‹ Le Saint-Siège et les Juifs: le ghetto à RomeChapitre 23 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

HISTOIHE DE LA COMMUNAUTÉ iVl\E SOUS LES PAPES

Première période i suite)

HienYeillancc des papes envers les juifs. — Charles l***, sénateur de Rome, ordonne qu'on respecte leurs libertés. — Benjamin de Tudela. — État florissant de la littérature rabbinique à Rome vers cette époque. — Nathan b. Jechiel. — Emmanuel b. Salomon. — Premiers symptômes de dé^ Hance. — La présentation du Pentateuque au temps de Boniface VIIL — Jean XXIf. — Légende relative à ce pape. — La peste noire. — Persécutions qu'elle suscite contre les juifs. — Haine étrange des Juifs contre CoU di Rienzo. — Leur acharnement sur son cadavre. — Mépris grandissant des chrétiens. — Prestation de l'hommage au temps de<*régoire XIL — Bonté de Martin V à l'égard des juifs. — Leur situation a Rome à cette époque.

Quelle que fiH la dévotion des juirs pour les papes, ceux-ci ne demeuraient pas en reste avec eux. C'était le temps où Alexandre III prenait un juif pour trésorier (1); où Innocent III déclarait « qu'à l'exemple de

(I) Pkrre.\u, ?Ahication et cidtiur des Israélites en Italie au moyen âge, i88o, p. 19.

l:)i! l.E SAINT SiEr.E KT LES JUIFS

ses prédécesseurs Calixto, Eugène, Alexaadre et Clément, il voulait être le bouclier protecteur des juîfsil suppliants », et défendait qu'on les iiaptisAt de force ( I ) où Ilonorius III les prenait ouvertement sous sa garde (2) J où Grégoire I\ s'opposait, quoique en vain, à ce qu'ony les persécutiU eu France et en Allemagne, et défendait,! en Italie, de les blesser ou de les mettre à mort sansJ jugement, de les troubler à coups de bâtons ou da'l pierres pendant la célébration de leurs fêtes, de déter-< rer leurs morts, sous prétexte de s'assurer un gage dft^ payement (II); où Nicolas IV enfin, qui cependant fan loin de se montrer toujours favorable aux juifs, appre-a nant qu'on les avait molestés à Rome, écrivait à soi» vicaire pour lui ordonner de veiller attentivement i ce que leurs biens et leur synagogue fussent respec-^ tés (4). Innocent IV lui-même se montra, en général^ fort bienveillant pour ses sujets de race juive, encort

(I) Ravnaldl's, Atijuûes Ecclemstici . HOU, L1V. RieD plus, ï oblige l'abbi; du inonaatère de Sainle-Marie de Leicester à notirr un Juir tombé dans la misère. Ravnalhi s, 1S0I>, LVII.

2) Bulle 1 Sieutjudteis nondcbet », 7 novembre I2<7; miis i dérend sévèrement aux juits d'occuper des tonctioas publiques bulle ■ Ad nostram nuvci'td's audientiam ». U'J avril l2St. Cf. Ràv-I NALons, 12(7, LXXXIV et 1220, XLVIII.

(3) Basnage, liv. VI, S46; toujours avec certaines restrictions, vojeï bulle a Suf/lcere dcbuerat per/îrfia" Judirontm », a mars 1 233, dont le préambule indique assez l'esprit, cr. Ra^ n-alhu^^, 1333, LWinJ (233, XX.

(4: Thsingh, 1. 1, 3i;i.

LA CiiMMlNALTK SOIS LES l'APES. — I- l'ÊlliOllE l.!:i i|uMI eût le premier interdît d'une fairon absolue la lecture du Talmud, défense bien des fois renouvelée par la suile et aussi souvent viciée, car le Talmud fut pour les juifs, durant tout le moyen i^ge, ce quWristole (.Hait aux philosophes scolastiques (1).

Les maîtres temporels de Rome ne le cédaient en rien auv souverains pontifes. Charles I", roideNaples et sénateur de Itome, recommandait ii son représentant, Iternardo de Balzo, de remettre les juifs en possession de toutes les libertés « dont ils jouissaient antérieurement et que leur concèdent les statuts de la ville » {"2).

Itenjamiu de Tudela, qui n'avait pas accoutumé de voir de tels spectacles, ne laisse pas d'en marquer quelque t'tonnement [3). a Les juifs, dil-il, sont honorés à Rome, libres de tout impôt; le pape (Alexandre III) prend parmi eux ses ministres (i); plusieurs sont des hommes fort savants, entre autres H. Daniel et R. Jechiel, ce dernier homme jeune et cependant plein d'expérience et de sagesse ». Le docte rabbin énumère ensuite avec complaisance les noms des écrivains, des [>oètes, des jurisconsultes qui faisaient alors des écoles juives de Rome un des centres intellectuels de l'Italie : K. Menachem, d'Espagnol devenu Romain, et que le

Il UuUe " Jrnpid ludieorum IJtXXVni et I2S3, \XX1V.

H) Home, 6 avril l>70. Vit4ii, p. 163.

(3) Il dut ïisiter Home entre 1 1 j'J et I ti. Sans doute les inlenilants de 6Câ fii

mai (ïii. cr. Ray^j

ru \.E SAINT-SIKCE ET LES JlIKS

[lOt'te Ksra avait célébré en vers, H. Joali, II. Jecliiel

et l)ien il'autres.

U y eul, en eflet, à Home, vers cette époque, un (épanouissement lie littérature juive fort remarquable; des familles entières de doctes rabbins, de longues suites de savants se transmettaient pieusement le dé- [)dt des traditions rabbiniques; la famille des Pietosi ou Mansî, entre autres, dont l'ancôtre Jechiel était un jurisconsulte fort écouté, en est un exemple remarquable. Ses trois (ils, Daniel. Abraliam et Natlian, passaient pour les premiers rabbins de leur temps; ses neveux. Benjamin, Mosé, Zidkjah. Jekutiel, étaient de savants écrivains, mais Nathan les domina tous. En un temps où les langues étaient à l'étaU embryonnaire, où, faute de livres et de relations, il était Bi ditlicile de pouvoir étudier les idiomes élran^J i^ers, il eut le cénie de la lexicographie et de la lin^ guistique; c'est lui qui publia ce livre, merveîllcua pour l'époque et qui eut un grand retentïssemend llr-àniklt, sorte de dictionnaire étymologique et corn paré de toutes le> expressions contenues dans Vaû et l'autre Talmud. Son maître fut H. Mosé, de Nar^ bonne. Il mourut six ans après la pui}lication do" son livre, en lHJ(j (i). Jecliiel b. Abraliam, trésorier et conseiller du pape Alexandre 111, dont parle Benja-, min de Tudela, était son neveu (a), et loab, fils t Salomon, son petit-neveu (7).

lA COMMUNAUTÉ SOUS LES PAPES. — l'« PÉRIODE 13o

Beujiiiiiin.

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