‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 91 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VI II · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VI II

pelons passions, parce qu'elles causent de l'altération au corps. Les mêmes affections sont en l'appétit spirituel, qui est la volonté ; mais elles n'y sont point nommées passions, parce qu'elles n'altèrent point le corps, aussi longtemps qu'elles demeurent dans cette seule puissance. Saint Thomas, tous les philosophes et tous les théologiens distinguent onze passions en l'homme : six en l'appétit concupiscible, qui sont l'amour et la haine, le désir et la fuite, la joie et la tristesse ; cinq en l'appétit irascible, savoir, l'espérance et le désespoir, la crainte et l'audace, et la colère qui est sans contraire. Cette connaissance servira beaucoup pour ne point demeurer sec et aride dans l'oraison. Car qui pénétrera bien cette variété d'affections, et qui •s'exercera avec soin à les employer, selon la matière qu'il méditera, aura toujours de quoi occuper son temps saintement et utilement, comme nous le verrons ci-après.

IV. Observez, en second lieu, que notre entendement a trois actes différents, qui sont la première appréhension, le jugement etle raisonnement.Par la première appréhension, il pénètre la nature des choses, et les regarde comme s'il les voyait des yeux du corps. Le jugement compare une chose avec une autre, et la trouve ou bonne ou mauvaise, digne d'amour ou de haine, et de pareilles affections. Le raisonnement tire des conséquences suivant le jugement que nous en avons fait. Par exemple, je vois un tableau de la Passion de notre Sauveur, j'en considère les personnages, les attitudes et les couleurs. L'entendement, par la première appréhension, approuve ou désapprouve ce qu'il contemple ; néanmoins il ne porte point encore de jugement, mais après une mûre délibération, il dit enfin : Voilà un excellent tableau. Alors le raisonnement peut tirer des conclusions différentes, par exemple : Donc j'achèterai ce tableau pour l'ornement de notre église. Donc ce tableau sera d'un haut prix. Donc je ferai venir le peintre qui l'a fait pour orner la chapelle de mon château de divers portraits qui m'excitent à la dévotion, et qui ravissetit

d'admiration ceux qui me visiteront. Vous voyez clairement les trois opérations de l'entendement, dont l'usage est nécessaire en toutes les méditations.

V. Ces vérités étant présupposées, comportez-vous dans l'oraison mentale comme un sage et vigilant pilote dans sa navigation. Elevez les mâts de votre navire, tendez les cordages, disposez les voiles, suivant la route que vous désirez prendre. Mais tenez pour le premier principe de la perfection, et pour une maxime certaine, que tous vos travaux et toutes vos industries seront inutiles, si le Ciel ne vous donne le vent favorable du Saint-Esprit. Faites de votre côté une telle diligence, qu'il semble que vous en attendiez tout le bon succès de votre oraison. Mais d'autre part, anéantissez-vous tellement dans la connaissance de votre impuissance, que vous croyez avec fermeté que tout dépend de la bonté et de la toute-puissance de Dieu. Tel était le conseil de saint Ignace, en diverses entreprises, afin d'empêcher les funestes effets de la pusillanimité et de la présomption.

i. La première puissance dont nous nous servons à l'entrée de la méditation, est la mémoire. Elle nous met devant les yeux à chaque point une partie de ce qu'elle nous a représenté en gros dans le prélude, comme je l'ai déjà expliqué. Par exemple, saint Joseph et Notre-Dame, ne trouvant point de logis dans la ville de Bethléem, entrent dans une étable toute rompue et mal en ordre.

2. L'entendement peut alors considérer diverses vertus exercées par la Sainte Vierge et son saint Epoux, comme la conformité à la volonté divine, la patience, la mortification des sens, et autres semblables. Je m'arrêterai à leur humilité, et à celle de l'Enfant Jésus. Ce que je dirai de cette vertu se pourra appliquer à toutes les autres, et vous verrez par ce moyen l'abondance des pensées et des affections qu'ont ceux qui se préparent avec diligence.

a) Appliquez donc d'abord la première appréhension de l'entendement à la considération de cette humilité de

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