CHAPITRE II
LE RELIGIEUX OCCUPE AUX OFFICES ET AUX EXERCICES DE MARTHE DOIT GARDER LES REGLES COMMUNES DE SON MONASTERE.
I. Les Règles sont les guides du Paradis. — II. Motifs de garder les Règles : r Elles viennent de Dieu ; 2" elles conservent les Ordres religieux ; 3° nos Frères les observent ; 4" leur observation nous assure à nous-mêmes de précieux avantages. — III. Il faut observer toutes les Règles sans exception. — IV. Moyens d'observer les Règles.
^ e précepte le plus court, le plus doux, le plus v solide et le plus assuré que l'on puisse donner à un religieux et particulièrement s'il n'a point étudié, c'est de lui recommander l'exacte observance de ses Règles.
Un jeune homme demandant à Notre-Seigneur la voie pour parvenir à la vie éternelle, en eut cette réponse : Si vis ad vttam ingredi, serra mandata : Si vous désirez entrer en ce royaume de vie et de bonheur, observez les commandements.
Nous devons dire, par identité de raison, à tous les Religieux : Si votre désir vous porte non seulement à monter en Paradis, mais à arriver à un trône fort élevé et à une couronne d'im éclat fort considérable, garder les conseils évangéliques qui sont contenus dans vos Règles. Dieu y engage sa parole aux Proverbes, chapitre troisième, où il dit en termes exprès : Garde\ la loi et les conseils, et ils donneront la vie à votre âme.
II. Nous devons tirer l'obligation de garder nos Règles, partie de Dieu même, qui nous les a données ; partie de la Religion, qu'elles conservent; partie de chacun de nos frères, qui les observent ; partie aussi de nous-mêmes, qui en recevons de grandes utilités. Déduisons brièvement ces raisons.
i. Les lois qui ont policé les royaumes et les républiques, et en ont banni le vice et la barbarie, ont été reçues par les philosophes, par les princes et par les peuples, comme de saints écoulements et des effusions de la Divinité.
Thémistius écrit que les lois sont les compagnes de Dieu, qui les envoie sur la terre pour la rendre céleste. Dion Chrysostome dit que les lois sont les filles de Dieu, et qu'elles doivent être aimées et adorées par les hommes en cette qualité.
L'empereur Julien enseigne que la loi est le fruit de la justice, et un don très excellent et très particulier de Dieu, qui s'en sert pour combler les villes et les provinces de ses faveurs, et les maintenir dans la lumière des vertus.
Les législateurs qui ont réglé les peuples par leurs ordonnances, ont eu tellement cette impression dans l'esprit, que pour persuader que leurs lois étaient recevables, ils feignaient d'ordinaire qu'elles leur avaient été données par les dieux. Ainsi le roi Minos fit accroire, en Crète, que Jupiter lui avait fait un présent des siennes. Lycurgue, à Lacédémone, se vantait de les avoir obtenues d'Apollon. Mnevis, en Egypte, protestait qu'il les tenait de Mer-