LIVRE SECOND. CHAPITRE IV
leur amour et leur lumière sur ceux qui prient, se tenant auprès d'eux, comme le vit saint Valérien, un jour que sainte Cécile était en oraison.
Ils ont honoré les frères convers par leurs visites, durant leurs prières. Saint Anastase Persan louait Dieu dans ses chaînes durant la nuit ; les Anges accoururent pour fortifier son cœur et son oraison ; ils jetèrent tant de rayons sur lui qu'il paraissait dans une lumière et dans une beauté aussi ravissante que la leur, et dans des habits aussi brillants et aussi précieux. Un jeune homme, qui était très beau, tenait un encensoir, et encensait le saint Martyr avec des odeurs très agréables.
Tous ces symboles d'habits célestes, de lumières, de parfums, sont les ornements des vertus, les illustrations de l'entendement, la suavité des goûts divins, et les secours surnaturels que les Anges nous procurent et que Dieu nous donne durant l'oraison et la méditation, si nous nous y appliquons avec soin, avec ferveur et avec pureté d'intention.
III. Vous me direz peut-être que l'oraison mentale et la méditation sont en une haute estime dans votre esprit, mais qu'elles sont trop difficiles pour vous, qui n'avez ni l'aide des sciences, ni la vivacité de l'entendement qu'un exercice si élevé requiert. Cette pusillanimité et cette terreur panique sont une des plus ordinaires et des plus dangereuses tentations des frères convers, et celle qui les retarde le plus dans la voie de la perfection. C'est pourquoi il est de nécessité de la bien reconnaître et d'y trouver des remèdes efficaces.
i . Vous ne pouvez pas, dites-vous, faire de longues méditations, n'ayant ni les forces naturelles de l'esprit, ni l'industrie acquise par les sciences. Et qui est-ce qui le peut par soi-même, quelque savant et quelque habile homme qu'il puisse être? Le don d'oraison est un don purement gratuit et surnaturel : la nature et les sciences ont les ailes trop faibles pour s'élever dans le sein de la Divi-
nité. Elle a mis son trône dans les ténèbres inaccessibles.
2. Non seulement le manque de doctrine et de subtilité ne vous éloignera point de Dieu et de ses lumières, mais au contraire il vous en approchera davantage. Quand Moïse vit-il le Fils de Dieu dans le buisson ardent et lumineux, sinon lorsqu'il était pasteur de brebis? Pendant qu'il était à la cour des rois et à l'école des docteurs, il ne voyait que la terre, et étant parmi les déserts et parmi les animaux, il voit le Sauveur de son peuple.
Qui furent appelés les premiers pour adorer le Rédempteur du monde, apportant les lumières et les grâces du ciel ? Ne savez-vous pas que ce furent de pauvres pasteurs, qui n'avaient nulle autre science que celle de garder des agneaux et des moutons? Les scribes, qui étaient les docteurs de la loi, et les pharisiens, qui en étaient les religieux, en furent exclus.
Jésus, qui est la Sagesse du Père éternel, vous doit consoler et animer par cette sentence générale : « Oui, mon Père, vous avez caché vos mystères aux sages et aux prudents, et vous les avez révélés aux humbles et aux petits. » Je l'ai déjà assez montré au troisième chapitre du premier livre, j'ajoute seulement un exemple.
La bienheureuse Oringe, surnommée Chrétienne, était une pauvre servante, mais si favorisée de Dieu et si estimée des hommes pour sa vertu, qu'elle bâtit un beau et grand monastère. Pas une des religieuses ne savait lire ni écrire, et chacune néanmoins était fort adonnée à l'oraison. Oringe y trouvait tant de saveur qu'elle y passait les journées et les nuits entières. Elle y apprenait tant de secrets divins, que les plus doctes étaient ravis de l'entendre discourir des mystères les plus élevés, et n'avaient nulle honte de se rendre ses écoliers. Nous expliquerons plus amplement dans sa Vie, à la fin de ce Traité, les merveilles que Dieu opérait en elle et par elle.
3. Dieu a un cœur si tendre et un désir si ardent de se communiquer à ses enfants, qu'il ne faut que se présenter