‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 101 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VII l · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VII l

nière. L'âme était toute ravie hors d'elle, et toute en Dieu et en ce qu'il lui communiquait.

« Une fois cette personne fut ravie si éminemment, qu'il lui semblait qu'elle franchissait tous les cieux avec une vitesse prodigieuse. Elle se trouva tout à coup dans une lumière si brillante qu'elle surpassait de beaucoup celle du soleil.

« Une autre fois elle fut transportée en esprit dans le Ciel, et y fut retenue quelques jours au milieu de ses amours, Jésus et Marie, qui lui firent mille caresses, et remplirent son âme d'une consolation inexplicable. »

La faveur fut encore plus considérable et plus avantageuse un jour où il vit l'Essence divine d'une certaine façon qu'il explique par cette similitude : « Disons que l'Essence divine tient deux voiles devant elle, et que je la vis imparfaitement, un voile seulement étant levé ; et que ceux qui sont dans la gloire des Bienheureux la contemplent les deux voiles tirés. Ainsi je ne la vis pas dans une si haute perfection qu'eux, et il n'y a langue au monde qui puisse exprimer de la manière que je la vis, ni la grande facilité que j'eus à la voir. » Ce sont les paroles de cet admirable Serviteur de Dieu.

Il eut encore un autre ravissement, où il reconnut dans le paradis tous les Bienheureux, tant en général qu'en particulier.

On l'a vu souvent élevé au-dessus de terre, sans être soutenu en aucune façon. Ne dites-vous pas que voilà un homme du ciel, qui a sa conversation dans le paradis, et qui ne peut pas être retenu sur la terre ? Et comment y aurait-il le coeur, puisqu'il ne daigne pas y poser les pieds ?

De tous ces exemples et des autres semblables, vous devez tirer trois conséquences :

i. Concevez une haute estime de votre vocation, et de l'état auquel Dieu vous a appelé, où il se communique avec tant de familiarité à ceux qui l'y servent de tout leur coeur.

2. Humiliez-vous à la considération de ces hommes divins, dont vous êtes si éloigné, quoique vous portiez la même robe.

3. Efforcez-vous de faire les oraisons ordonnées par votre Règle, avec toute l'ardeur et la diligence possible, afin de ne point mettre d'empêchement aux faveurs que Dieu vous veut accorder. Gardez-vous cependant de demander ou de souhaiter d'être conduit par des voies extraordinaires, qui sont très dangereusesà l'orgueil de notre nature corrompue.

Page 1