LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII
Cette vérité de la foi nous doit remplir d'étonnement et de frayeur, si après tant de confessions nous nous trouvons chargés de péchés et d'imperfections, et si nous sentons nos passions presque aussi vives qu'au commencement de notre conversion.
Sainte Catherine, fille de sainte Brigitte, se confessait pour le moins une fois chaque jour, et souvent deux et trois fois. Aussi fut-elle si agréable à Dieu, qu'à son trépas on vit une belle étoile sur la maison où elle mourut: et cette lumière céleste y demeura constamment, jusqu'à ce que son saint corps fût porté au tombeau. Elle trouvait de la matière pour se confesser-, voyant les moindres fautes qu'elle commettait. Mais elle s'en confessait avec une si parfaite componction, que ce Sacrement l'avança dans une très haute perfection.
Voyons de quelle manière nous devons nous y comporter pour en tirer du profit. La bienheureuse Véronique de Binasco, sœur converse dans un monastère de Milan dédié à sainte Marthe, se confessait souvent, et Notre-Seigneur lui désignait les péchés qu'elle devait dire au prêtre, et lui enseignait la manière dont elle devait le faire. Prions ce charitable Rédempteur de nous donner par des lumières intérieures, ce qu'il faisait dans les discours familiers avec cette Sainte. Sur l'espérance de ce divin secours, commençons à parler des trois parties de ce Sacrement, qui sont la contrition, la confession et la satisfaction.
II. La contrition est une douleur d'avoir offensé Dieu, qui contient virtuellement ou formellement le propos de s'en amender. Les théologiens la divisent en deux espèces, qui sont : la contrition parfaite qui retient pour elle le nom de contrition, et la contrition imparfaite, qu'on appelle attrition. Il est nécessaire de traiter de l'une et de l'autre, et des moyens de les avoir en perfection.
i. La contrition parfaite est une douleur d'avoir commis quelque péché contre Dieu, parce qu'il est infiniment bon, aimable et adorable ; que c'est notre Père, notre
Maître, notre Roi, notre Créateur, et Rédempteur. Les motifs de nos propres intérêts n'ont point de place en cette douleur : le pécheur n'y regarde que Dieu et sa gloire.
2. Un des meilleurs et des plus solides avis que l'on puisse donner en la vie spirituelle, c'est de bien pénétrer, dans les méditations et dans les examens de conscience, les motifs qui nous poussent puissamment à cette douleur, soit que nous les tirions de l'excellence de la Divinité, soit que nous y mêlions les tourments et la croix de notre Rédempteur. Chacun se doit servir de ceux qui lui pénètrent le plus le cœur.
Les frères convers trouveront pour l'ordinaire une plus grande facilité par la contemplation de Jésus souffrant. Lorsque vous vous préparez à la confession, contemplez ce charitable Seigneur, tantôt sous la grêle des coups de fouet, tantôt couronné d'épines ; quelquefois portant sa croix, et attaché au milieu de deux voleurs. Arrêtez-vous au mystère qui entre le plus profondément dans votre esprit. Un seul regard d'un crucifix fit pâmer de douleur sainte Elisabeth, comme je l'ai dit plus amplement ailleurs.
Vous pouvez vous servir de quelque dévote image qui vous mette devant les yeux le mystère dont vous désirez ressentir au cœur l'impression. Imaginez-vous aussi que ce Dieu de bonté et de charité vous tient ce discours ou un autre pareil : « Vois-tu combien de tourments tu me fais endurer? Est-ce la récompense de tant de biens de nature et de grâce, que je t'ai accordés sans que tu les eusses mérités? Je t'ai créé, lorsque tu n'étais pas. Je t'ai fait naître dans un pays catholique, et de parents qui t'ont élevé avec soin dans la véritable croyance. Je t'ai donné si souvent mon corps et mon sang dans l'Eucharistie, après t'avoir pardonné tes offenses ! Je t'ai fait religieux, et religieux d'un si saint Ordre ! Je t'ai touché si souvent et si puissamment le cœur, afin que tu fisses un ferme propos de garder avec fidélité et avec constance toutes tes Règles, et te voilà cependant plein d'imperfections ! Jusques à