III. Parlons des devoirs des parents envers les enfants
1. Ce point est d'une extrême importance pour toutes les familles particulières et pour les républiques entières ; tels que seront les enfants en leur bas âge, tels ils seront tout le reste de leur vie ; l'arbre qui est tenu bien droit quand il est jeune, maintient son tronc droit et agréable tant qu'il dure ; et l'arbre qui est courbé dès ses premières années, ne se redresse jamais sans une extrême violence et sans un péril évident d'être mis en pièces.
Les parents doivent aux enfants trois choses, qui sont les aliments, l'instruction et l'exemple.
Premièrement, ce me serait un travail superflu, et tout
à fait inutile de vous exhorter à pourvoir à la nourriture de vos enfants; presque tous les pères et toutes les mères s'épuisent jusqu'à la moelle des os, et exposent leur salut même, par de continuels empressements, non seulement pour les entretenir, mais aussi pour les enrichir et pour les agrandir ; passons à l'instruction.
Secondement, les parents sont obligés d'instruire ou de faire instruire leurs enfants et pour ce qui touche les exercices du corps et pour ce qui concerne les connaissances de l'esprit.
Exhortez donc les laboureurs, les vignerons et les artisans à apprendre avec un grand soin leur métier à leurs enfants, ou à leur en procurer un autre. Les aigles, poussés par le seul instinct de la nature, apprennent leurs aiglons à voler; les rossignols enseignent tous les tons de la musique à leurs petits avec une assiduité, une industrie et une patience qui ravissent en admiration tous ceux qui contemplent cette merveille de la nature.
Les peuples guerriers stylaient leurs enfants, dès la première jeunesse, à gagner leur déjeunera coups de fronde, à la course, à la lutte et à d'autres exercices des armes ; les Irlandais présentaient .avec une épée la première viande à l'enfant nouvellement né, et durant toute sa jeunesse l'instruisaient et l'exerçaient à la vie militaire ; dites donc aux parents de ne rien négliger pour que leurs enfants soient capables un jour de se suffire à eux-mêmes dans le monde, mais recommandez-leur surtout de les instruire de ce qui fera d'eux de bons chrétiens.
Ainsi la principale instruction doit se donner à l'esprit, afin que les enfants à qui les parents ont donné des yeux de chair, aient les lumières de la foi pour éclairer leur entendement, Jlés motifs des vertus pour échauffer leur volonté au service de Dieu, et tout ce qui est nécessaire pour embellir les autres puissances et facultés de lame, et pour les fortifier contre les assauts des tentations. Sans ces avantages un homme n'est qu'une masse de chair, un
sac de corruption, un amas de vices et un tison qui se grossit pour mieux brûler dans les enfers.
Mettez dans l'âme de vos enfants quatre ou cinq principes fondamentaux qui soient la base de toute leur vie.
Imprimez-leur une haute estime de Dieu, leur montrant les herbes, les fleurs, les arbres de vos jardins, les moissons de la campagne, les vignes des collines, les forêts des montagnes, la beauté du soleil et de tout le ciel, et les autres merveilles que vous rencontrerez en ce monde ; remettez-leur souvent en la mémoire que toutes les créatures sont faites par Dieu seul, et sans aucun travail, pour les nourrir et pour les réjouir.
Parlez-leur souvent de la nativité de Jésus dans une étable, de sa vie dans la boutique d'un charpentier, de sa couronne d'épines, des fouets, des clous dont il a été meurtri, du sang qu'il a répandu et de la mort qu'il a soufferte pour nous sauver ; et dans ce récit poussez-les peu à peu à l'aimer et à le servir.
Inspirez-leur l'amour de la Sainte Vierge, de leur Ange gardien et du Saint dont ils portent le nom.
Imprimez-leur dans l'âme une horreur du péché mortel, en leur disant qu'il déplaît à Dieu, qu'il prive de la béatitude du Paradis, qu'il jette dans des feux éternels et nous rend à jamais compagnons des démons ; récitez-leur quelques exemples, que vous avez appris au sermon, à la lecture d'un bon livre, en la conversation de vos amis, ou par votre propre expérience. Les mères peuvent beaucoup en ceci, ayant toute la journée leurs enfants entre les mains, et les maniant sans cesse dès leurs plus tendres années. Ainsi les mères de saint Augustin, de saint Rémi, de saint Louis, de saint Edmond et de plusieurs autres sont les principales causes, après Dieu, de la sainteté de ces admirables personnages qui ont été la lumière de l'Afrique et de l'Europe.
Enfin, sur toutes choses, donnez-leur une grande horreur des mauvaises compagnies; car, comme le dit saint
Augustin, il est plus facile de demeurer inébranlable au milieu des glaives et des feux d'un tyran, en souffrant généreusement le martyre, que de conserver son innocence au milieu de jeunes fripons qui portent au péché par leurs paroles et par leurs exemples. Quiconque veut conserver sa vie, doit se retirer d'un air empesté; tenez fortement la main à ce que vos enfants fuient cette corruption de mœurs; autrement nulle industrie ne les sauvera de la débauche et d'un désordre qui vous percera le cœur de douleur et perdra peut-être leurs âmes pour jamais. Ce qui se grave dans l'esprit en la jeunesse, se porte bien souvent au tombeau.
