque humble industrie, dès que les galères romaines parurent dans les mers de Palestine. Leur lente infiltration n'a point laissé de trace. Les origines sont toujours obscures.
Qu'il y ait eu des juifs à Rome au temps de Pompée, cela est certain; qu'il y en ait eu longtemps avant.
cela semble probable. Leur présence incommodait déjà Cicéron : (c Vous savez, dit-il, quel est leur nombre^ leur union, leur j)ou voir dans nos assemblées. Je parlerai bas de manière à n'être entendu que des juges (1). » Terreur oratoire, mais qui montre cependant que leur influence n'était plus négligeable à Rome. C'est qu'en effet Pompée avait ramené, pour son triomphe, beaucoup d'esclaves juifs. César les affranchit; ils formèrent dès lors une caste, les liberiini^ humble mais puissante. On les rencontrait, par les rues, vendant des allumettes, du verre cassé, voire même des songes, ou bien implorant la charité publique et, ce qui est pis, enseignant à leurs enfants à le faire (2). Quand leur libérateur mourut, leur douleur fut grande; ils l'exhalèrent bruyamment autour de son bûcher et puis veillèrent plusieurs nuits de suite sur ses cendres (3).
(1) Pro Fiacco, XXVIII.
(2) Martial, £p., liv. I, 4'2;
JuYÉNAL, VI, 547 :
i£re minuto Qualiacumque voles judœi somnia vendunt.
ma., î>42 :
Arcanam judœa tremens mendicat in aurem.
Martial, XII, o7.
Amatre doctus.... rogare judœus.
(3) Suétone, Via de César, LXXXIV. Voyez aussi à ce sujet l'intéressant travail de M. Manfhlv, GH Ebrei sotto la Dominazione Romana, t. II.
r.A i;ilHMlNAl 11: SIUS les KMi'lCIlErRS 107 Aoguste fut hoD pour eux, car ils se montraient alors les dociles sujets de l'empire. Non seulement ils acceptaient la loi romaine, mais ils s'en réclamaient à l'occasion , témoin saint Paul ; la loi romaine les protégeait.
Son éclectisme en matière de religion dictait à Auguste envers lc$ juifs cette sa^e bienveillance dont ses successeurs ne devaient que trop oublier l'exemple. Il voulait qu*on respectilt leurs croyances, leurs superstitions; on ne pouvait, sous aucun prétexte. ol>ligcr un juif à déposer un jour de sabbat devant un tribunal, ni à s'occuper d'une affaire publique ou privée (1); bien plus, lorsque les distributions de blé ou d'argent aux nécessiteux avaient lieu ce jour-lti, on devait mettre de cAté jusqu'au lendemain les parts réservées aux juifs. La communauté de Rome était alors nombreuse; un peuplas tard, ['bilon, cédant à ce penchant de grandir tout ce qui louche a leur race qui est commun aux annalistes hébreux, évalue à huit mille le nombre des juifs qui appuyèrent ses réclamations auprès de Gaïus (Caligula) {2). Elle était, en outre, fort opulente et demeurait très attachée à la mère patrie : chaque année,
<i In fettivitnlibiu iiut nibbatiê nta Judai corporalia mimera
mt, ne^uc luidqiiam /iicûuil, nequf invplrr pufilicam pn-
I, tn )u( vocfntur {Vod. de JudTis, Icg. 3. iH lUcwr.
B-> lCi I B). VOJ'» B£UAKNIDK, p. (i.
(ï) JosÉMW, Anf.JiMi.. XVII, t. 3; XVIII, 3, S.
