‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 122 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE IX

dait quelquefois de vue, ce n'était pas pour plus de temps que celui que l'on met à tourner la tête.

Il disait de lui-même, comme parlant d'un autre : « Cette Personne a coutume de s'exercer en trois manières dans la pratique de la présence de Dieu :

« La première est par la voie de la mémoire, avec un grand soin de ne faire nulle chose qui soit désagréable à Dieu, lui semblant qu'elle le regarde sans cesse, qu'elle va et vient en sa présence, avec un grand désir de lui complaire et un grand dégoût de tout ce qui ne mène pas à lui.

« La seconde manière est par la voie de l'entendement, l'âme connaissant, sans user d'aucune réflexion, son Dieu qui la remplit : par cette connaissance elle sent son Souverain très présent en elle, Dieu lui faisant cette grâce de se communiquer à elle de cette sorte. Ce sentiment de Dieu si présent n'est point par la voie de l'imagination. Mais c'est une certitude spirituelle qui lui donne à connaître que Dieu est en l'âme comme en tout lieu. Cette présence de Dieu se nomme intellectuelle, et a coutume de durer longtemps. Plus l'âme s'avance dans le service de son Créateur, plus cette présence lui est sensible et continuelle, et Dieu se communique de plus en plus à elle, à mesure qu'elle s'y dispose davantage par une généreuse mortification. Cette présence de Dieu s'exerce, en prenant garde, en sentant, et en se ressouvenant comment Dieu est en l'âme et comment l'âme est en Dieu.

« Le contentement que cet aimable Seigneur a que nous marchions avec lui est si grand que, quand l'âme, pour de justes respects, s'oublie de quelque affaire grandement nécessaire, c'est une chose admirable que sans se tourmenter elle sent Dieu présent qui supplée à son manquement. Cette vue que Dieu a un soin si particulier d'elle et qu'il ne s'en sépare nullement, la ravit.

« Et cette Personne a souvent expérimenté que sans penser à cette présence, elle reconnaissait que Dieu se trouvait sensiblement présent à elle, de la même manière qu'un

homme qui se mettrait soudainement devant un autre, sans que celui-ci y prît garde.

« La troisième présence de Dieu est par la volonté, qui a de véhémentes affections de l'amour de Dieu. Cette manière de présence se peut entendre par cette comparaison : Quand le corps brûle d'une fièvre ardente, il en ressent une grande chaleur, bien qu'il ne la voie pas : ainsi l'âme sent son Dieu présent en elle-même et en tout ce qui est créé, quand Dieu lui fait cette faveur, quoiqu'elle ne l'aperçoive pas. Et cette présence d'amour intérieur a coutume d'être si parfaite, que l'âme ne peut oublier ce qu'elle aime si ardemment, et qu'elle sent au dedans d'elle, opérant si amoureusement et si tendrement. Cet amour occupe tellement l'âme en son Dieu, que si parfois la pensée s'en distrait, le cœur ne s'en distrait point, parce qu'il fait sans cesse son office d'aimer Dieu. L'âme l'expérimente dans une joie sensible, et voit que son cœur aime continuellement son Dieu, et qu'elle peut dire : Je dors, mais mon cœur veille. Avec cet exercice, tout son soin, toute son étude et toute sa diligence sont de plaire à Dieu ; et Dieu réciproquement a un soin particulier de tout ce qui lui appartient, tant dans l'âme que dans le corps. De là vient qu'elle ne se soucie d'aucune chose de ce monde, sachant bien que Dieu a soin d'elle et de ses affaires, comme Notre-Seigneur dit à une sainte fille : Aye\ soin de me plaire, et j'aurai soin de vous et de tout ce qui vous concerne. »

Ne jugez-vous pas que cette doctrine est très élevée pour un simple frère qui passait toute sa journée dans les exercices corporels? Elle vous met en évidence le bonheur de votre état, et que vous y pouvez obtenir des grâces très sublimes. Mais il faut s'en rendre digne par une grande pureté de conscience et par un exercice continuel de l'amour de Dieu. Nous l'apprenons encore de lui par ces paroles : « Cette présence de Dieu est cause que l'âme marche avec beaucoup de soin, de révérence et d'humilité

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