‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 93 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VI

d'humilité, portâtes votre très cher et très précieux Fils dans une étable, obtenez-moi de sa bonté une véritable, une solide et une profonde humilité, qui se plaise dans la pauvreté et dans la bassesse. Vous êtes la Reine du ciel et de la terre, et vous ne dédaignez pas un lieu si malpropre et si méprisable ! Ouvrez-moi les yeux, afin de voir les trésors cachés dans les abaissements. Jusqu'à cette heure je me suis tenu à la superficie de la vertu d'humilité, je désire enfin entrer dans ses abîmes et dans un total anéantissement de moi-même. Assistez-moi, ô la mère et la source de toutes les grâces, assistez-moi. »

« O glorieux saint Joseph, qui entrez si joyeusement dans ce logis de mortification, et qui en supportez les incommodités par une si héroïque patience, priez pour moi, afin que je vous imite vous et mon Rédempteur. »

«. O mon âme ! si ce que tu dis est véritable, d'où vient qu'au moindre mot de travers et à la moindre souffrance tu es si sensible, et que les paroles se multiplient dans ta bouche par une infinité de répliques, d'excuses et de brocards qui offensent ceux qui t'attaquent? Arrête ici, et réponds-moi à la vue de ton Sauveur. Le coeur parle-t-il dans tes bons propos et dans ces généreuses résolutions de suivre ton Roi humilié pour tes offenses? Oui, Seigneur, le ciel et la terre savent que je parle du plus profond de mon cœur ; mais si votre grâce ne me seconde et ne fortifie mes désirs, toutes mes résolutions ne seront que du vent et de la fumée. »

« O saints Anges, qui fûtes spectateurs et admirateurs de ces merveilles, et qui entrâtes dans cette sainte et heureuse étable pour y faire escorte à votre Roi, illuminez mon âme par vos rayons, afin qu'elle connaisse que son paradis est où se trouve son Dieu, et que la demeure de Jésus humilié est le lieu de son repos et de son honneur. »

Vous pouvez vous adresser de la même sorte aux Saints, comme à David, qui avait été consacré roi dans la ville de Bethléem, et y avait encore depuis gardé les troupeaux ; à

Jacob, à votre patron, au Saint du jour, à ceux qui ont eu quelque dévotion particulière à l'étable de Bethléem et à la crèche, selon que votre affection vous y portera.

Pour s'exciter davantage, on peut même interpeller l'étable, la crèche, le bœuf, l'âne, le foin et la paille : « Ah ! bienheureuse étableje suis très aise de l'honneur que vous recevez aujourd'hui ! Vous êtes plus vénérable que les palais des rois et des empereurs ! Que n'ai-je le bien de recevoir mon Sauveur dans mon cœur, comme vous le reçûtes dans votre sein? Soyez bénie à jamais, et que toutes les nations de la terre chantent vos louanges. O mon âme ! tu as été jusqu'à cette heure une étable, par la multitude et par l'énormité de tes crimes : ouvre-toi au moins dans ce moment à ton Dieu qui se présente. Il entrera dans toutes tes puissances et les sanctifiera. Venez, Seigneur, venez, la porte vous est ouverte ! Entrez, purgez, illuminez, possédez, commandez ! tout est à vous et ne respire que pour vous. »

On peut passer d'un colloque à un autre, tantôt parlant à Dieu, tantôt à soi-même, et quelquefois à d'autres; puis de nouveau retourner à Dieu, selon les transports du cœur. Il ne se faut nullement mettre en peine des paroles ni de la façon de dire. Ce grand Roi se plaît dans l'entretien avec les personnes simples, qui se tiennent dans une humilité et une cordialité saintes.

4. Vous voyez l'abondance que vous fournit la méditation ; mais elle est beaucoup plus grande en l'oraison, car vous y pouvez demander la vertu d'humilité non seulement pour vous, mais pour tous les autres. Demandez-la donc pour tous ceux qui se sont recommandés à vos prières, pour ceux à qui vous avez plus d'obligation, et qui en ont plus de désir et de nécessité ; pour tous ceux de votre monastère, de votre province et de votre Ordre entier ; pour les autres Religieux et les Prêtres séculiers ; pour le Pape, les Cardinaux, les Evêques et tous les Ordres ecclésiastiques ; pour le roi, les princes, les gentilshommes, les ma-

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