108 LE SAINT-SifiGE ET LES JUIKS
partait de Rome une riche oETraDde pour le temple de Jérusalem (I); elle possédait, on l'a vu, une synagogue, des écoles, des poètes (2). Cependant l'influence morale des juifs était nulle. Aux youx des Romains, rien ne les distinguait encore des autres étrangers, Égyptiens, Syriens, Cappadociens, que le grand commerce du port de Rome avait attirés sur les bords du Tibre, Le sombre empereur qui succéda au brillant Auguste et fut le premier mais non le pire de cette suite de I maniaques, tantôt mélancoliques, tantôt exubérants, mais toujours sanguinaires, dont le monde eut à supporter si longtemps la tyrannie fantasque, Tibère, s'imagina de régner sur les consciences. Les généreuses 1 qualités dont il était doué avaient été de bonne heure | étouiïées paries terreurs sombres qui le hantaient, les I soupirons parfois justifiés que ses favoris éveillèrent et I entretinrent en lui. Il se prit de haine pour les juifs I dont les cérémonies mystérieuses l'intriguaient, le cour* 1 rouçaient. Et puis, l'empereur s'occupait de magie, et 1 les juifs, comme tous les Orientaux, passaient pouri quelque peu magiciens; ils allaient dans les demeures des riches Romains interprétant les songes, prédisant l'avenir, expliquant le passé. C'étaient des rivaux ca*
[1) TAcrrK, Aimales, lib. II; Clléhon, Pro Flacco, XXVIII.
(2) Fuscus AriBtius, auquel Horace adrt-ssa uoe épilrc (épit. X),-| et ce poÈle circoacis qui osa raaltrailcr dans ses Ters Martial. VojWl liv. XI, Épit. Si.
l.A CuMMlNAL'TK SOLS LES EMPEREIRS
pables de découvi
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rihles s
5 secrets
de l'empereur, de dangereuses gens dont il ratlait se défaire. Il cominença par les molester. L'exercice de leur culte fut interdit, les vêtements sacerdotaux de leurs prêtres durent être brûlés, les vases sacrés détruits; la jeunesse juive fut e.xilée au loin, dans les provinces insalubres, sous prétexte de service militaire ( i ) .
Ce n'était pas assez, car les circoncis continuaient de pulluler à Kome; l'euiporeur entreprit de les extcrminertous. Un grand nombre, déportés en Sardaigne, y périrent misérablement. Sêjan, qui favorisait toutes les cruautés de son maître, aigrissait ses baines, pour le rendre peut-être tout à fait odieux et insupportable à ses sujets, excitait sous main sa colère. Lui mort, Tibcre comprit sa faute; il se radoucit, revint à une plus saine politique et plus conforme à ses penchants; les juifs accoururent aussitôt à Rome où un invincible instinct les poussait toujours.
Caligula avait pour ami un juif. Agrippa, de la famille d'Ilérode, jadis compagnon du jeune Drusus, frivole et débauclié cependant, et que Tibère allait faire périr quand la mort l'empêclia de mettre son dessein à exécution. C'était, au reste, le seul juif qu'aimât le nouvel em|iereur; ce peuple était trop rétif. La statue do l'empereur restait sans adorateurs à Jérusalem. Pour
I (1) SlIXONE, Vie de Tib-^e, SXWI.
HO i.K SAINT-SIÈGE ET LES JDIFS
se venger sans doute, il Ût Agrippa roi des juifs, et la désolation fut grande eu Judée. A Rome, la comiounauté juive se tenait coite. Ou sait l'accueil cruellement grotesque que réserva l'empereur à Philon et à ses compagnons, envoyés en solennel le ambassade par leurs coreligionnaires d'Alcvandrie.
Néanmoins, la juiverie de Home augmentait sans cesse de force et d'importance. Les capitales des empires très centralisés sont des gouffres attirants; elles vivent de la sève du pays, elles le dépeuplent a leur profit, elles l'appauvrissent, lui rendant, il est vrai, en idées ce qu'elles lui prennent en hommes.
Après les juifs liesoigneux venus à Homo pour ne pas mourir de faim dans leur patrie, étaient arrivés votoutairement, dans le but d'y jouir de leur fortune, quelques riches familles Israélites. Elles avaient quitté la colline de Sion, leur temple, leur pays, tout ce qui leur était cher, tant était grand l'attrait qu'exerçait au loin la ville éternelle (1). Leurs fastueuses demeures s'élevaient dans les quartiers lesplusopulents de Rome (2); leurs tombeaux de la voie Appienne n'étaient pas le moindre ornement de cette chaussée sépulcrale (3). Quoique ûdéles à leurs traditions, à leurs mwurs.
