III. De la Charité envers Dieu
1. La charité est la troisième vertu théologale, et la plus excellente, car elle est la forme, la fin et la perfection, non seulement de la foi et de l'espérance, mais aussi de toutes les autres vertus. Les saints Pères lui donnent d'admirables louanges.
Saint Basile l'appelle la racine de tous les commandements de Dieu. Saint Chrysostome écrit qu'elle est la racine, la fontaine et la mère de tous les biens. Saint Laurent Justinien assure qu'elle en est le commencement , le milieu et la fin.
Elle est la base et la colonne de toutes les vertus, dit saint Éphrem. Elle en est reine et impératrice, comme parle Richard de Saint- Victor. Elle est le trésor des chrétiens, comme l'enseigne Tertullien.
Saint Paul même nous la recommande comme la plénitude de la loi : Plenitudo legis est dilectio. Saint Denis l'Aréopagite ajoute qu'elle fait l'homme divin.
La charité envers Dieu est cette colonne de feu qui conduisait le peuple de Dieu à la terre de promission. C'est le feu du ciel qui consume les sacrifices d'Abel, de Noé, d'Abraham, de Salomon, d'Elie et d'autres, en brûlant tous les désirs terrestres de l'âme, et en la transformant totalement
en son Dieu. Elle enflamme le visage des Chérubins qui accompagnent le char de Dieu que vit le prophète Ézéchiel dans son extase, en embrasant les contemplatifs qui arrêtent les yeux sur Dieu et sur ses perfections. Elle brûle les pieds de l'Ange dans l'Apocalypse, en allumant le feu du paradis dans les affections de ceux qui marchent en la vie active. Elle environne le corps des enfants dans la fournaise, en brûlant les liens de ceux qui veulent se retirer des créatures qui les tenaient liés dans leurs chaînes. Elle est plus impétueuse et plus puissante que le feu, dit saint Chrysostome. Elle s'envole au ciel, et il n'est nulle force sur la terre qui la puisse retenir.
Cette force de la charité se peut prouver par l'ardeur de saint Anastase, carme, martyr, frère convers très fervent. Il désirait de souffrir toutes sortes de tourments pour l'amour de son Dieu, et ne trouvait rien de difficile de ce qu'on lui faisait endurer, ayant son cœur dans le sein de son Rédempteur. On lui mit au cou de grosses pierres, et il s'en jouait et s'en moquait. On le frappa de plusieurs coups de massue, il endurait ce tourment sans se mouvoir, et sans vouloir être lié d'autres liens que du fervent amour qui l'unissait à son Créateur. Il certifia à haute voix que pour son amour et pour son service il souhaitait plus les supplices dont on le menaçait, qu'il ne désirait l'eau dans les plus ardentes chaleurs de l'été, et même que toutes les délices et les voluptés du monde. Le tyran le fait fustiger très cruellement, et ordonne qu'on lui serre les jambes entre des bois, qui lui causèrent d'extrêmes douleurs. Mais ce saint religieux montrait toujours la même constance et de l'allégresse. Il le fait pendre par une seule main, et lui attache une pierre très pesante au pied. Ce tourment lui fut très douloureux l'espace de deux heures, et il y persévéra dans une telle générosité que le barbare désespéra de le pouvoir surmonter. Le saint martyr, rempli de joie, s'écria : J'avais un très grand désir que l'on hachât peu à peu tous les membres de mon corps les uns après les autres, pour