‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 202 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XVIII 3 I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XVIII 3 I

chant aident beaucoup pour nous toucher le cœur et pour animer nos oraisons. Saint Augustin, étant encore captif de ses passions et de ses voluptés, entendant dans l'église les hymnes et les chants spirituels, pleurait ses péchés à chaudes larmes, et sentait les rayons des vérités de la foi qui pénétraient son àme.

Saint Ambroise, saint Ephrem, saint Chrysostome et d'autres grands Saints ont retiré de l'hérésie et des vices plusieurs personnes, par la douceur et par la mélodie des hymnes et des psaumes.

4. Les Anges qui se trouvent aux offices divins, et qui se plaisent à y chanter les louanges de Dieu, aident beaucoup la dévotion de ceux qui s'y rencontrent. Saint Ignace, patriarche d'Antioche, les vit dans le Paradis, divisés en divers chœurs qui louaient Dieu, se répondant les uns aux autres. Et du temps de l'empereur Théodose, un enfant qui fut enlevé au ciel à la vue de tout le peuple, entendit ces bienheureux Esprits qui chantaient : Dieusaint,fort et immortels aye\ pitié de nous.

Saint Allard ou Adelard, abbé de Corbie, qui était de la race de Charlemagne, avait une sensible tendresse pendant les offices divins, la musique et le chant des hommes le faisant ressouvenir du chant et de la musique des Anges dans le Paradis.

Les frères convers participent à cette douceur céleste. Frère Henri, convers de l'Ordre de Cîteaux, voyait quelquefois les Anges dans le chœur des convers, et admirait que par leurs rayons très éclatants ils les éclairassent et les rendissent tout lumineux, et que par leurs ardeurs ils les comblassent d'une dévotion et d'une joie très sensibles.

5. Les Saints du Paradis se plaisent aussi à entrer au chœur et à y chanter les louanges de Jésus, la source de toute leur sainteté et de tout leur bonheur. Leur présence augmente de beaucoup les sentiments de piété dans l'àme des assistants.

Ils y assistent particulièrement le jour de leur fête. La nuit de la fête de saint Egwin, évêque de Wigorne, en Angleterre, un dévot religieux, priant dans l'église qui lui était dédiée, aperçut une belle et nombreuse procession de Saints très brillants qui y entraient avec la Mère de Dieu. Ils y dirent les Matines et la Messe, et puis, dans le même ordre et dans la même splendeur, s'en retournèrent au Ciel.

Césaire raconte que Bertrand, religieux de l'Ordre de Cîteaux, entra dans une église vers l'heure de None, et qu'il y vit la glorieuse Vierge assise sur un trône très resplendissant. Plusieurs Patriarches, plusieurs Prophètes, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, des veuves et des personnes mariées étaient autour d'elle. Toute cette sainte compagnie chanta None, Vêpres et Complies, et ayant rempli ce vertueux religieux d'une allégresse et d'une dévotion extraordinaires, elle disparut.

6. Dieu élève à lui les âmes par la mélodie du chant. Une Religieuse qui vivait fort innocemment, s'aperçut que lorsqu'on chantait le Te Deum laudamus, toutes les Religieuses étaient transportées en paradis et y chantaient les louanges de Dieu. Elle admira de plus que les Anges, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs et les Vierges joignaient leurs chants et leurs adorations à ceux que ses sœurs offraient alors à leur Créateur.

7. Enfin, l'assurance est plus grande durant l'Office divin, les démons ne pouvant supporter l'effort du chant de l'Eglise. Le démon qui possédait Saûl était chassé par l'harmonie du luth de David, et aujourd'hui chaque verset de ses psaumes est un dard qui le transperce et une flamme dont il n'ose approcher.

Un de ces ennemis de Dieu, qui se vantait d'être l'esprit de fornication, se présenta à saint Antoine pour lui inspirer vanité de ce qu'il était toujours victorieux lorsqu'on le tentait. Cet homme de Dieu se mit à chanter ce verset de David : Dominus mihi adjutor, et ego despiciam inimicos

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