(l)JosÈi>iiK, .-Int., XVIl, ni, a; SI, 1 ; Tacite, Aiin., ii, 83j Suêtos», Tibère, 36; Renab, Vie desaint haut, p. 11)3.
(2) VojBi; Rbhan, Vie de saint Paul.
(3) Vojez Gauucui, Cimilerio ilegli antlchi Ebrei.
LA COMMU^ALTK SOUS LES KMI'EHEIHS III
à leur religion, les juifs vivaient confondus avec les Romains, s'en distinguant à peine si ce n'est dans leur for intérieur. On ùtait fort tolérant alors, étant fort sceptique, et on les laissait adorer leur Uieu à leur. }{uise. Le culte des juil's étonnait, il n'inquiétait pas. Malheureusement pour eux, il n'en fut pas longtemps ainsi, Ue Judée, commenraient à arriver des hommes qui avaient assisté a l'événement le plus extraordinaire de l'bistoire de l'iiuinanité; ils allirmaient avoir vu le Messie dont les juifs attendaient depuis des .siècles l'apparition avec autant d'impatience que li'espérance; ils annonçaient le renouvellement du monde, le renversement de tout ce (pii existait. Mais les juifs de Kome n'ajoutaient que médiocrement foi à leurs récits; de là des discussions enllammées, car on n'est jaiifais si ardent à persuader que lorsqu'on n'a pas de preuves bien prohantes, et les juifs venus à Rome étaient des apàtres convaincus mais simples, plus ardents qu'habiles à raisonner et à convaincre; il y eut dos luttes à main armée, du sang répandu, l/enipereur Claude, qui aimait la tranquillité, lit recliercher par la police ce Chrpstus {K^iivi;), a la présence de qui on attribuait tout le mal et donna l'ordre de fermer surle-charop le lieu de réunion de ces hommes (juTicliauffail à ce point le nom de cet étranger \i)\ les juifs
i); UioîcCi'fli's, L\, C, el ilKN
, Vi'Jr i'iinl Paul, |i. 100.
llï I.E SAIXT-RIÉRE ET LES JUIFS
n'en tinrent compte, et les disputes de rCDaitrc de plus belle. Alors Claude chassa de la ville tous ces perturbateurs, et ils ilurent se réfugier en Sicile, en Afrique, .en Grèce (i). Cet exil ne fut pourtant pas absolu et dura peu; bientôt, les juifs revinrent à Home, nombreux; saint Paul y trouva une colonie israélile importante, qui ne comptait cependant encore que peu de chrétiens (2).
Mais le danger était grand. On avait pu mépriser une petite colonie, noyée au milieu de l'immense cité romaine, presque ignorée des historiens, ne se souciant que fort peu de faire des prosélytes; on devait s'alarmer des progrès d'une secte active, remuante, chaque jour grandissante, qui s'insinuait partout, pénétrait toutes les classes, et menaçait, non pas seulement les vieilles idoies et les vieux cultes vermoulus des ^es antérieurs, mais la stabilité, l'intégrité, Texistence même de la société antique. Dès lors, on eut dans l'empire une conscience vague du péril; dès lors, on s'efforça énergiqucmcntd'y parer. Mais la démarcation entre juifs et chrétiens, destinée à devenir si profonde par la suite, existait à peine alors; c'est par nuances insensibles qu'on allait de l'israélite au sabbataire, du paulinien au chrétien. Les païens, eux, ne voyaient qu'une chose :
(1) SuÉiû.vE. Vu de rtuude, X.W. Actes des Apôtres, XVIII. 2. Cf. Bahoniub, an. fil.
(2) DiiRtii, Histoire dis Romains, t. IV, 504,
I.A COMMLNALITE SOIS l.ES KMrEREUHS ny là OÙ il y avail tiesjuifa, il y avait des chrétiens; la nouvelle socte se propageait à rombre de l'ancienne : Tune abritait l'autre; toutes deux devaient périr. El la lutte commenva (II.
