LIVRE SECOND. CHAPITRE XVIII 3 I
meos; Dieu est mon aide, et je mépriserai tous mes ennemis.
Les frères convers ne se sont point privés de tous ces secours et de toutes ces consolations. Saint Nicolas, revêtu de ses habits pontificaux, se montra à un vertueux convers de l'Ordre de Cîteaux lorsqu'il était au chœur, et lui communiqua une joie si abondante et si divine qu'il lui semblait qu'il était élevé de deux pieds au-dessus de terre.
La glorieuse Vierge Marie a fait davantage pour les mêmes frères. Elle se faisait. voir souvent à frère Henri, convers du même Ordre, et principalement aux grandes fêtes de l'année. Il la voyait passer au milieu de ceux qui chantaient, et les animera la ferveur, puis venir au chœur des convers et leur donner sa bénédiction.
Une fois entre autres, il la vit entrer au chœur des frères, portant sur ses bras son bien-aimé Enfant Jésus. Elle marcha tout autour d'eux, et s'arrêta auprès de ceux qui veillaient et qui priaient avec attention et avec dévotion. Elle leur présentait son Fils, pour l'adorer et pour le baiser. Elle les bénissait, et se réjouissait avec eux de leur piété et de leur ferveur. Mais elle passait rapidement devant les assoupis et les indévots, et ne leur donnait aucune consolation.
III. Tirez de tout ce discours quatre conséquences, i. Ne manquez jamais à la Grand'Messe, à Vêpres et aux autres Offices du chœur, lorsque l'obéissance vous le permettra, et que cette dévotion n'empêchera pas les travaux de vos exercices corporels.
Saint Ignace, notre fondateur, eût volontiers mis le chœur dans la Compagnie, s'il ne l'eût jugé totalement incompatible avec ses occupations. Il fondait en larmes de dévotion, quand il assistait aux Offices divins et aux cantiques spirituels.
2. Prenez la résolution d'assister à tous les Offices du chœur avec une grande confiance d'être enflammé de l'amour de Dieu et du désir des choses célestes, par les grâces
que Dieu vous y communiquera. Saint Macaire l'Egyptien vit deux saints religieux qui disaient leur psautier. A chaque verset que récitait le premier, il voyait sortir de sa bouche une lampe de feu qui montait jusqu'au ciel. Et lorsque le plus jeune priait, il sortait aussi de sa bouche comme une cordelette enflammée qui s'élevait de même vers le ciel. Ils moururent tous deux peu de jours après cette vision, et saint Macaire les louait comme des martyrs, à cause de leur vertu et de leur insigne mortification.
3. Elevez votre âme vers Dieu, et joignez vos prières à celles des prêtres et de tous ceux qui officient au chœur, lorsque l'obéissance vous occupe à d'autres emplois. Le son des cloches et la vue de l'église vous aideront à y faire réflexion. Tournez-vous de temps en temps vers le palais où votre Créateur a posé son trône, et où il distribue avec plus de profusion ses faveurs.
4. Toutes les fêtes et tous les dimanches, récitez l'office de la glorieuse Vierge Marie. Un prince souverain a assuré de nos jours que, quoiqu'il ait été presque toujours occupé en de très fâcheuses guerres, il n'y a pas manqué trois fois, même les jours ouvrables. Cette piété nous servira de condamnation, si nous sommes paresseux dans le service de cette puissante Reine du ciel et de la terre.
Efforcez-vous d'y ajouter un Nocturne au moins de l'office des trépassés. Vos amis, vos frères et les enfants de Dieu brûlent au milieu des flammes, secourez-les par vos prières. Ils vous rendront au centuple cette charité lorsqu'ils seront arrivés au séjour des bienheureux, où ils sont assurés de parvenir.
Après avoir expliqué de quelle manière les frères occupés aux offices et aux exercices de Marthe se doivent comporter envers Dieu, il me reste à montrer avec quelle charité et avec quelle modération ils doivent agir envers le prochain.