CHAPITRE VI
LES VERTUS NECESSAIRES AUX RELIGIEUX OCCUPES AUX OFFICES DE MARTHE, POUR BIEN CONVERSER HORS DE LA MAISON.
1. La sortie du Couvent est dangereuse. — II. Vertus que le Convers doit pratiquer pour que les sorties ne lui soient pas dommageables : 1° Le silence ; 2° l'humilité ; 3° la modestie ; 4° la chasteté ; 5° la dévotion ; 6° la charité.
e Religieux ne doit jamais sortir de son monastère sans frayeur, parce qu'il n'en sort jamais sans danger, ou de périr entièrement, ou du moins de recevoir quelque plaie dans la continuelle bataille des vices qui se rencontrent parmi le siècle, et qui marchent victorieux et en triomphe par les rues, par les places, et par les maisons des bourgeois particuliers.
On ne tire jamais le poisson hors de l'eau qu'il ne soit en péril de sa vie. De là vient que, sentant son malheur, il ne fait que palpiter aussitôt qu'il en est tiré, et n'a point de plus sensible plaisir que de s'y rejeter.
Saint François de Borgia, troisième Général de la Compagnie, disait qu'il n'envoyait volontiers en mission que les Religieux qui y allaient à regret, et dont il avait peine à se priver à cause de leur vertueuse et profitable conversation.
Pour moi, j'estime que le plus difficile office des frères convers est d'accompagner les prêtres en ville, lorsqu'il y faut demeurer longtemps. Mais s'ils y exercent la vertu avec soin et avec diligence, ils y profitent et pour eux et pour le prochain, et sont participants de toutes les bonnes œuvres qu'y font ceux qu'ils accompagnent.
II. Dans ce saint exercice, ils doivent pratiquer six vertus, savoir : le silence, l'humilité, la modestie, la chasteté, la dévotion et la charité.
i . Pour ce qui est du silence, qui est le gardien des vertus religieuses, il le faut observer dans une singulière exactitude par les rues, particulièrement s'il y a une notable multitude de personnes. La Règle est expresse làdessus, la raison le persuade, et l'expérience en montre de très bons effets.
Le frère convers doit aussi se taire dans les maisons où les prêtres vont pour traiter de quelque affaire de conscience. Il doit laisser parler le médecin qui a entrepris la cure du malade. AutremenUl renverserait d'ordinaire tout le dessein de la conversion ou de l'assistance que l'on prétend. Le- prêtre a étudié et prémédité au logis tout son procédé. Il a vu la manière de commencer son discours, de le poursuivre, d'enlever son homme, et de prendre sa proie.
Si les compagnons des chasseurs mènent un grand bruit, l'oiseau s'envole et le cerf s'échappe. Le silence est le grand ouvrier des bonnes affaires. Le frère se doit confier à la prudence, à la ferveur et à l'expérience du prêtre, qui l'a pris pour son compagnon, et non pas pour son maître et pour son directeur.
Rarement les avis de divers médecins sont semblables. Les uns veulent qu'on applique des onguents chauds à des brûlures; et les autres y en veulent des froids. Les uns permettent du vin à leurs malades ; les autres les menacent de mort s'ils en prennent. Chacun combat pour son opinion et l'appuie de plusieurs raisons. Cependant