Depuis NY'ron, dont la cruauté a dû être quelque peu exagérée pour les besoins de la cause (â) , jusqu'i'i Constantin, les juifs furent persécutés avec les chrétiens; ensuite, ils le furent par les chrétiens. C'est alorsseuloment que leur histoire reprend son relief, à Home ^surtout.
Au milieu des grands combats qui ensanglantaient la Judée, des grandes persécutions qui déchiraient l'empire, la comiiiunnulé de Home est presque oubliée lies historiens. II y a tant d'épouvantement par le monde que nul ne se préoccu[ie des misères de la petite colonie sémitique. Elle ne disparut pas cependant dans la tourmente, et cette étonnante ténacité n'est pas ce qu'il yade moins remarquable dans cette partie assez elTucée de son histoire. Tout conspirait contre elle. Lv peuple la haïssait (3) : quand, après l'incendie de Kome, on tbei^ha des coupables ou pluttM des victimes expialoires, ce fut dans le quartier israélitcqu'on les alla trou-
0) LTiîstoirc de lu juiteric romaine durant cette période esl iaiimemenl mHée à celle <le la secte chrùlienne naissante ({ue tant d'auteurs plus auti>ri<us que nous ont approfondie. On se borne donc à en esquisser ici lus contours pour l'ititelli^nce de ce ifui va sunn:.
<9) St^TDKE, Vu- ik iVéron. XVI. Cf. C. Martba, le* UoifUIttes loiu vnmam. p. 3IT etsuivantes.
^] TirjTi, Hiit.. lib. V, n.
U MIKT-Utr.K. H
ver; la plèbe massacra les juifs avec une fureur, avec iinejoiealroces (1). Les grands la redoutaient : « C'était une antique et ferme croyance, dit Suétone, cjne l'empire du monde appartiendrait vers ce temps à un homme parti de la Judée (2) ». Tandis que Vespasien et Titus s'acliarnaient contre les juifs de Jérusalem, on j pouvait guère se montrer tolt^rant envers leurs i ligioonaires romains. C'est miracle qu*on ne les i pas tous fait périr.
Le temple détruit, l'empereur s'adjugea le tril)( qu'y envoyaient pieusement cliaque année les veries répandues dans tout son empire (3). Domitid toujours affamé d'argent, n'eut garde de néf cette précieuse source de re%'enus; ce fut l'impi dont on poursuivit le payement avec le plus de rigueol tous ceux qui faisaient publiquement profession de j daïsme y étaient astreints, et l'historien Suétone noj raconte avec quelle indiscrète vigilance les officid chargés de le percevoir s'acquittaient de ce soin (m
Toutefois, de cette obligation même on peut iofén qu'une certaine liberté de conscience était accordée a Israélites. Ce fut seulement, en elfet, vers la lin de i règne que Domitien sembla s'alarmer réellement des pÂ
(I) Renan, f'A>ifi!c/irtgf.p.lHS.l)i'n 13; SuEioNK, Viede Veij>asieii,l\'.
(3) Xlphilin, (h Frtp. 2(7. I/impût 6tait de di ete, dit Joséphe.
(i) Suétone, fie de Domitien, XU.
Itùt. des Romain», t. IV, | drachmes 4
l.A COMMLNAIJTK SOUS LES EMPEREURS H:i
grès du judaïsme. « Yirloribus vidi legem ârdcrunt», &'(■-
'^'*îait douloureusement Séoèque quelques années aupa-
'"a-vant (I), L'empereur le crut, et des lois sévères
**^ fendirent aux disciples de Moïse de faire des pro-
*<^Ijtcs {■£).
Avec Nei'va, la comuiunaut(- juive eut un moment de *'^^pit : on lui accorda une amnistie générale, ainsi qu'une ^onéralion de la plupart des taxes imposées par Icscmt**reurs île la dynastie flavienne; le cours des délations ^ut arrt^té. Actifs, industrieux, insinuants, lesjuifs acquissent rapidement, grâce à cette tolérance, une certaine înfluenceà Home; ils y exploitaient ouvertement ou se- <?rL'tement mille industries que méprisaient leurs maîtres ; on commençait à avoir besoin de leur intermédiaire.
