‹ Le saint travail des mainsChapitre 47 sur 86 · VI. Notre Sauveur qui, au rapport de saint Paul, a déclaré · texte numérisé non relu

VI. Notre Sauveur qui, au rapport de saint Paul, a déclaré

qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir, n'a pas voulu que les pauvres fussent privés de ce bonheur, et il l'a mis à la portée de leurs ressources. En bien des rencontres il ne tient qu'à eux de se le procurer en rendant assistance au prochain. C'est aussi l'avertissement que Tobie donnait à son fils quand il lui disait : Sois charitable en la manière que tu le pourras; si tu as beaucoup de bien, donne beaucoup ; si tu en as peu, aie soin de donner de bon cœur de ce peu môme que tu auras.

i. Les rayons de l'aumône sont plus brillants, aux yeux des hommes, dans les mains et le cœur de la noblesse, que dans les mains d'un berger ou d'un vigneron ; mais le Ciel n'agrée pas plus volontiers le sacrifice des uns que le sacrifice des autres, au seul égard de la quantité d'or et d'argent qui se distribue. Dieu ne regarde que la grandeur du cœur et la hauteur de l'intention, comme il parut en l'aumône que la pauvre veuve jeta dans le tronc du temple de Jérusalem ; ses deux mailles plurent plus à Notre-Seigneur que les pistoles des hommes riches ; les pauvres donnent de leur substance, et les riches ne donnent que de leur superflu.

Les Saints, émus de cette considération, ont été fort généreux, encore qu'ils fussent dans l'indigence. Saint Henri Belsano, portefaix, saint Gualfart, faiseur de selles et de sangles, et plusieurs autres donnaient une bonne partie de leur gain aux pauvres, et Dieu les comblait de ses faveurs et de ses bénédictions.

2. Afin que vous les imitiez, fortifiez votre esprit par les considérations suivantes :

Premièrement, cette grandeur de cœur plaît beaucoup à Dieu, et il l'a montré dans un tremblement de terre qui fut arrêté par les prières d'un pauvre villageois, qui au bout de la semaine divisait son bien en trois parts : la première et la meilleure était pour les pauvres, la seconde servait pour le paiement des tailles, et la troisième nourrissait sa famille.

Secondement, Jésus-Christ reçut les présents des pauvres bergers, dans l'étable de Bethléem, avant l'or et l'argent des rois, et lorsqu'il voulut nourrir d'aumône le prophète Elie, il ne l'adressa point à des personnes riches et puissantes, mais à une pauvre veuve qui n'avait de la farine que pour un jour, et qui était chargée d'un enfant que la faim mettait en péril de mourir dans peu de jours.

Troisièmement, l'aumône élève le libéral jusqu'au Ciel et lui en donne l'entrée ; elle en a les clefs et y met les pauvres pour portiers, pour recevoir, dans ces éternels sanctuaires, ceux qui les ont assistés, comme l'assure Notre- Seigneur ; et au jour du jugement, appelant ses élus au Ciel, il ne fera mention que des œuvres de miséricorde.

Quatrièmement, donner l'aumône aux pauvres, c'est donner à usure au Créateur de l'univers, qui multiplie le blé, le pain, le vin, l'huile, les poissons, l'argent et tout le reste, en considération de cette libéralité : il changea du sable en blé, mû par l'aumône de saint Tychon, savetier ; il multiplia le pain en faveur des saints abbés Théodose et Euthyme; il changea à saint Homobon, couturier, l'eau en vin; il augmenta l'huile de saint Benoît; il envoya des viandes à saint Allard abbé, et de l'argent à saint Germain évêque d'Auxerre, comme je le montre plus au long dans le Traité susdit.

VII. Une peut se faire que de temps en temps la maladie ne vienne vous visiter en la personne de quelqu'un de ceux qui vous touchent de près, votre charité doit saisir avec empressement cette favorable occasion de se déployer : voici ce qu'il convient que vous fassiez pour cela.

1. Le premier acte de vertu, lorsque vous voyez quelqu'un de vos enfants, de vos domestiques ou de vos amis frappé d'une maladie périlleuse, c'est de vous résigner à la volonté de Dieu, qui sait la nécessité de votre famille et des autres, la force du malade, et le bien qu'il prétend tirer de cette infirmité; il sait peut-être qu'une santé parfaite échaufferait trop le sang de ce jeune garçon et le

perdrait dans les débauches ; il connaît que cette fille à qui vous donniez trop de liberté, se dissiperait dans les compagnies, s'il ne l'attachait au lit pour lui donner le loisir de rentrer en elle-même et de regarder le précipice sur lequel elle jouait.

