‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 224 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II

cure ; Zamolxis, chez les Gètes, de Vesta ; Zatraustès, chez les Arimaspiens, du bon Génie; Numa, à Rome, de la nymphe Egéric.

Toutes ces fictions n'étaient que de ridicules impostures, par lesquelles des hommes vains voulaient autoriser et déifier leurs pensées. Mais nous savons dans une certitude de foi que Dieu donna ses lois aux Israélites, sur le mont Sinaï, par la bouche d'un Ange ; que la loi évangélique nous a été prescrite et promulguée par notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, et que le jour de la Pentecôte, elle fut ratifiée avec plus de splendeur par le Saint-Esprit sur la montagne de Sion : ce qui oblige tous les chrétiens à une très exacte observation de tous les commandements.

Les Religieux ont encore une obligation plus étroite d'observer leurs Règles particulières; parce qu'elles contiennent des conseils qui sont d'une perfection plus élevée que les commandements, et sont données de Dieu à des personnes d'élite, par une singulière bienveillance. Vous en avez des signes très illustres, presque en tous les Ordres que nous voyons avec joie fleurir dans l'Église.

Saint Pacôme reçut visiblement sa Règle par la main d'un Ange, qui l'anima à la faire garder avec exactitude et ponctualité.

Saint Norbert, fondateur de l'Ordre de Prémontré, reçut la sienne par la main de saint Augustin, qui lui dit : Voici ma Règle que je te donne. Si tes Religieux, que je tiens pour ?nes enfants, V observent bien, et combattent vaillamment comme elle ordonne , ils paraîtront avec assurance au dernier jour du jugement.

Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, composant ses Constitutions, n'avait point d'autre livre que le missel, ni d'autre étude que l'oraison. Une fois, il demanda au Père Jacques Laynez s'il estimait que Dieu eût révélé aux fondateurs des Religions tout ce qui était de leur Institut, ou seulement les choses principales et les plus im- 7. I. 23

portantes. Ce Père, très versé dans la lecture des Vies des Saints et des Histoires ecclésiastiques, lui répondit qu'il croyait que Dieu révélait ce qu'il y avait de principal et d'essentiel, et qu'il laissait le reste à la prudence du fondateur. Saint Ignace lui témoigna qu'il était du même avis. D'où vous inférez, par une conséquence infaillible, qu'au moins il avait eu déjà révélation du plus important de ses Constitutions et de ses Règlements.

Un autre jour, il s'ouvrit bien plus clairement au Père Louis Gonsalve, et lui dit en confiance que tout ce qu'il y avait de principal dans notre Institut lui avait été révélé dès le temps qu'il faisait pénitence à l'hôpital de Maure sa.

Il n'est rien de plus illustre en cette matière que ce qui arriva à saint François sur la montagne d'Alverne. Il monta par deux diverses fois sur cette montagne, consacrée par ses dévotions, et, comme un autre Moïse, y reçut par deux fois sa Règle, que Dieu même lui dicta. Cet homme très humble, pour animer tous ses enfants à une soigneuse observance de tout ce que cette Règle contenait, leur certifia qu'il n'y avait rien mis par sa propre industrie, mais qu'il l'avait fait écrire comme Dieu la lui avait révélée.

Si Dieu vous révélait aujourd'hui ce qu'il a manifesté à votre Fondateur, ne seriez-vous pas très persuadé que cela vous serait très profitable, et que votre cœur le devrait embrasser d'affection? Lui diriez-vous : Seigneur, pardonnez-moi, s'il vous plaît; mais je vous prie de considérer que cette Règle va au delà de mes forces, qu'elle est dans une rigueur trop grande et trop contraire à mon inclination ? — Je crois que vous avez trop de cœur et trop de vertu pour lui faire une si lâche réponse. Quoi donc ! ne devez-vous pas être plus certains que votre Règle a été inspirée de Dieu à votre Fondateur, que si elle vous avait été donnée dans quelque vision? Car vous pourriez avoir une juste crainte que vos vues ne fussent des illusions, et votre Règle a tant de marques du Ciel dans ses principes et dans

Page 1