LIVRE SECOND. CHAPITRE XII
garde encore à Clermont en Auvergne : elle est très blanche, très douce et très légère ; mais on n'en saurait dire ni la matière ni l'artifice.
La main de Dieu n'est point raccourcie en nos temps. J'ai connu un prêtre de notre Compagnie, déjà mort, qui était souvent conduit à l'autel par deux Anges, qui lui servaient comme de diacres et de sous-diacres durant la Messe. J'en connais un autre, et j'ai appris de lui, en confidence, qu'il est très souvent assisté pendant sa Messe par les Anges, par la Vierge et par Notre-Seigneur même, qui lui font des caresses presque incroyables, mais néanmoins très véritables. Et il y éprouve des sentiments de dévotion si violents et si excessifs que, s'il ne se faisait quelquefois une extrême violence, les larmes et les sanglots lui ôte raient entièrement la parole et les forces pour achever le Sacrifice.
Si donc les Saints, les Anges, la glorieuse Vierge et le Fils de Dieu aident et récréent ceux qui disent et qui entendent la Messe, quelle pureté de conscience y devonsnous apporter? Sainte Colette.réformatrice des Religieuses de Sainte-Claire, avait une si haute estime de cet auguste Sacrifice, que souvent elle se confessait pour ce seul motif, qu'elle y pût assister avec une plus grande netteté de cœur. Imitons-la en ce soin, et Dieu nous fera participants de ses vertus.
2. Secondement, allant à l'autel pour y servir, prenez toujours quelque particulière intention, pour laquelle vous offriez le Fils de Dieu à son Père. La meilleure et la plus facile est de pouvoir obtenir ce que vous avez pour lors le plus à cœur et qui vous est le plus nécessaire. Par exemple, vous avez besoin du don d'oraison, et vous êtes fâché que les distractions, les aridités et les désolations vous en ravissent la douceur et l'utilité. Dirigez votre intention à ce sujet; offrez ce divin Sacrifice, afin d'obtenir cette grâce pour vous et pour les autres. Si quelque nécessité corporelle vous presse, vous la pouvez joindre à
2û8 LE SAINT TRAVAIL DES MAINS
votre principale intention, mais dirigez cette seconde intention à votre bien spirituel, et à la plus grande gloire de Dieu. Donnez toujours le premier lieu au Ciel, et rien ne vous manquera sur la terre.
Observez qu'il est nécessaire d'avoir une grande variété dans cette dévotion, qui, revenant chaque jour, se pourrait faire par routine et sans profit. Assignez donc diverses intentions à chaque jour de la semaine.
Le dimanche, allez à la Messe, et priez-y votre aimable Jésus avec une affection d'enfant envers son père. Demandez-lui votre éternel héritage et tous les moyens qui vous v conduisent. Priez-le de vous les donner si proportionnés à votre humeur et si efficaces, que vous mouriez dans sa grâce.
Le lundi, allez-y avec une affection d'épouse. Demandez une très étroite union d'un amour chaste et indissoluble avec votre céleste Époux, qui vient à ce dessein sur nos autels. Suppliez-le de vous saisir de telle sorte le cœur, qu'il n'aime plus rien que lui ou pour l'amour de lui.
Le mardi, prenez un cœur de mendiant, qui manque de toutes les choses nécessaires pour faire son voyage au Ciel, et qui s'en va demander l'aumône à la porte du riche. Allez-v hardiment ; 'ses libéralités ne l'appauvrissent nullement : ses trésors sont infinis et inépuisables, et il désire avec passion vous enrichir.
Le mercredi, allez à ce Sacrifice de propitiation, comme un malade à un médecin expérimenté et charitable. Montrez-lui les plaies que l'orgueil, la paresse et les autres vices ont faites en votre âme. Demandez-lui les remèdes et soyez certain qu'il vous assistera.
Le jeudi, considérez-vous comme un soldat qui est environné de tous côtés d'ennemis prêts à lui livrer bataille. Implorez le secours de votre général d'armée, qui peut d'un seul clin d'œil les abattre" à vos pieds.
Le vendredi, regardez votre Sauveur, qui vous appelle comme un bon pasteur le fait pour sa brebis. Il a donné son