LIVRE SECOND. CHAPITRE XVI 2q
gieuse, vous servira pour une totale direction dans la conduite de votre vie ; Louis du Pont vous apportera beaucoup de facilité et de dévotion dans vos méditations ; Grenade vous touchera puissamment, purifiera votre cœur, et vous fera doubler le pas dans la voie du Ciel. Thomas à Kempis,en son traité de l'Imitation de Jésus-Christ, vous maintiendra dans la ferveur, et fortifiera votre cœur dans les afflictions et dans toutes les amertumes de la vie.
Voilà cinq livres que j'estime très utiles et même très nécessaires à tous ceux qui font état de se rendre parfaits. Tous les jours on en compose une grande quantité, et plusieurs sont excellents. Mais ceux-là vous seront les meilleurs qui vous seront donnés par vos Supérieurs, par vos confesseurs et par vos directeurs. Rendez-leur fidèlement compte du profit et du dommage qui vous en revient. Vous serez alors assurés que Dieu vous donne cette lecture et que vous en profiterez.
Sachez aussi que certains livres sont plus utiles à un Ordre religieux qu'à un autre, selon leurs diverses fins et les divers moyens que chacun se propose pour y arriver. Par conséquent, soumettez totalement votre jugement à vos guides et conducteurs, qui savent mieux que vous la fin de l'Institut et les aides pour y parvenir. Surtout les Vies des Saints, et nommément de ceux de votre Ordre, vous seront un parfait miroir de toutes les vertus.
3. Quelque livre que l'on vous donne, ne le lisez point par curiosité et à la hâte, mais dans une sincère intention d'en profiter, d'en tirer le suc, de vous en nourrir et de réduire en pratique ce que Dieu vous y enseignera. Lisez lentement et posément. On ne digère pas bien la viande que l'on ne mâche pas à loisir.
Les frères convers qui ont été d'une haute vertu, ont très soigneusement fait leur lecture, et ne s'y sont point précipités. Jean Ximenès, frère coadjuteur, renommé pour sa piété dans notre Compagnie, était si désireux de lire quelque chose d'utile à son salut, que même allant à
la maison des champs, il portait son livre et s'en servait pendant le chemin, bien que le livre fût gros et pesant. Après y avoir lu deux ou trois lignes, il disait : Riunino?is : si la brebis ne ruminait point, elle ne pourrait s'engraisser. En dix-sept ans il n'eut que deux livres : les sept premières années, il se servit des Epîtres de sainte Catherine de Sienne ; les autres dix années, il lut la Vie de Jésus-Christ composée par Ludolphe le Chartreux.
Saint Alphonse Rodriguez ne lisait point précipitamment. Jamais la curiosité ne lui mit les livres à la main pour en tirer un vain contentement. Il ne voulait même pas jeter les yeux sur ceux qui traitent de choses vaines et inutiles, bien qu'ils fussent d'un style agréable et éloquent : il les jugeait pernicieux et dommageables au salut de l'âme et à la perfection religieuse. Tout son but était d'y profiter, d'y connaître la volonté de Dieu et de s'entretenir fructueusement avec lui.
Étant obligé par son office de portier d'aller et de venir toute la journée parla maison, aussitôt que l'on sonnait la cloche, il fermait son livre, et allant où on l'appelait, il ruminait et digérait ce qu'il avait lu ; il l'offrait à Dieu, et faisait un ferme propos de le réduire en pratique. Et par ce moyen, il était toujours dans le recueillement et dans l'oraison, et ne perdait jamais son intime union avec son Dieu.
4. Faites oraison au commencement, au milieu et à la fin de votre lecture. Commencez-la par le signe de la croix ; et mettez-vous en la présence de Dieu, en lui disant : Loquere, Domine, quia audit servus tuus ; Parlez, mon Seigneur, car votre serviteur vous écoute. Je me propose, moyennant votre sainte grâce, d'exécuter fidèlement ce qu'il vous plaira de m'inspirer.
Dans la continuation de votre lecture, arrêtez-vous de temps en temps. Examinez ce que vous lisez ; considérez ce que vous en pouvez pratiquer et en quoi vous y manquez. Invoquez le Saint dont vous lisez le livre, la Vie