LIVRE SECOND. CHAPITRE II
temps à ce malade pour se confesser et pour se bien disposer à la mort. Aussitôt l'effet de sa prière parut. Ce furieux devint doux comme un agneau, et se confessa avec des marques d'un véritable repentir de ses fautes.
Une autre fois, il aida le Père Ignace Le Blanc, prédicateur, d'une façon admirable. Ce Père, au commencement d'un carême qu'il prêchait, se trouva si accablé d'une fluxion qui lui tombait sur la gorge et sur la poitrine, qu'à peine pouvait-il respirer. Il pria le frère Alphonse de l'assister par ses oraisons. Cet homme céleste se jette aux pieds de la glorieuse Vierge, dont il recevait des faveurs journalières. Incontinent il la vit mettre les mains sur la tête de ce prédicateur, en signe qu'elle le prenait sous sa protection. Tout le carême fut un continuel miracle. Tout le temps qu'il était hors de la chaire, sa fluxion le tourmentait ; mais aussitôt qu'il y mettait le pied, elle le quittait : de sorte qu'il parlait sans difficulté et d'une voix distincte et intelligible ; il haussait et abaissait sa voix comme il le désirait, et prêchait mieux qu'à l'ordinaire. Aussitôt qu'il était descendu de chaire, son rhume le saisissait et l'incommodait. C'est une merveille notable que s'il cessait un seul jour de prêcher, son incommodité continuait sans aucun relâche, et que s'il prêchait deux fois dans un même jour, elle le quittait deux fois durant ses sermons. Il guérit une autre fois par ses prières le même Père Le Blanc, qui était travaillé d'un si furieux mal de tête que l'on craignait qu'il n'en perdît le jugement.
Concluons donc qu'il est d'une extrême importance que les frères se rendent excellents dans l'oraison, pour se rendre capables d'aider les âmes par eux-mêmes et par les ouvriers évangéliques, pour se diriger dans la voie du ciel, pour se tenir unis à Dieu dans l'embarras des occupations extérieures, pour supporter avec joie et avec profit leurs travaux, pour s'affermir dans la patience aux fâcheux accidents de fortune, et enfin pour conserver la paix de leur
àme dans les punitions et les châtiments qui les pourraient inquiéter.
Cette vérité me semble suffisamment prouvée par les raisonnements mis en tout ce chapitre. Il nous reste, après avoir parlé de l'oraison en général, de parler de l'oraison en particulier. Commençons par la vocale, qui est la plus facile et la plus sensible.