On amena une fille malade à la bienheureuse Yte. Avant qu'elle l'eût vue, elle dit à sa mère : Si vous voulez je la guérirai, mais la santé la damnera ; si elle demeure dans sa maladie, elle ira au Ciel ; la mère désolée jeta un profond soupir, se résigna à la volonté de Dieu, la maladie continua, et la fille mourut ensuite.

2. Le second acte de vertu envers les malades, c'est la consolation des paroles ; car les douleurs abattent l'esprit, et lui ôtent la vivacité et la fermeté qu'il avait lorsque le corps était dans sa vigueur ; il faut quelque bon Ange venu du Ciel pour les consoler, comme il arriva à saint Mannu, qui était lépreux, ou quelque bon Ange de la terre, comme nous le voyons tous les jours.

3. Le troisième acte de vertu envers les malades, c'est la consolation par la main. L'assistance qu'on rend aux infirmes, est une parole muette qui va jusqu'à la moelle des os et remplit le cœur de joie et d'espérance. Les Anges ont fait si grand état de la charité qui se rend dans la maladie, qu'ils s'en sont mêlés : ils ont saigné le bienheureux Jean de l'Ordre des Servîtes ; ils ont guéri le pied d'un saint Ermite et le genou de saint Cuthbert ; ils ont pansé les plaies de saint Théodore martyr et de plusieurs autres semblables.

Ces raisons émouvaient les Saints à servir les lépreux, comme firent sainte Radegonde, reine de France, saint Poppon et saint François, et même à s'exposer aux pestiférés, comme firent saint Roch, saint Bernardin, saint Charles- Borromée, cardinal et archevêque de Milan.

VI 1 1 . Si vous avez l'obligation d'assister votre prochain au temps de la maladie, cette obligation devient plus pressante encore lorsque ce prochain est sur le point de vous

quitter pour comparaître devant le Seigneur, y subir son jugement et recevoir le salaire de ses œuvres. C'est alors surtout que vous devez entourer vos frères de tous les secours qu'il dépend de vous de leur procurer. La raison en est bien claire.

1. La mort est le plus précieux et le plus important moment que nous ayons en ce monde, vu que de ce moment dépend toute l'éternité. Peu importe qu'on ait fait pénitence pendant cent ans, comme saint Romuald, si l'on meurt dans ses péchés comme Judas.

2. Rendez donc à autrui le service que vous serez bien aise de recevoir à votre tour quand il vous sera nécessaire.

Premièrement, dès que quelque péril paraît en la maladie de votre femme, de vos enfants et de vos amis, avertissezen monsieur le curé, au soin duquel leurs âmes sont commises, comme au pasteur qui en doit rendre compte.

Secondement, efforcez-vous aussi de votre côté d'émouvoir doucement le malade à la confession de ses péchés. Cette pureté de conscience sert non seulement pour l'assurance du salut, mais aussi pour la santé du corps ; plusieurs maladies sont envoyées de Dieu en punition des péchés. Otez la cause du mal, et vous chasserez le mal même.

Troisièmement, accompagnez le Saint Sacrement lorsqu'on le porte au malade : vous plairez en cela à notre Sauveur à qui vous rendrez cet honneur, et vous consolerez le malade qui par cette dévotion sentira une nouvelle ardeur pour bien communier.

Quatrièmement, soyez soigneux que l'on ne diffère point cette charité à votre malade, afin qu'il reçoive son Créateur, ayant le jugement sain et entier, et que par ce moyen il y apporte la dévotion nécessaire et en reçoive les fruits.

Cinquièmement, l'Extrême-Onction est un sacrement institué de Jésus-Christ pour nous donner des forces dans la lutte contre les démons qui nous attaquent en cette

heure si importante ; c'est pourquoi il ne la faut point négliger, vu principalement que souvent elle sert au recouvrement de la santé, comme plusieurs l'ont expérimenté.

