LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII
quels temps, cruel que tu es, augmenteras-tu mes tourments? Tes péchés sont les fouets qui me déchirent, la couronne qui me tourmente, les clous qui m'attachent à la croix. Quelle résolution prends-tu pour l'avenir? Si je te pardonne encore cette fois, me traverseras-tu de nouveau? te mêleras-tu avec les bourreaux pour m'ensanglanter et pour me faire mourir? Que dis-tu? que penses-tu? à quoi te résous-tu ? Iras-tu avec plus de ferveur et plus d'exactitude à ce qui sera de mon service? Réponds-moi, et prends ta résolution, afin que je prenne la mienne pour te rejeter éternellement de moi, ou pour te recevoir avec miséricorde entre mes bras. » Telles ou de semblables paroles vous attendriront le cœur, vous feront demander pardon avec douleur et avec larmes, et obtiendront une ferme et une généreuse résolution de vous amender efficacement.
Cette contrition est d'une telle efficacité, qu'elle ôte tous les péchés, même avant la confession. Nous en pourrions produire plusieurs exemples très nobles. Je me contente de deux.
Saint Antoine de Padoue, ayant trouvé un pécheur si contrit de ses crimes, qu'il ne pouvait parler pour s'en confesser, lui conseilla de les écrire. Il le fit; mais les ayant présentés au Saint, il les trouva tous effacés, au rapport de Wading, aux Annales des frères Mineurs.
Un Religieux de l'Ordre de Cîteaux fut touché d'une pareille douleur, et écrivit ses péchés sur le conseil de son prieur, qui, les ayant lus, demanda et obtint la permission de les montrer à son Abbé, pour savoir de lui ce qu'il y avait à faire vu l'énormité des fautes dont ce pauvre pécheur s'était rendu coupable. Mais quand l'Abbé ouvrit le papier pour en prendre connaissance, il le trouva entièrement blanc et toute l'écriture en était effacée. Dieu voulut faire entendre par un tel prodige que la douleur de ce pénitent lui avait mérité la rémission de ses péchés.
Cette douleur pénètre quelquefois si avant dans le cœur, que le pécheur conçoit une parfaite haine de lui-même,
et voudrait être bafoué et foulé aux pieds par tous les hommes. Ce sentiment est une des marques les plus assurées que la douleur est véritable et selon le cœur de Dieu. Il parut dans sa chaleur et dans son impétuosité en la personne de Philippe, comte de Namur, fils de Baudouin comte de Flandre.
Ce prince fut saisi au lit de la mort d'un si sensible repentir des péchés qu'il avait commis, et versa tant de larmes qu'il fit pleurer tous les assistants. Il se confessa à quatre Abbés. Il se mit une corde au cou, et pria ses confesseurs de le traîner au milieu de la place. Il s'écriait avec des soupirs et des sanglots merveilleux : J'ai vécu comme un chien, et il est raisonnable que je meure comme un chien. Il se fit porter dans la plus pauvre maison de la ville, et y rendit son âme à son Créateur. Cette contrition, cette confession et cette humilité plurent tellement à Dieu, qu'il rendit recommandable la mémoire de son Serviteur par plusieurs miracles, comme l'écrit Césaire, qui vivait alors.
Eprouvez-vous de pareilles ardeurs lorsque vous faites votre examen de conscience, et que vous vous préparez à la confession ? Vous n'êtes pas touché si sensiblement, dites-vous, parce que votre conscience ne vous reproche aucun péché mortel.
Vous devez rejeter cette mauvaise excuse par deux moyens. Le premier est de presser votre âme, et devoir si elle a une certitude absolue d'être exempte de tout crime; si elle en pourrait jurer ; si le Ciel lui en a fait une particulière révélation. Autrement, nul n'est certain d'être en la grâce de Dieu. C'est un article de foi, et aussi les plus sages et les plus saints, après toutes les assurances possibles, donnaient-ils un libre cours à leurs larmes. Saint Alphonse Rodriguez, que je vous propose souvent comme un parfait modèle de vertu, avait été plusieurs fois averti par Notre-Seigneur et par Notre-Dame, que ses péchés lui étaient pardonnes, et qu'il ne devait point craindre pour