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CHAPITRE III

PAR QUELS MOYENS UN SERVITEUR DOIT NOURRIR ET AUGMENTER EN SON CŒUR l' AMOUR DE DIEU.

J. L'amour de Dieu doit toujours être très brûlant en nous. — II. Motifs d'amour : i° Les Bienfaits du Créateur; 2° les Bienfaits du Rédempteur.

«H e feu de l'autel des holocaustes, au temple de Jérusalem, ne s'éteignait jamais, mais brûlait jour et nuit à l'honneur de son Créateur par le commandement de Dieu même ; les lévites et les prêtres avaient un grand soin que les bois et les victimes n'y manquassent en aucun temps.

L'amour de Dieu doit être sans cesse très ardent et très brûlant dans une âme qui s'est dévouée à son service ; mais ce feu doit être entretenu par de saintes pensées, autrement il languit et meurt bientôt.

II. Voici quelques-unes de ces pensées dont vous pourrez vous aider pour alimenter et faire croître l'amour de Dieu au cœur de vos serviteurs.

1. Comme Dieu est partout, dit saint Augustin, nous n'allons point à lui par les pas du corps, mais par les affections de la volonté.

Si vous n'osez arrêter vos yeux sur son essence et sur ses perfections infinies, contemplez ses profusions charitables sur toutes les créatures; vous trouverez que cette infinie Sagesse gouverne le monde, comme le pilote gouverne son vaisseau, comme le cocher conduit son carrosse,

comme le père de famille règle sa maison, et comme le général d'armée, ses soldats, et le roi tous ses Etats.

Jetez les yeux sur toutes les créatures qui se présentent à vos yeux : contemplez le ciel si beau, si grand, si lumineux; le soleil, la lune, les étoiles, qui prêchent la bonté, la sagesse et la puissance de leur Créateur et du vôtre par leur lumière si agréable, par leur beauté si ravissante, par leurs chœurs si rapides et si mesurés.

Considérez les nues qui roulent dans l'air, les tonnerres qui étonnent les plus déterminés, les éclairs qui dans un moment se font paraître sur tout l'horizon ; les foudres qui renversent tout ce qu'elles rencontrent ; les pluies, les neiges, les grêles, les vents, les tempêtes, qui se forment d'une manière admirable, qui se conservent en l'air par une force presque inconcevable, et qui inondent et ravagent la terre, sans que les plus puissants des rois y puissent mettre aucun obstacle.

Jetez les yeux sur toute l'étendue de la terre : considérez la largeur et la fertilité des campagnes chargées de moissons ; la beauté des prés pleins de fleurs, qui par la variété de leurs couleurs et la douceur de leurs odeurs récréent non seulement les hommes, mais aussi les animaux ; la richesse des montagnes, qui, dans leurs entrailles, ont l'or, l'argent, le fer et les autres métaux, et qui sur leurs dos portent les vignes, les arbres fruitiers et les autres bois.

Comment sera-t-il possible que vous n'admiriez et que vous n'aimiez un Dieu si bon et si libéral, qui vous donne tant d'animaux pour vous aider en votre travail, pour vous nourrir et pour vous vêtir ; et outre cela tant d'hommes pour votre soulagement et pour votre récréation : les uns font vos habits, les autres bâtissent votre maison, les autres gouvernent les villes et font d'autres exercices, qui tous sont à votre usage ou à l'usage de ceux dont vous aurez besoin. Dieu voit tout cela et le fait en vue de gagner votre amour : aimez, aimez donc ce bon et ce charitable

Père, qui vous aime et qui vous assiste si tendrement et si ■charitablement.

2. Si les perfections et la bonté de Dieu, que nous ne voyons pas, doivent emporter notre amour par une juste reconnaissance de ses faveurs, l'ineffable charité de Jésus qui est descendu du Ciel et est mort pour nous donner la ■vie, le ravira avec un plus puissant effort, son corps, ses plaies et sa mort frappant plus sensiblement et plus efficacement nos yeux et nos cœurs.

