‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 92 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VI

Notre-Seigneur. Jetez l'œil sur son excellence et sa majesté infinie. Il est le Dieu du ciel et de la terre, qui a créé tout de rien, qui est adoré des hommes et des Anges ; qui pouvait punir ceux qui le rejetaient ou les amener à le recevoir; qui d'un seul mot eût produit le plus beau et le plus riche palais du monde, s'il l'eût voulu. Mais il veut entrer par humilité dans une étable. Quelle comparaison entre Dieu et une étable? Dieu habite dans son ciel, au milieu d'une infinité d'Anges qui le louent et l'adorent, et le voilà, pour l'amour de moi, dans un lieu si sale et si méprisable !

b) En suite de cette première appréhension, l'entendement forme un jugement et dit : L'humilité de mon Sauveur est très profonde et très admirable, de vouloir entrer et naître dans une étable infecte, pour sauver un vermisseau de terre, tel que je suis.

Arrêtez pour lors votre esprit et exercez-le à des actes dz foi. Obligez-le à se poser ces questions : Ne crois-tu pas que c'est ton Dieu qui s'humilie? Cette humilité n'est-elle pas prodigieuse ? Crois-tu bien que c'est à ton profit qu'il s'anéantit de la sorte?

Répondez à ces questions, mais répondez du fond du cœur : Oui, mon aimable Rédempteur, oui, je le crois. Vous êtes mon Dieu, mon Créateur, je le crois, je le crois, mon doux Jésus. Aidez ma faiblesse et augmentez ma foi. O Anges du paradis ! remerciez pour moi cet adorable Sauveur de tous ses abaissements, qu'il choisit pour mon élévation et pour mon contentement.

c) Le raisonnement tire enfin des conséquences sur ces principes. Dites par exemple : Donc je dois accepter avec joie et avec humilité une pauvre maison, si l'on m'y envoie ; une pauvre chambre, si l'on me l'assigne ; un pauvre habit, si l'on me le donne. Cette humilité n'est-elle pas de raison et d'obligation? Qui suis-je moi, si je me compare à mon Créateur et à mon Dieu? Mes péchés ne me couvrent-ils pas depuis la plante des pieds jusqu'au

sommet de la tête? Ma place n'a-t-elle jamais été marquée dans les enfers? Où serais-je maintenant, si la main toutepuissante de Dieu ne m'eût retiré du limon où je m'étais abandonné ?

On peut insister sur ces pensées, en proportion de la lumière et de la chaleur qui nous viendront du Ciel.

3. Le discours étant achevé, la volonté tire des affections et exerce des actes de vertu. La facilité en est plus grande dans les colloques avec Notre-Seigneur, avec Notre-Dame, avec les Anges, avec les Saints et les autres créatures, même insensibles. Mettons-en quelques exemples pour en faciliter l'usage.

« Eh bien, mon âme, que penses-tu de l'humilité de ce Dieu de gloire et de majesté? Es-tu résolue de le suivre dans son anéantissement ? Oui, mon Dieu, mon Jésus, j'y suis absolument résolue. Je déteste toutes les vaines prétentions que mon ambition se proposait dans ses desseins. C'est trop tarder de m'abaisser entièrement pour l'amour de vous. Dès ce jour, dès ce moment je choisis pour moi les opprobres et les injures, les rebuts et l'abandon de toutes les créatures. Mon Seigneur et mon Dieu, disposez les esprits de ceux avec qui je traiterai, de telle sorte qu'ils me bafouent et me rejettent comme indigne de leur compagnie. Inspirez aux Supérieurs de me mettre dans le monastère le moins estimé, dans l'office le plus abaissé et dans la chambre la plus incommode. O doux Jésus! que je sois le rebut des hommes, pour vivre avec vous seul dans l'étable de Bethléem ! Mais, hélas! je fais des merveilles au pied de l'oratoire, dans des souhaits extatiques, et la moindre difficulté dans l'action et dans la souffrance m'arrête et me terrasse! Donnez-moi, donnez-moi, mon Dieu, une grâce très forte et très efficace, qui ne quitte point mon cœur et qui fortifie sans cesse mon corps et mon âme. Je vous la demande, Seigneur, dans toute l'étendue de mes affections, et me propose de suivre à pas égal ses ardeurs.» « O Sainte Vierge, qui, dans un très haut sentiment

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