QUATRE VERTUS NECESSAIRES AU BON SACRISTAIN
I. L'office du Sacristain est excellent. — II. Il est nuisible s'il ne se fait bien. — III. Vertus indispensables pour s'en bien acquitter : i° Une foi vive ; 2° Une profonde humilité ; 3° Une modestie angélique -t 4° Une dévotion divine.
I. j^l^ipE plus doux, le plus noble, le plus dévot et le 'w^plus souhaitable office qui soit dans les Maisons
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religieuses pour un frère convers, c'est celui delà sacristie. Un dévot et vertueux sacristain est un Ange posé sur l'arche du Testament, qui ne quitte point Dieu de vue et qui est sans cesse au milieu des odeurs du Paradis.
II. Mais, comme cette sainte occupation, si elle est bien faite, peut élever l'âme à une très sublime perfection, de même, si elle se fait mal, elle diminue beaucoup la dévotion et la foi, et rend un esprit sec, aride et incapable de toutes les douceurs qui se ressentent dans le maniement des choses sacrées et dans la participation des sacrements.
Un sacristain peu soigneux de son profit spirituel est dans l'église, parmi les mystères célestes et divins, ainsi qu'un garçon d'apothicaire dans la boutique de son maître, laquelle est pleine des douces senteurs de l'Arabie heureuse. Au commencement, il est tout embaumé ; mais à la longue, il s'y accoutume tellement qu'il n'y fait aucune réflexion.
Les choses sacrées et célestes emportent d'abord l'esprit humain ; mais, si la négligence s'y jette et qu'on les manie
par routine, on devient à moitié infidèle ; et les mystères qui tirent les larmes des yeux d'un peuple entier, ne touchent pas seulement le bout de l'oreille du cœur d'un sacristain qui les voit tous les jours, et qui s'emploie par coutume à ces exercices, non tant pour l'amour de Dieu que pour la crainte du châtiment ou pour un vain désir d'estime et de louange.
III. Voyons donc quelles vertus il doit acquérir, conserver et augmenter, afin de correspondre à la grandeur et à l'excellence de son ministère, et pour se rendre grand . devant Dieu, qui lui fait l'honneur de s'approcher de lui et de demeurer en sa présence tous les jours.
J'en trouve quatre principales, qui seront les quatre bases de l'autel de son cœur, où il offrira à toute heure des sacrifices de louanges à son Créateur et Rédempteur. Pour faire excellemment son office, il doit avoir une ferme foi, une humilité profonde, une modestie angélique et une dévotion divine.
i. La première vertu d'un fervent sacristain est la foi, qui est la base et le fondement de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Mais elle le doit être d'une singulière façon dans un sacristain, vu qu'il est environné de toutes parts des merveilles de la foi, comme un poisson est entouré des eaux d'un océan tout entier.
Il est toute une matinée dans une église pleine du peuple qui offre à son Dieu ses vœux et ses prières avec ses larmes et ses sanglots. Il voit Dieu qui descend sur les autels autant de fois que l'on célèbre la Messe. L'eau qu'il touche est bénite ; les vêtements et les vases qu'il manie sont sacrés ; les lumières qui l'éclairent sont saintes ; la terre qu'il foule aux pieds et les parois qui l'environnent, demandent une vénération particulière et sont remplies de mystères. Il n'a devant les yeux que les reliques, les images et les statues des Saints, qui lui prêchent la foi d'une voix plus forte que s'il eût conversé avec eux-mêmes sur la terre, dans la certitude qu'il a que maintenant ils sont au CieL
o • LE SAINT TRAVAIL DES MAINS
Le sacristain soigneux de sa perfection doit se servir de tous ces avantages pour affermir, pour vivifier et pour exercer sa foi par des actes intérieurs et extérieurs. Ainsi il peut se réjouir de la grâce de sa vocation à une Religion si sainte, et dans laquelle seule on trouve le repos de l'àme, comme saint Justin le Philosophe, saint Augustin, Anger le Japonais et plusieurs autres l'ont éprouvé. Il peut rendre grâces à Dieu pour la conversion des pécheurs qui vivent encore ou qui sont déjà morts. Par exemple, le jour de la fête de saint Augustin, il peut louer notre Sauveur de cette voix efficace qu'il fit entendre à cet admirable docteur, laquelle le poussa à la lecture qui le convertit. Le jour de la fête de saint Eustache, il trouve une occasion de remercier cet admirable Rédempteur d'être apparu en croix à ce Saint, au milieu des cornes d'un cerf, et de lui avoir ouvert les yeux pour lui faire connaître et embrasser la véritable Religion. La même chose peut se faire aux autres fêtes, ou lorsque le souvenir et la dévotion y pousseront.
Si vous avez ce saint office de sacristain, admirez souvent la grandeur et l'efficacité de votre foi, qui s'étend par tout l'univers et y fait des merveilles dans le feu, dans l'eau et en tout lieu. Vous le pouvez facilement découvrir en la vie et en l'histoire de plusieurs Saints. Saint Poppon convertit les Danois en revêtant sa main nue d'un gantelet de fer tout ardent et en s'habillant d'une robe poissée, qu'il fit brûler sur son corps, sans être endommagé ni de l'un ni de l'autre. — Saint Dominique en France confondit les Albigeois en jetant au feu un livre où étaient écrits les articles Catholiques, sans qu'une seule page en fût seulement noircie, quoique le livre des Hérétiques y fût réduit en cendres. — Saint Maure, bénédictin, saint Hyacinthe, dominicain, saint Bernardin, de l'Ordre des Frères Mineurs, saint François de Paule, fondateur des Minimes, marchent sur les eaux comme sur la terre. — Saint Épiphane change l'eau en vin ; — saint Dorothée