‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 116 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I 5o · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I 5o

bouche comme dans le cœur, les augmentent notablement. Dieu fait quelquefois paraître au dehors les flammes intérieures des séraphins terrestres. Le cœur de sainte Marguerite, fille de Bêla, roi de Hongrie, brûlait de l'amour de son Sauveur; et Dieu montra sur sa tête, pendant qu'elle était en oraison, un globe de feu qui jetait quantité de flammes vers le ciel.

III. L'utilité des oraisons jaculatoires est très grande en la vie spirituelle.

i. Klles servent de défense contre le démon, lequel n'ose approcher d'un serviteur de Dieu qui a toujours les armes à la main, et qui le blesse continuellement.

2. Elles maintiennent et augmentent dans l'âme du Religieux la charité envers son Créateur et son Rédempteur, et enflamment sans cesse le désir des vertus.

3. Elles touchent puissamment le cœur de Dieu, qui accourt à l'aide de celui qu'il voit être si soigneux de son profit, et qui n'a point d'autre passion que celle de lui plaire.

IV. Pour faire avec facilité, avec plaisir et avec utilité ces petites oraisons, prenez garde à la disposition de votre corps et de votre âme. La santé et la maladie, la joie et la tristesse, la consolation et la désolation, ainsi que les autres affections de l'âme, donnent occasion à une variété d'aspirations qui empêche le dégoût et fait qu'on les continue avec tendresse et avec persévérance. Saint Alphonse Rodriguez, que j'ai pris comme l'idée de nos Frères coadjuteurs (chacun fera bien d'en prendre pour soi un de son Ordre), avait diverses sortes de prières, selon la disposition où il se trouvait.

1 . La première était de se mettre en la présence de Dieu, et de considérer alors sa grandeur et sa majesté avec des affections de révérence et de respect, de jeter la vue sur son propre néant et de se juger indigne de paraître devant un Roi si redoutable.

2. La seconde manière d'oraison, plus tendre, et qu'il appelait oraison de l'amour de Dieu, était d'élever son

àme à la connaissance de son Créateur et de se complaire en lui par plusieurs actes d'une charité embrasée.

3. La troisième manière était de considérer ses nécessités et celles d'autrui, de se présenter à Dieu comme à son Père, et de lui demander assistance et soulagement, comme le t'ont des entants bien-aimés à des parents qu'ils aiment avec ardeur.

4. Je rapporterai la quatrième manière par ses propres paroles : « Il y a, dit-il, une autre sorte d'oraison qui s'appelle oraison d'élévation, quand l'âme se met devant son souverain Seigneur pour mortifier quelque vice ou quelque passion, et pour combattre jusques à une parfaite victoire, pour l'amour de celui qu'elle a devant ses veux. Cette manière d'oraison est une de celles qui plaisent le plus à Notre-Seigneur, parce que l'homme se surmonte lui-même pour l'amour de lui. Elle gagne l'affection de son Créateur par une entière mortification, qui est la pierre de touche de l'amour, et prend l'amer pour le doux et le doux pour l'amer. O que peu de gens usent de cette manière d'oraison, parce que nous sommes plus amis du miel de la prière que du fiel de la mortification ! Les vertus néanmoins s'engendrent en l'âme à proportion de ces désirs, et pas davantage. »

5. La cinquième manière de prier dont il se servait, était par la voie des désirs du cœur. Le sien était si brûlant et si subtil, qu'en un moment il l'élevait des choses terrestres et le logeait en Dieu. Il se mettait en certaine façon à lutter avec lui. et le contraignait à lui accorder ce qu'il demandait pour sa plus grande gloire. Il disait que cette manière d'oraison était très excellente, qu'elle constituait une faveur particulière de Dieu, accordée à peu de personnes, et qu'elle était plus semblable à la façon de prier des Anges qu'à celle des hommes ici-bas. « Il m'arriva, dit-il, que, ressentant une grande affection, et étant fort embrasé de l'amour de Jésus et de Marie, sa très sainte Mère, je me mis quelques jours en leur présence avec une espèce de

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