LIVRE SECOND. CHAPITRE IV
richesses du religieux; Cassien nous avertit que c'est la plénitude de la perfection, et saint Athanase, qu'elle rend l'homme semblable à Dieu.
Elle est un dard céleste et divin, dit saint Cyprien, et le boulevard spirituel contre tous nos ennemis. Elle doit être préférée à toutes choses, dit saint Basile.
Tous ces avantages de l'oraison, et tous ceux que nous avons rapportés au chapitre second, sont particulièrement dus à l'oraison intérieure et mentale. C'est ce que nous devons prouver présentement, mais avec brièveté.
i. L'oraison mentale nourrit l'âme de ceux qui, s'étant sevrés des délices de la chair et du sang, se jettent dans le cœur de Dieu, pour ne plus dépendre que de sa providence, et ne plus chercher de douceur qu'en sa bonté. La méditation ouvre les mamelles de ce Père de charité, par la considération de sa puissance, de sa sagesse et de tous •ses autres attributs. Elle regarde, avec un singulier plaisir, tous les biens qui coulent de cette Source infinie, et qui s'épanchent sur tous les hommes par un amour qui n'a nulles bornes et qui regarde comme une faveur que l'on accepte ses libéralités. Elle se plonge dans cet Océan de bonheur, où elle ne trouve ni fond ni rive, et s'enrichit dans des trésors inépuisables. Là, elle loue, elle bénit, elle embrasse, elle caresse son Bien-Aimé, et obtient de lui tout ce qu'elle désire^
2. L'oraison mentale est nécessaire pour l'extirpation -des vices et pour l'acquisition des vertus. Car, comment l'âme pourra-t-elle arracher ses imperfections, si elle n'en voit pas les racines? Comment plantera-t-elle les vertus, si elle en ignore la nature? Comment les cultivera-t-elle pour en tirer des fruits du paradis, si elle n'en sait pas les propriétés? On cultive la vigne d'une manière et l'olivier d'une autre. Un sol est propre au cerisier, un autre au pommier et un autre au poirier, et l'on donne une différente culture aux arbres de différentes espèces. La méditation et l'oraison mentale font tout cela. Elles pénètrent la nature
et les propriétés des vices et des vertus. Elles voient la laideur des uns et la beauté des autres. Elles descendent en enfer pour y contempler les flammes qui brûlent les vicieux, et pour concevoir une sainte frayeur qui les retire de toute affection désordonnée. Elles volent dans les cieux pour y voir la vertu couronnée et revêtue de lumière, et s'exciter à son amour et à sa poursuite par l'admiration de sa félicité.
L'oraison mentale ne se résout pas seulement à la fuite du vice et à la recherche des vertus ; mais effectivement elle déteste le péché. Elle s'attriste d'avoir offensé son Créateur, qui est une bonté infinie. Elle prend la résolution d'immoler plutôt mille vies au pied des autels, que de jamais se retirer de son Bien souverain par quelque péché. Elle craint que l'âme ne se laisse surprendre et emporter au désordre par fragilité. Elle implore la lumière et la force du Ciel pour empêcher ce malheur. Elle aime et loue les vertus. Elle en souhaite la possession. Elle les demande à son Sauveur, et fait plusieurs actes semblables de piété, qui sont très agréables à cette infinie Majesté, laquelle aime plus le fond du cœur que tous les actes extérieurs.
Les théologiens et les philosophes enseignent que la beauté et la bonté de la vertu sont toutes dans l'affection et dans l'exercice des puissances de l'âme. Ce qui passe au dehors par les yeux, par la bouche, par les bras et par les autres membres du corps, n'ajoute rien au mérite ni à l'exercice de l'action vertueuse, s'il n'augmente, ou du moins s'il ne fait continuer plus longtemps l'acte intérieur. « Toute la gloire de la fille du Roi est au dedans, » dit le prophète royal David.
Les Anges n'ont ni bouche ni langue pour prier vocalement. Ce sont néanmoins les favoris de Dieu et les princes du paradis. La contemplation de cette infinie et incompréhensible Majesté les rend chérubins, et l'amour enflammé de sa bonté les met au rang des séraphins. Ils versent