CHAPITRE X
AVEC QUELLE DEVOTION LES RELIGIEUX OCCUPES AUX OFFICES DE MARTHE DOITENT PASSER LES FETES ET LES DIMANCHES.
I. Raisons de l'Institution des Fêtes. — II. Ce qu'il convient de faire pour sanctifier les Fêtes.
ersonne n'ignore que Dieu ne se fatigue |> point dans son travail ; chacun sait néanmoins qu'ayant créé le ciel et la terre en six jours, il se reposa le septième, et l'appela Sabbat, c'est-à-dire repos. La fatigue et les sueurs nous suivent sans cesse dans les exercices corporels, et depuis le péché de nos premiers parents, la continuation apporte la lassitude et le dégoût. C'est pourquoi nous sommes obligés de reprendre haleine, et, par un repos modéré, de nous fortifier pour d'autres travaux.
Les fêtes et les dimanches sont institués à ce dessein.
C'est pourquoi saint Chrysostome les appelle sagement le port des chrétiens. Lorsqu'un pilote vogue sur une mer agitée par les flots et parles tempêtes, et qu'il craint que la furie des vents ne fracasse le vaisseau contre les rochers, il est dans une crainte et dans une action qui ne le quittent point ; mais aussitôt qu'il a pris terre en quelque port, il prend à bras ouverts le repos et la joie qui se présentent à lui, et qui l'invitent à une conversation paisible et tranquille avec ses parents et avec ses amis.
De même, le frère conversqui est occupé au maniement des choses temporelles dans le cours de la semaine, est inquiété de plusieurs soins et de plusieurs agitations d'esprit. Les biens de la terre flottent dans une perpétuelle vicissitude, et sont plus inconstants que les vagues d'une mer orageuse. On ne peut les manier que l'on n'en ressente le flux et le reflux avec fâcherie et avec danger. Les fêtes et les dimanches sont des ports assurés, et des lieux de paix et de repos où Dieu et ses Saints se trouvent pour consoler et assister leurs serviteurs.
C'est un point d'une extrême conséquence qu'un Religieux, distrait toute la semaine dans les offices et les exercices extérieurs, passe les jours consacrés au service de Dieu avec dévotion et avec un fervent recueillement. S'il y néglige les exercices de piété, jamais il ne sera homme spirituel, et même, s'il ne s'efforce de mettre à profit tout le temps de ces journées célestes et divines, il ne sera qu'un bon valet, et encore quelquefois en pourra-t-on douter.
Je trouve quatre raisons de l'institution des fêtes et des dimanches : — Pour bénir et remercier Dieu et ses Saints, — pour contempler leurs perfections, et pour concevoir un désir de les imiter, — pour obtenir d'eux ce qui nous est nécessaire, — pour prendre un peu de repos, même corporel, afin de travailler mieux et plus gaîment les autres jours. Disons un mot de chacune.
i. Le premier et le principal motif qui a fait consacrer