‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 115 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I

ment fort à cœur, et ont employé tous les moyens pour le réduire en pratique, autant que l'infirmité humaine le leur a permis.

Saint Wolstan, qui de prieur fut fait évêque de Wigorne, n'envoyait jamais un frère convers hors de son monastère, qu'il ne lui ordonnât de prier Dieu sept fois le jour. Il jugeait sagement qu'il est juste que, comme les prêtres récitent les sept heures canoniales, les frères aussi les secondent par d'autres prières en pareil nombre.

Saint Poppon, abbé, s'élevait bien au delà de cette dévotion et priait cent fois le jour et cent fois la nuit, et Dieu le récompensait par des faveurs signalées et par des consolations très sensibles. Il lui accorda un tel don de larmes, que le pavé du lieu où il faisait oraison en était tout trempé.

Un religieux de notre Compagnie, touché de ce que saint Barthélémy et sainte Marthe priaient Dieu cent fois le jour et cent fois la nuit, résolut de les imiter de tout son pouvoir. Il se détermina donc à prier cent fois depuis son réveil jusqu'au dîner, et cent fois depuis le dîner jusqu'au coucher.

Ayant pris cette résolution, il s'en alla trouver le Père Alvarez de Paz, qui le raconte lui-même au Traité de l'Oraison, et le supplia de lui choisir cent noms et éloges de Dieu, tirés de l'Écriture et des saints Pères. Il les apprit si parfaitement, et les récita d'eux fois le jour dans une telle exactitude, qu'en vingt-cinq ans il n'y manqua jamais une seule fois, au temps qu'il s'était prescrit. Il est fort probable que ce religieux était un frère coadjuteur puisqu'il alla prier le Père Alvarez de lui donner ces éloges de Dieu. Un homme instruit eût mieux aimé les choisir lui-même selon son goût. De plus, sainte Marthe est la patronne des frères qui s'occupent aux offices extérieurs, et son exemple l'avait ému.

II. Saint Bernard dit que ceux qui se sont consacrés dans la Religion aux offices de Marthe, doivent crier à Dieu

comme les petits de l'hirondelle et se rendre excellents en l'oraison.

Ils doivent imiter les anciens religieux de l'Egypte, qui se servaient de courtes oraisons qu'ils lançaient vers le ciel, comme des flèches ardentes, pour pénétrer et pour embraser le cœur de Dieu. Pour cette raison, ils les appelaient oraisons jaculatoires.

Quelques-uns les nomment aspirations, et non sans cause; car, de même que notre corps doit continuellement respirer, et pousser hors de sa poitrine l'air qui y est entré, ainsi l'âme doit sans cesse aspirer au ciel par les élans de son cœur. Empêchez le corps de respirer, il mourra presque au même instant. Si l'âme ne soupire et n'aspire à son Dieu, des pensées de mort lui ôteront bientôt la vie divine, qui lui donne les forces d'opérer avec mérite.

Nous ne devons appréhender nulle difficulté dans ces élévations de notre cœur. Aimons Dieu avec ardeur, et elles seront si fréquentes et si naturelles qu'à peine y ferons-nous réflexion. Notre cœur s'élève et s'abaisse dans notre corps, non seulement sans douleur, mais aussi avec plaisir. Et ces mouvements durent tout le jour et toute la nuit, depuis la naissance jusqu'à la mort, et si on les arrêtait, on se causerait de très fâcheuses douleurs, et l'on tirerait l'âme du corps. D'où vient au cœur cette facilité et cette nécessité de se mouvoir? Des esprits vitaux, pleins d'ardeur, qui veulent être dans une continuelle action, et ont besoin de rafraîchissement.

Voulez-vous faire sortir beaucoup d'étincelles d'une fournaise, faites-y un grand feu, et entretenez-le avec soin. Un maréchal ou un serrurier en fait néanmoins sortir une plus grande quantité, lorsqu'il remue le charbon de son fourneau que s'il ne le remuait pas. Il est impossible qu'une âme soit parfaitement embrasée de l'amour de son Créateur, sans que plusieurs flammèches n'en sortent et ne s'élèvent vers le paradis ; mais la diligence et une généreuse résolution d'être un homme tout céleste, en la

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