LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VII 48 I
encore aujourd'hui son honneur lui est demeure tout entier, pendant que ces peuples de l'Afrique sont devenus la risée de tout le monde.
Le septième et le dernier moyen que je vous proposerai pour maintenir la paix entre vous et vos frères, c'est une prompte réconciliation, en cas que quelque emportement vous ait fait dire quelques paroles qui puissent blesser la charité.
Ne vous couchez jamais sur votre aigreur, et ne mêlez point les ténèbres de la nuit avec les brouillards d'un esprit troublé. Sol non occidat super iracundiam vestram ; Que le : : il ne se couche jamais que vous n'ayez jeté de votre cœui toute votre colère et votre indignation. Les maladies s'augmentent pour l'ordinaire la nuit. L'obscurité et le chagrin se mêlant ensemble feraient de très mauvais effets et laisseraient dans votre esprit des impressions dont vous auriez peine à vous délivrer.
Saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, se servit de cet avis avec générosité. Ayant eu quelque difficulté avec Nicétas, gouverneur de la ville, il lui envoya dire sur le soir que le soleil était sur son couchant. Aussitôt ce gouverneur, touché de cette bonté, court au palais du Saint, et l'embrassant avec tendresse, le prie avec larmes d'excuser sa promptitude, et de croire qu'il voulait rester son ami et son serviteur. Le saint Patriarche l'avertit alors de ne pas facilement prêter l'oreille aux rapporteurs. Pour moi, dit-il, j'ai ordonné que le rapporteur qui sera trouvé en mensonge, porte la peine qu'eût méritée l'accusé s'il se fût trouvé coupable. S'il vous plaît d'imposer la même loi à vos gens, nous vivrons da?is une paix stable, et qui ne se pourra jamais altérer.
Un des plus faciles moyens de témoigner du regret de votre faute, et de satisfaire à votre frère offensé et à la Communauté qui a été scandalisée de votre escapade, c'est d'en demander quelque pénitence en public, selon la méthode de la Religion où vous vivez.
Cette humilité réparera votre manquement, dans une plus grande facilité et avec une plus grande efficacité que si vous demandiez pardon en particulier. Si vous en doutez, adressez-vous à votre confesseur ou à votre Supérieur, et suivez en cela leur direction.
Grâces à Dieu, j'ai toujours vu dans notre Compagnie une grande paix et une cordiale charité. Tâchons de les conserver, même au péril de notre honneur, de nos contentements et de notre propre vie. J'espère que si vous pratiquez les avis que nous avons donnés, vous y trouverez une grande facilité et une grande satisfaction.