‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 36 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION II

affaires, et de la puissance qu'ils ont d'agir selon leur volonté lorsqu'ils sont dans les dignités. Le religieux, qui est sous l'obéissance, fait voyage même en dormant. Mais si le pilote ferme l'œil, il est facilement précipité dans la mer par la secousse du vaisseau.

Ces raisons ont glacé le sang dans les veines des Saints aux premières offres des charges d'honneur, et leur ont persuadé la fuite, lorsqu'on leur en a mis le joug sur les épaules. Saint Macaire se déguisa en manœuvre, et se jeta dans le monastère de saint Pacôme pour être affranchi de son abbaye. L'abbé Pinufe, et plusieurs autres que j'ai rapportés dans mon Commentaire sur les psaumes, ont fait de même.

Ajoutez à ce raisonnement l'obligation que les prêtres ont d'une plus éminente perfection, et d'une sainte correspondance, par la pureté de leur vie, à l'éminence de leur ministère. Vous verrez dans ces lumières, qu'il ne se trouve personne qui ne doive trembler à la vue d'un état si sublime et si divin.

V. Saint François ne voulut jamais être promu au sacerdoce. Il avait vu un ange qui tenait en sa main une fiole de fin cristal pleine d'une eau très pure, et qui l'avertissait que la pureté des prêtres devait surpasser la pureté de cette liqueur. Saint François de Paule se tint toujours dans la même humilité, et ne se laissa jamais vaincre par les prières de ceux qui le poussaient à cette dignité. Saint Eugende, quoique abbé, ne voulut jamais être consacré prêtre, dans la crainte de quelque orgueil en cet éclat d'honneur. Nilamon fit encore davantage, .car dans l'insistance et l'importunité extrême qu'il essuyait, il obtint de Dieu une mort soudaine, afin d'éviter les mains de l'évêque, qui voulait à toute force l'appliquer aux autels et aux confessions.

En suite de ces pensées et de ces exemples, nous trouvons plusieurs saints personnages qui, pour être hors de crainte et de péril, ont désiré l'état de frères convers. Mel-

3o LE SAINT TRAVAIL DES MAINS

chior Carriers, qui, pour sa rare vertu et son éminente doctrine, fut envoyé évêque en Ethiopie, souhaita avec passion d'être coadjuteur temporel en notre Compagnie et d'v servir aux ministères les plus humbles. Pour une plus grande assurance de sa conscience, il proposa son désir au Père Simon Rodriguez, un des premiers compagnons de saint Ignace, son recteur à Coïmbre ; mais on jugea qu'il était trop nécessaire pour vaquer au salut des âmes, et qu'il devait préférer le bien public à sa dévotion particulière.

Suivons donc les sentiments des Saints, et bénissons Dieu de notre bonheur. Il est toujours plus sûr de marcher dans une vallée féconde, cachée sous de beaux et de bonsarbres fruitiers, que sur de hauts rochers agités des vents et des tempêtes, dans un danger continuel d'une chute malheureuse.

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