LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER
l'amour de mon Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, et j'attendais une mort nouvelle et inouïe, ressentant en mon cœur une très ardente affection de souffrir pour son service. Mais puisque vous me voulez faire souffrir une mort si douce, je le remercie de ce que pour si peu de peine et de fâcherie, il me donne la gloire du martyre. Les bourreaux, irrités de ce discours, l'étranglèrent et le jetèrent dans la rivière, qui ne put éteindre les flammes de sa charité, lesquelles le brûleront éternellement parmi les Séraphins en paradis.
Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise et d'Aumale, avait bien raison de prendre pour sa devise : Foi montre, charité et espérance surmonte. Cette vérité s'est vue par expérience dans les âmes les plus privilégiées.
La bienheureuse Angèle de P'oligno vit l'amour de Dieu qui se jetait dans son cœur. Alors, comme enivrée de ce vin du paradis, elle ne put s'empêcher de mépriser toutes les créatures, et de jeter de grands cris d'une affection extatique, pour témoigner un amour réciproque à son Bien- Aimé.
Sainte Thérèse, ayant été blessée du dard de l'amour divin, qui lui fut lancé par un Ange, fit des merveilles pour Dieu et eut des élévations, des extases et des ravissements prodigieux.
Luce de Narni était si embrasée de ces divines flammes, qu'étant hors d'elle, elle criait par son monastère : Au feu, au feu, au feu, mes sœurs, je suis consumée de l'amour de mon Jésus, je brûle, et je me pâme de l'amour de mon Dieu.
2. Les motifs de cet amour divin sont : Premièrement que Dieu même est infiniment bon, et la bonté essentielle. Car l'amour se tourne vers le bien, comme vers son aimant, qui l'attire et l'emporte. Or Dieu est le souverain bien et tout bien. C'est pourquoi, voulant se manifester à Moïse, il lui dit : « Je te montrerai tout bien. » Il est le bien de notre mémoire, qu'il tient en paix et en repos. Il
est le bien de notre entendement, qu'il éclaire de ses rayons, étant la première et universelle vérité. Il est le bien de notre volonté, d'autant qu'il la rassasie parfaitement.
« O homme ! dit saint Augustin, si tu estimes que la vie est ton bien, nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes en lui. Si ton bien est le salut, le Prophète royal t'apprend que le Seigneur est ta lumière et ton Sauveur. Si l'honneur, les richesses, les délices et les voluptés frappent ton cœur de leur éclat et de leurs charmes, Dieu est l'honneur même, l'abondance et la suavité. Rien ne se trouve de doux, de délectable et d'aimable sans lui. Si tu avais ton amour partagé en divers biens de la terre, ramasse-le maintenant et prends la résolution de n'aimer que ton Dieu ou pour l'amour de ton Dieu. »
Saint Chrysostome contemple ce Seigneur comme un vaste océan de bonté, et nous avertit que toute la bonté des créatures n'est qu'une petite goutte d'eau, si on la compare à une mer immense de bonté qui se retrouve dans le Créateur.
Mercure Trismégiste a très bien remarqué en son Pimandre,que Dieu est bon par nature, et qu'il est la fontaine de tous les biens, donnant tout à tous, et ne recevant rien de personne. Il ajoute que les hommes et les Anges ne doivent point être appelés bons, mais Dieu seul, qui est la bonté même, et que c'est une impiété de se laisser emporter à une autre croyance. Notre Sauveur a tout renfermé dans ce peu de mots : Nemo bonus, nisi solus Deus ; Dieu seul est bon, nul n'est bon que lui.
Le second motif de l'amour de Dieu, c'est l'amour qu'il nous porte, lequel est si grand et si excessif que tous les autres amours ne sont rien en comparaison. Saint Gilles, frère laïque et compagnon de saint François, dit à un de ses plus intimes amis : Croyez-vous que je vous aime ? — Oui-da, réplique l'autre, je le crois, et le crois fermement. — Non, non, dit le Saint, vous vous trompe^, il n'y a que