LIVRE SECOND. CHAPITRE X
d'une manière particulière certains jours, a été pour donner loisir au peuple fidèle de considérer les ouvrages merveilleux du Créateur et de ses amis, afin qu'il en contemple les bienfaits, qu'il le remercie et qu'il le loue.
Chaque jour de la création, Dieu jetait une œillade sur ce qu'il avait produit, et trouvait que cela était bon et parfait. Mais ayant créé l'homme, il prit un jour entier de repos pour le regarder tout à loisir. Il sanctifia aussi ce jour-là, afin que l'homme apprît de son côté que sa première et sa principale pensée doit être de louer et de servir l'Auteur de son être, et de tous les avantages qu'il a sur les autres créatures.
Après la moisson et la vendange, les Juifs avaient tant de fêtes que le mois de septembre ne semblait être qu'une fête continuelle. Celle des Tabernacles y durait huit jours entiers, pour leur donner la volonté et le loisir de remercier avec dévotion ce Seigneur si libéral, et ce Père très soigneux et très aimable, qui les pourvoyait tous les ans de pain, de vin et de tout le reste, et qui, par une bonté et une puissance adorable, avait nourri pendant quarante ans leurs pères avec le pain du Ciel, lorsque, sortant de l'Egypte, ils venaient à la terre promise.
De plus, la septième année était consacrée chez les mêmes Juifs à la piété et au culte de Dieu, et il n'était nullement permis de labourer la terre, afin que le repos du corps pût donner aux occupations de l'esprit le temps nécessaire. Tout ce temps, ils se nourrissaient de ce qu'ils avaient mis en réserve, et de ce que la terre leur donnait sans nulle culture. La cinquantième année, qui était celle du Jubilé, avait encore un repos plus sacré, et des victimes plus nombreuses.
Un sage voyageur qui va dans quelque pays étranger, s'arrête de. temps en temps pour considérer la fertilité des campagnes, la beauté et la nature des plantes et des arbres, la hauteur des montagnes, la grandeur des villes, la structure des églises, des palais et des autres bâtiments, les ha-
bits et les mœurs des habitants. Il loue le prince qui tient son pays en paix et en abondance. Il l'estime heureux ainsi que ses sujets, et ne se peut lasser d'en parler.
« Ce monde, disait Philon, est un temple où il ne manque qu'une voix pour chanter les louanges de son auteur. » Il se trompait, car autant il y a de créatures, autant il se trouve de voix qui louent le Créateur. L'homme doit en être comme le chef d'orchestre, et ramasser toutes les voix éparses çà et là pour en faire un harmonieux concert, qui se fasse entendre par toute la terre et dans le paradis même. Les oraisons jaculatoires et les mouvements d'un cœur religieux, durant la semaine, sont une très douce musique aux oreilles de Dieu et de ses Saints; mais les jours de fêtes, la mélodie est plus agréable, et les Saints mêmes y tiennent leur partie, comme on vit au jour de la fête de saint Séverin, évêque de Septempéda.
Bollandus rapporte, en sa Vie, une chose remarquable. Innocent, homme vertueux, aperçut, pendant la nuit qui précédait la fête de ce saint Prélat, que le bois voisin du lieu où il était enterré reluisait si fort qu'il paraissait tout embrasé. Il crut que le Gouverneur de la province faisait voyage, et qu'on portait devant lui plusieurs flambeaux. Il se retire à l'écart pour s'en convaincre. Il voit quatre vénérables personnages qui portaient chacun un flambeau allumé ; deux autres les suivaient revêtus de belles dalmatiques, et portaient une baguette en leur main. Venaient ensuite deux vieillards à cheval, l'un avait les cheveux plus blancs que la neige, l'autre paraissait chauve. Après eux, il vit une innombrable multitude de gens à pied, qui tenaient la même route.
Innocent, ravi d'un si bel appareil, prit la hardiesse d'arrêter celui qui marchait le dernier, et de lui demander l'explication de ce qu'il voyait. Les quatre, lui dit-il, qui portent les flambeaux, sont les saints évêques Sixte, Marc, Marcel et Jules ; saint Etienne et saint Laurent portent les baguettes ; saint Pierre et saint Paul sont les cavaliers;