LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER
pour vous apprendre comment vous devez pratiquer l'obéissance. Mais rien ne vous apportera ni plus de profit ni plus de douceur que la contemplation de notre Sauveur Jésus-Christ. Je trouve que son obéissance a été longue, laborieuse et constante.
Avant de naître au monde, il se soumit au commandement de l'empereur Auguste, qui était païen, et par conséquent rempli de vices et d'abominations. Durant toute sa vie, il fut très souple aux moindres volontés de saint Joseph et de la Vierge.
Son obéissance fut laborieuse et douloureuse, soit que vous considériez ses exercices très bas dans l'atelier d'un charpentier ; soit que vous le suiviez dans sa prédication, qui fut traversée par les savants de la loi et par les puissants du royaume ; soit que vous ayez égard aux tourments qu'il souffrit à la fin, et pour lesquels Isaïe l'appelle : Virum dolorum, un homme de douleurs.
Son obéissance eut une constance et une persévérance admirables. Elle dura jusqu'à la mort, et la mort de la croix. Cet humble Sauveur obéit avec une entière ponctualité même aux bourreaux qui le déchiraient de coups de fouet, qui le couronnaient d'épines et le clouaient sur la croix. Il se laissait conduire à leur volonté et faisait ce qu'ils lui ordonnaient.
Serait-il possible qu'ayant souvent cet objet sacré dans l'esprit, nous fissions les délicats à la moindre difficulté qui se présenterait dans une obéissance qui serait contre notre inclination ? Les Saints, par ce souvenir, ont baissé le cou sous les plus rudes commandements, et en ont trouvé le joug très léger.
Le B. Jacques l'Allemand, convers de l'Ordre de Saint- Dominique, se remettant souvent en la mémoire que Notre-Seigneur avait été obéissant jusqu'à la mort, s'adonna avec une telle ferveur à l'obéissance, qu'il prévenait autant qu'il le pouvait les ordonnances de ses Supérieurs, et quittait ce qui lui était le plus agréable au moindre désir
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qu'ils lui témoignaient qu'il prît un autre emploi. Cette soumission de volonté et de jugement plut tant à Notre- Seigneur, qu'il l'éleva à une très sublime perfection. Il met le môme pouvoir à notre disposition, si nous coopérons à ses grâces et imitons son obéissance.
V. Je ne prétends nullement vous crever les yeux et vous serrer le cœur, de telle sorte qu'il ne vous soit pas possible de respirer et de considérer vos forces et la pesanteur de la charge qu'on vous ordonne de porter. Les Supérieurs ne sont ni prophètes ni devins, pour connaître toutes les faiblesses de nos esprits, toutes les maladies de nos corps et toutes les circonstances de nos actions. Ils sont bien aises que nous leur offrions de la lumière, afin que leurs résolutions se prennent dans un jour plus certain.
Mais si vous désirez éviter toutes les illusions de l'amour-propre et du jugement personnel, observez religieusement le conseil et le précepte de saint Ignace. Il nous ordonne que, lorsque le commandement du Supérieur heurte nos désirs et nos inclinations, nous pratiquions deux choses :
La première, qu'avant d'ouvrir la bouche aux hommes pour dire nos raisons, qui semblent nous dispenser du commandement qui nous est fait, nous ouvrions nos yeux et nos cœurs à Dieu, pour voir et pour sentir si c'est sa volonté que dans les circonstances où nous sommes, nous usions de réclamations.
La seconde, que si nous voulons procéder sans crainte que notre jugement particulier et notre amour-propre ne nous trompent, nous devons y apporter cette précaution, qu'avant de proposer la chose et après l'avoir faite, nous nous tenions dans une parfaite égalité d'esprit, tout disposés non seulement à faire ou à laisser ce dont il est question, mais encore à approuver et à estimer meilleur ce que le Supérieur ordonnera après avoir tout examiné.
Observez diligemment que si vous procédez dans cette sincérité, vos réclamations, loin d'être vicieuses, seront