Les serviteurs ont plus d'avantage en ce saint exercice, dans la vue que ce Dieu d'amour se faisant homme pour nous a pris la forme de serviteur, comme marque saint Paul parlant aux Philippiens, et que, presque toute sa vie, il a exercé la fonction de serviteur dans la boutique d'un pauvre charpentier ; suivez donc ce Sauveur depuis sa naissance jusqu'à sa mort, pour vous échauffer en son amour.

Mettez-vous souvent en esprit dans l'étable de Bethléem, et considérez votre Bien-Aimé dans de pauvres langes, -couché sur un peu de paille et de foin, entre un bœuf et un âne : il parlera très tendrement à votre cœur, et vous dira qu'il souffre cette humiliation, ce froid, ces incommodités pour remédier à vos malheurs, pour payer la peine due à vos péchés, pour vous obtenir des grâces du •Ciel et gagner l'amour de votre cœur ; lui dénierez-vous, lui refuserez-vous ce présent, qu'il ne demande que pour le perfectionner ? Aimez, dit saint Augustin, l'amour de -Celui qui pour l'amour de vous est descendu dans le sein d'une Vierge, et y a joint son amour au vôtre, en s'abaissant pour vous élever, en conjoignant la lumière de son immortalité à la boue de votre chair mortelle : prenez donc garde que votre amour soit constant et parfait, et que dans les rencontres il ne craigne point de souffrir la mort pour l'amour de Celui qui par une bonté et une chaxité inestimables est mort pour nous.

Entrez souvent dans la boutique de saint Joseph, con-

templez-y votre Jésus, votre amour, qui tient en ses mains un rabot, et qui travaille avec action et avec chaleur comme un simple valet, afin de vous donner exemple, et pour vous faire toucher au doigt que, si vous voulez, vous pouvez exceller en sainteté dans les exercices que la vanité et le sot jugement des hommes tiennent à mépris. Jésus est l'amour même, s'écrie saint Basile, pourrez-vous le voir sans concevoir un ardent désir de consacrer vos travaux à son amour, et sans faire un généreux effort de les lui rendre agréables?

Enfin, montez souvent sur le mont du Calvaire, contemplez-y votre Rédempteur attaché à la croix au milieu de deux voleurs, cloué avec trois ou quatre clous qui lui percent les mains et les pieds avec une extrême douleur; voyez-le couronné d'épines et couvert de sang de tous côtés : tous ces sacrés ruisseaux qui coulent de ses mains, de ses pieds et de tout son corps, sont des signes de son amour envers vous ; tout ce qu'il souffre, il le souffre pour votre salut.

Approchez-vous de sa croix, embrassez-la ; recevez sur votre tête et sur tous les membres de votre corps ce précieux sang que ce Dieu d'amour verse pour vous en abondance : ne permettez pas qu'il se perde inutilement dans la terre ; mêlez-y vos larmes et vos soupirs ; mais surtout jetez votre cœur et votre amour dans ce Cœur aimant et aimable de votre Jésus, votre Sauveur qui vous aime et qui veut être aimé de vous; et quand vous l'y aurez une fois logé, ne l'en retirez jamais; laissez-l'y vivre comme une chaste colombe dans les trous de la pierre, et s'y consumer dans des ardeurs qui le vivifient et le déifient tout ensemble.

Si le pur amour n'emporte point votre cœur, laissezvous aller au profit, et unissez-vous à votre Rédempteur en qui vous trouverez une source de tous les biens. Si vous souhaitez la parfaite guérison de vos plaies, dit saint Ambroise, il est votre médecin; si la fièvre vous enflamme,

il est une fontaine de vie et de santé ; si vos péchés vous accablent, si vous avez besoin d'aide, il est la force et la toute-puissance : craignez-vous la mort, il est la vie ; fuyez-vous les ténèbres, il est la lumière, il est l'origine et la source de toutes les splendeurs ; si vous désirez entrer au Ciel, il en est la voie et la porte ; si vous avez nécessité de viandes pour vous fortifier et pour croître, il est le pain de vie : ainsi parle ce saint Docteur.

Concluons donc avec saint Bernard : celui-là est sans doute digne de mort, qui refuse de vous aimer en toute sa vie, ô mon doux Jésus.

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