‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 121 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE IX I

figures sensibles. Ils se représentent Dieu sous les traits d'un roi, d'un juge, d'un père, d'un maître, d'un médecin, d'un pasteur, et d'images du même genre.

Secondement, d'autres se remettent dans la mémoire quelque mystère de notre Sauveur, suivant la particulière dévotion qu'ils y ont, et suivant les fêtes qui se célèbrent dans le cours de l'année. La variété des temps soulage la mémoire, excite l'affection, et la rend plus sensible.

Prenez garde néanmoins de modérer de telle sorte l'application de votre esprit, que votre tête n'en soit point incommodée : autrement l'excès de votre ferveur empêchera la durée de votre dévotion. La violence ne se joint jamais avec la persévérance. Humiliez-vous et suivez la direction de vos Supérieurs et de vos confesseurs, même dans le retranchement des pratiques qui flattent le plus vos pensées et vos désirs, et Dieu donnera sa bénédiction à votre santé et à la solidité de votre vertu.

Troisièmement, le plus doux et le plus facile moyen de nous mettre sans cesse Dieu devant les yeux, c'est la contemplation des créatures, que nous voyons et que nous manions. Elles sont un excellent miroir de leur Créateur, qui opère en elles pour l'amour de nous. Saint Ignace désirait que les Religieux de la Compagnie se servissent souvent de ce moyen.

Tous les Religieux ont besoin de ces pratiques, mais surtout les frères convers, qui sont occupés en diverses actions extérieures toute la journée. S'ils ne s'en servent point, ils auront un esprit dissipé en mille objets ; une imagination qui les traversera par mille fantômes chimériques, et une affection attachée aux choses basses et terrestres, comme s'ils vivaient dans le siècle. Mais s'ils s'appliquent à cette vue de Dieu dans tous les êtres créés, ils vivront dans une dévotion plus sensible que les prêtres, ayant plus de créatures qu'eux devant les yeux.

Saint Félix de Cantalice, capucin, obtint par cette sainte pratique une continuelle union avec son Dieu, et elle fut

iyO LE SAINT TRAVAIL DES MAINS

si intime que souvent il ne regardait et ne savait à qui il parlait. Ce qui était d'autant plus admirable qu'il était le plus souvent hors de son monastère, faisant la quête presque toute la journée par la ville de Rome. Cet office l'obligeait à converser et à traiter sans cesse de diverses choses avec plusieurs hommes et avec plusieurs femmes ; et rien cependant ne le pouvait détourner de la vue et de l'entretien familier avec Dieu. Un Religieux, étonné de ce merveilleux recueillement, lui demanda par quel artifice il pouvait, dans une si grande distraction et dans ses occupations, retenir toujours son esprit uni à son Créateur? Il lui dit pour tout secret : Toutes les créatures peuvent être des moyens pour élever notre cœur à Dieu, si nous les pouvons regarder d'un bon œil.

Notre frère saint Alphonse Rodriguez ne fut pas moins uni a Dieu par cette perpétuelle contemplation de sa présence. Un jour, le Père Acquierez lui demanda combien de temps ses occupations lui ôtaient de l'actuelle présence de son Bien-Aimé. Il fut tout surpris et tout honteux à cette question. La grande familiarité néanmoins qu'il avait avec ce Père, lui ouvrit la bouche et le cœur. Il l'assura avec franchise, qu'il n'en était pas distrait tout le jour plus de temps que celui que l'on mettrait à dire XtCredo. Il paraissait cependant très actif dans tous les emplois que l'obéissance, la charité ou la nécessité lui mettaient en main.

Une fois, passant dans un champ avec son Recteur, ce Père lui demanda s'il s'aidait de ce champ pour élever son cœur en Dieu. Il répondit avec naïveté et candeur, qu'il s'en aidait fort peu, ou point du tout ; parce que, son âme étant ordinairement unie au Seigneur, et se tenant toujours en sa présence, ce serait une chose fâcheuse de s'en détourner par la vue des êtres créés ; et que, quand on est en possession de la fin, ce n'est plus le temps d'user des moyens.

Dans une autre occasion, il dit au même Supérieur qu'il perdait rarement de vue Notre-Seigneur, quoiqu'il fût occupé à parler aux autres et à les écouter, et que s'il le per-

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