Sixièmement, disposez doucement votre malade à se conformer à la volonté de Dieu, ou pour retourner en santé, ou pour payer le tribut à la nature. Bienheureux est celui qui a le temps de bien faire ce qu'on doit faire nécessairement : combien y en a-t-il qui sont surpris par une mort imprévue, étant actuellement dans le péché ! Les rois et les empereurs ne peuvent se défendre du javelot de la mort, nonobstant toutes leurs diligences.

Septièmement, excitez de temps en temps votre malade à faire des actes de foi, d'espérance et de charité; mais prenez aussi garde de ne point accabler son esprit par la multitude des choses que vous lui proposeriez. Faites-lui dire une fois : Mon Dieu, faites-moi la grâce que je vous aime de tout mon cœur ; une autre fois : Infinie bonté, je suis très fâché de vous avoir offensé ; à diverses reprises : Mon Dieu, augmentez ma foi, je crois tout ce que la sainte Église enseigne ! O Seigneur, toute mon espérance est en vous ; mon doux Jésus, faites que votre précieux Sang, ne soit point épanché en vain pour moi ! O Sainte Vierge, assistez-moi! ô mon bon Ange, secourez-moi! ô mon glorieux patron N., obtenez-moi la patience s'il vous plaît. Vous pouvez prononcer ces invocations de bouche, et le malade de cœur, de crainte de s'incommoder en parlant, Dieu ne demandant que notre cœur.

Huitièmement, récitez quelquefois les Litanies de la Vierge ou des Saints, afin que le malade puisse dire, soit de cœur ou de bouche, ora pro no bis ; cela lui donnera de la joie et de l'espoir, et il obtiendra de Dieu des aides surnaturelles.

Neuvièmement, excitez tous les assistants à la prière : elle est très puissante pour obtenir la miséricorde divine et pour fortifier les malades contre les attaques des démons.

Dixièmcment, servez-vous avec dévotion et avec dextérité de l'Eau bénite, du cierge bénit et du Crucifix.

a) L'Eau bénite est utile durant toute la maladie, et c'est bien fait, entrant dans la chambre, d'en mettre un peu sur le front du malade, si on lui est familier ou si on a de l'autorité; mais elle sert surtout en la dernière agonie, à cause qu'elle chasse les diables, et les chassant, empêche qu'ils ne puissent tenter celui qui lutte contre la mort ; car les diables mêmes ne peuvent agir à distance contre les personnes.

b) Le cierge bénit nous représente la splendeur de la grâce de Dieu qui nous éclaire, la lumière de la gloire que nous attendons, l'ardeur de la charité qui nous doit enflammer le cœur; il nous peut remettre en la mémoire que notre cœur s'écoule et se consume comme la cire, et tombe enterre par la mort; vous pourrez prendre diverses pensées, et en aider votre malade qui est alors dans le combat.

c) En montrant le Crucifix, excitez le malade à espérer en Jésus-Christ qui nous a tous rachetés par ses souffrances en la croix, et qui vient souvent prendre les âmes pour les porter en Paradis ; il se rendit même visible à saint Odon, à saint Allard, à sainte Tharsille, à sainte Marciane et à d'autres.

Onzièmement, il est très utile d'implorer le secours de la glorieuse Vierge Marie et d'exciter votre malade à y avoir une entière confiance : l'expérience en montre de merveilleux effets, ainsi qu'on l'a vu par plusieurs miracles.

Douzièmement, excitez aussi votre malade à se confier au secours de son bon Ange gardien; ce Prince du Paradis l'a pris sous sa protection dès le premier moment de sa naissance ; il l'a conduit durant sa vie et préservé de plusieurs périls ; il le défendra puissamment à sa mort s'il recourt à son assistance, et j'en apporte divers exemples.

Treizièmement, poussez le malade à se choisir quelque Saint pour patron et pour protecteur en cette bataille si importante : il peut prendre ou celui dont il porte le nom ou celui dont on fait la fête ce jour-là, ou bien celui auquel il sent pour lors plus d'affection.

SECTION III

Comment un religieux qui ri est point prêtre

doit converser avec les enfants.

On remarque en la Vie de saint Alphonse Rodriguez qui fut quarante ans portier chez nous au collège de Majorque, qu'il fit de grands fruits dans l'esprit des écoliers, les dressant à la vertu comme de jeunes plantes que l'on tourne comme on veut.

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