SousTrajan, ils grandirent encore en puissance. R . Josaé était le familier du prince (3). Lesjuifs en éprouvèrent une si grande joie qu'ils firent frapper une médaille, portant en légende ces mots ; « Calumnia fisci judairi subtata n. Mais la calomnie reprit bien vile ses droits. Anlonin renouvelait déjà les édils de Vespasien destinés à arrêter le flotdes conversions; toutlionimequiconsentirait à circoncire un sujet romain non jui( devait être puni de
[I) De superstilionc.
fi) JuiL'vui '/ni fum qui juc/aicx îvligionii nmi essct ronlrarin «todrïnn ad «aiwn religionem truitutxre prinumpserit, bonorum pro- Ki^tione damnetur, miserumque in modian puniatur. (Leg 7. Cod. de Sud.; Dion Cassii s, flifL Rom. Btcimme, p. ii.}
(3'l VisiHkiit, liv. VII, 313,
Ilfi LE SAINT-SlÉGE ET LES JUfFS
la mort (I). Décius, Valérien.Dioclétien, poursuivi)
d'une même haine le judaïsme et le christiani)
Les choses cliangcreut de face quand Coastal monta sur le trùoe impérial et que la religion cl tienne devint la religion oITicielle de l'empire, scission était déjà profonde, irrémédiahie entre Juifs et les chrétiens, et leur aversion réciproque, qi que récente, laissait déjà entrevoir à quels elle arriverait plus tard. Aussi le premier soia l'empereur chrétien fut-il d'imposer aux juifs une ciptine sévère. Les conciles, celui d'Elvire entre très, qui se tenait alors en Espagne où il y avaitJ beaucoup de juifs, lui traçaient ou plutôt lui dictaient sa conduite. Les circoncis sont mis au han de la société; ils ne devront avoir aucune relation, aucun commi avec les chrétiens, ni les employer comme servitei ni manger avec eux, ni partager leurs plaisirs, ni bénir les fruits de leurs terres (2). On supprime l'exemption du décurionat accordée par l'empereur Sévère (i surtout, on leur défend de faire acte de prosélylii
L'empereur Constantin et le pape Paul IV sont dt même lignée; l'un et l'autre veulent isoler les juifs genre humain, se llattantque, réduits pour ainsi
leie;
ieroJ|
(1) Dîg. XLVIil, 8, H. fl Weilko -lui cxciilfrit, capilaU erfl, I ipsi •piiw *ponte excidendym pnebuit b.
(2) ErstGE, De cita Cmisl., Hb. IV, cap. xxvit.
(3) Bëdarriub, p. 19.
LA COMMUNAUTE SOUS LES EMPEREURS (17 par la disette ii capituler, ils l'entreraient peu à peu dans le sein de l'Église. Tous deux ont eu même succès. Julien, qui haïssait les chrétiens, Tavorisa les juifs, niais Jovien les opprima; Valentinien les persécuta et Valena les ménagea; ainsi commentait cette longue suite d'oscillations dont l'histoire de la communauté Israélite fie Rome devait, par la suite, donner maint exemple.
Théodose, j'orne généreuse, eilt sans doute pardonné aux juifs; il voulut se montrer indulgent, mais il élaît .sons la dépendance de l'Église, et l'incident de la synagogue de Callinicum montre, en mùme temps que sa bonne volonté, son incurable impuissance (f). Honorius, quoique moins rigoureux, suivit son exemple. Les juifs sont des parias. Ils ne peuvent plus exercer de fonctions publiques, construire de nouvelles synagogues; partout les chrétiens doivent éviter scrupuleusement leur contact.
