LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER
qui a une puissance absolue dans votre couvent. On remarque en la Vie du Frère François de l'Enfant-Jésus, qu'il était aussi soumis au cuisinier, qu'il aidait dans son office, qu'il l'était au Supérieur de toute la maison et de toute la province.
Notre saint Louis de Gonzague obéissait avec plus d'affection aux Frères coadjuteurs qui avaient quelque supériorité sur lui, à raison de leurs offices, qu'aux Supérieurs les plus élevés. Il disait que celui qui obéit de la sorte, prend un grand plaisir à l'obéissance, et peut se tenir assuré de recevoir la récompense promise aux vrais obéissants.
Concluons, et disons avec saint Ignace, très expérimenté et très illuminé de Dieu en cette matière : // est très nécessaire que tous obéissent, non seulement au Supérieur de la Compagnie ou de la maison, mais encore aux officiers subordonnés qui ont autorité, s' accoutumant à ne pas regarder quel est celui auquel ils obéissent, mais plutôt quel est celui pour lequel et auquel ils obéissent, qui est Jésus- Christ Notre-Seigneur.
IV. Tout le secret, pour vous rendre excellent en cette héroïque et divine vertu d'obéissance, est de vous persuader que c'est Dieu qui vous commande par la bouche du Supérieur, puisque de lui vient toute puissance bien ordonnée. Cette vérité, bien imprimée dans votre esprit, vous ôtera toutes les anxiétés et toutes les difficultés qui pourraient survenir en plusieurs occasions.
Il ne nous faut point d'autres preuves de cette base de notre vie, que la parole de Dieu même, qui dit dans l'Evangile en termes exprès : Qui vos audit, me audit, et qui vos spernit, me spernit ; Qui vous écoute, m'écoute, et qui vous méprise, me méprise. Notre saint frère Alphonse Rodriguez reçut une si grande lumière relativement à ce principe, qu'il lui semblait qu'il ne croyait pas que Dieu fut en la personne du Supérieur, mais qu'il le voyait; et il le voyait dans une telle clarté, qu'il ne lui semblait pas que l'entendement humain fût capable d'une plus grande connais-
sance. Aussi obéissait-il comme les Anges, qui contemplent sans cesse leur Créateur, et qui sont prêts à s'abaisser aux plus vils ministères, suivant le moindre signe de sa volonté.
Cette pensée que Dieu vous gouverne, vous comblera d'une joie et d'une allégresse inexplicable, dans la vue de l'excellence de votre vocation, qui ne vous soumet qu'à Dieu seul. Saint Louis de Gonzague triomphait d'aise dans cette considération, et remarquait que c'est une notable faiblesse d'esprit et une blâmable pusillanimité d'obéir à un homme par un respect humain, et non parce qu'il représente Dieu en son office et qu'il en tient la place. Ajoutez à cela que celui qui n'agit point par ce motif, n'aura jamais la vertu ni le mérite de l'obéissance, n'en ayant point le motif formel ; et à la rencontre de la moindre incommodité, il se laissera facilement aller au murmure et au dégoût.
Mais celui qui voit Dieu dans le Supérieur et dans ses commandements, reste imperturbable, lors même qu'il découvre de l'imperfection et de la passion en celui qui commande. Il sait que saint Paul, écrivant aux Ephésiens, ordonne aux serviteurs d'obéir à leurs maîtres et à leurs seigneurs temporels, comme à Jésus-Christ, point seulement quand ils en sont vus, comme pour plaire aux hommes, mais comme serviteurs de Jésus-Christ ; faisant la volonté de Dieu de bon cœur, rendant leur service de bonne volonté, comme à Notre-Seigneur, et non pas comme à des hommes. Considérez combien de fois il répète et inculque ce motif de l'obéissance, dans la vue de son importance extrême.
Les pharisiens étaient remplis de plusieurs vices, néanmoins notre Sauveur disait : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Aloïse. Faites donc tout ce qu'ils vous diront, mais ne vous conforme^ point à leurs œuvres.
Il vous sera utile de vous proposer quelque Saint de votre Ordre, ou quelque excellent religieux encore vivant,