A Rome cependant, les traditions de tolérance subsistent. Le temple est riche, le peuple le respecte ; on laisse les juifs accomplir en paix les cérémonies de leur culte; ils exercent même certaines magistratures (2). Un jour la populace, dans un moment de colère, pille la synagogue, etThéodoric s'étonne d'un acte aussi inaccoutumé et réprimande vertement le sénat de ne point s'y
(I) Lettres 40 et il desaint Aiiibroisequi lui roprochej comme un crime, d'avoir poursuivi ceux qui avaient détruit cette sj'Dagogue. i'S) BÉuABRiiiE, p. 22, — UoBinf, Bùtolre des Romains.
un LE SAINT-SIÉUE ET LES JUIFS
êlre opposé ( 1 ) . Tliéodorio fut, d'ailleurs, très favorable aux circoncis dans tout son empire (2). Assez chrétien pour comprendre la charité, il l'était assez peu pour ne pas comprendre l'intolérance.
Après la chute de l'empire d'Occident, Home subit un temps l'intluence de la cour de Constantinople; c'est donc à l'histoire bysanline qu'il faut s'adresser pour en induire le sort de la juiverie romaine, car les documents directs manquent. Un grand fait la domine au point de vue intérieur, c'est la publication du code de Justinien. Or, si les lois de Justinien sont sévères, elles ne sont pas cruelles. Do plus, les Juifs n'étaient pas maltraités à Constantinople (3) ; ils ne durent pas l'être à Home. Cependant, quand Bélisairevintguerroyeren Italie, lors du siège de Naples, il ne rencontra pasde plus rudes adversaires que les juifs; nul doute que ceux de Rome suivirent cet exemple et conquirent ainsi ta sympathie de leurs maîtres, les Goths. Si on ne respectait pas absolument leur indépendance, ce qui devenait difiîcile, du moins on ménageait encore leurs scrupules religieux (-i).
Dans sa destinée toujours changeante, Home devait subir encore bien des jongs dilTéreuts. Les rois francs
(0 Vltau, p. 4.
(2) CiasioDOBE, lil). II, episl. sxvji; lib. IV, episl, ïsxiu cIsliii.
(3) BiSNAUE, liï. VIII, chap. v et xri.
(i) Concile tenu à Home sous le pape Zacliarie. (Concil. coll., eiL reg., t. \m, 430)
LA COSIMliNAllTL SOUS LES EMl'KRELRS lia prenaient Pascendant qui échappait aux empereurs d'Orient. La haine du juif n'existait encore qu'à l'état spo~ radique en Gaule; il y avait eu des persécutions, mais sans ensemble. Les rois n'y prêtaient pas toujours la main. Lorsque Charlemagne vint se faire sacrer à Uomc, il ^tail peut-être accompagné de son médecin et fidèle ambassadeur, le juif Isaac (1). Sa sévérité était tempérée d'une certaine douceur. La petite juiverie de Rome, bien diminuée, bien alTaiblie, bien déchue de son antique puissance, pouvait espérer en lui. Et, de fait, tant que l'inlluence des empereurs carolingiens fut prépondérante, on ne saclie pas qu'elle ait été molestée. .Mais bientôt les papes allaient être les maîtres absolus de Home; seuls, ils décideraient du sort des juifs romains; et c'est rie cemomentque leur histoire se distingue de celle des autres juiveries et devient vraiment originale et digne d'intérêt.
(I) Il ramena de Lucques ou plutùl de Itome, en Allemagne, un rab- I>in fameui, It. Hosë b. KaloDyaios el mid fils, ({ui Tirent souclie à Hajunce ou on a retrouvé R'cemnient unu pierre loiiibale portant le nom de Ueschullani b. Kalonymos. l'n île ses derniers descendants futGiudaill'io (Habbi Jehudah he-hasidi. mort en 1316. Kalonymos est l'auleur de certaines prières qui se Usent b l'époque des fiiea de Pdquc, iManuscril inùdil de Giuseppe Cuen, ayant pour titre : ■ Emeq h/i'bnkhah. ■ LuzzkT», Giuilnùmo itlMtmto. Padoue IMS, p. 30.) Vers cette m6me époque, Tivait ii Rome un autre rabliiii du nom do Schabtai b. Hosi [Um), auteur de prières rythmées.