Troisièmement, la dernière chose que les parents doivent aux enfants, c'est le bon exemple, qui est une instruction muette, mais qui pénètre plus doucement et plus efficacement dans le cœur, et y prend racine plus profondément que toutes les paroles et tous les châtiments du monde. Les brebis de Jacob produisirent leurs petits de la même couleur qu'étaient les baguettes que ce patriarche mettait dans les auges où elles buvaient ; si les baguettes étaient blanches, les agneaux étaient blancs ; si les baguettes étaient noires, les agneaux avaient une laine noire, et ainsi des autres couleurs On a vu des femmes toutes noires produire des enfants tout blancs, à cause de la vue des tableaux où les personnages étaient dépeints avec des couleurs blanches. Et Platon écrit qu'un fils vicieux est un monstre s'il a un père vertueux; ce philosophe jugeait sagement qu'il faut être totalement dénaturé pour ne point prendre la teinture des vertus qui frappent les yeux de leur splendeur céleste lorsqu'il n'y a pas d'autres objets qui en obscurcissent les rayons.
Comment voulez-vous, au contraire, qu'un enfant ne jure point lorsqu'il a sans cesse les oreilles battues par les jurements de son père ? Comment s'abstiendrait-il de blasphémer, les blasphèmes de son père lui frappant perpétuellement l'imagination ? Comment s'abstiendrait-il de
maudire les uns et les autres, n'ayant rien autre chose, jour et nuit, que les exécrations de sa mère, laquelle donne au diable ses serviteurs et son mari à tout moment?
Nous traiterons des devoirs des enfants envers leurs parents en la section suivante, au chapitre cinquième.
IV. Les maîtres ont à remplir à l'égard de leurs serviteurs des devoirs analogues à ceux dont les parents sont tenus vis-à-vis de leurs enfants.
Pour procéder avec méthode et avec clarté, considérez trois temps : celui où Ton reçoit les serviteurs en la maison ; — le temps quon les y retient ; — le temps de leur sortie.
i . Et d'abord, mettez-vous bien ce principe dans l'esprit, que votre repos, le salut de vos enfants et le bonheur de votre famille dépendent beaucoup de vos serviteurs ; s'ils sont vicieux, ils vous tourmenteront par leurs désobéissances, ils gâteront vos enfants par leurs mauvais exemples, et attireront les fléaux de Dieu sur vos biens par leurs jurements, par leurs blasphèmes et par leurs autres crimes; s'ils sont sages et vertueux, vous vous reposerez sur leur bonne conduite, comme Putiphar sur la prudence et sur la vertu de Joseph ; et votre esprit ne sera point partagé par mille craintes et par mille soupçons, qui troublent la paix et la tranquillité des esprits les plus forts.
Une fidèle servante qui a la crainte de Dieu, aidera vos filles au chemin de la vertu, comme on le vit en celle qui avança en la vertu sainte Monique, mère de saint Augustin ; et sainte Chrétienne n'étant que simple servante convertit à notre foi le pays des Ibériens de l'Asie, que nous appelons Géorgiens.
2. Aussi longtemps que vos serviteurs demeurent chez vous, vous leur devez quatre choses, qui sont l'amour, la nourriture, l'instruction et la correction.
Premièrement, l'amour vous est entièrement nécessaire pour couvrir plusieurs imperfections que la mauvaise éducation leur a laissées, et pour gagner leurs cœurs
et leurs mains. Si vous les aimez, ils voleront au moindre mouvement de votre œil ; rien ne leur sera onéreux, vos intérêts seront les leurs, ils épargneront votre fourrage, votre avoine et tout ce qu'ils manieront; ils cultiveront vos terres avec soin, et vous donneront avis de tout ce qu'ils jugeront vous être utile; s'ils vous haïssent, leurs pieds seront de plomb et leurs mains de bronze ; rien ne se remuera qu'avec difficulté et par une fâcheuse violence ; les moindres charges leur seront des montagnes; ils se riront de vos pertes et prendront plaisir à vous faire souffrir par leur prodigalité et par leur négligence.
Les Athéniens tâchaient d'abord de prendre leurs serviteurs par le cœur ; à la première entrée, ils versaient sur eux des dattes, des figues, des noix, des fruits et quelques pièces de monnaie, pour leur témoigner le dessein qu'ils avaient de les traiter le mieux qu'ils pourraient.
Secondement, tandis que vos serviteurs demeurent chez vous, vous leur devez leurs gages et leur nourriture.; ils ne doivent point être traités comme leurs maîtres, bien que saint Martin étant soldat fit ce traitement à son valet, même avant qu'il fût baptisé ; c'étaient une ferveur et une humilité particulier.es d'un Saint, qui n'entraînent point de conséquence ni d'obligation pour les autres.
Mais certes il ne faut pas les nourrir comme des chiens, en grondant et en murmurant, et leur reprochant les morceaux qu'ils mangent, et ayant un cœur resserré et mesquin en leur endroit; c'est leur donner occasion de vous ravir cinq sous pour un liard que vous retranchez sur leur pain et sur leur viande ; c'est leur ouvrir le chemin de la taverne et des mauvaises compagnies; car la nature ne peut gémir sans cesse sous le faix des travaux sans trouver quelque douceur dans le soulagement. Ce qu'on ne rencontre point au logis, on le cherche dehors, et souvent au détriment de ces chicaneurs et vieux avaricieux.
Dans ce juste entretien est compris le paiement des
gages, qui se doit faire avec joie, avec promptitude et avec intégrité. Otez-moi ces ménagers qui mettent en ligne de compte un verre cassé, une serviette rompue, une cuiller égarée et mille bagatelles ; de sorte qu'ils demanderaient volontiers quelque chose de retour à une pauvre servante, qui a usé sa vie et ses habits à leur service, et consuméson esprit dans les fatigues et dans plusieurs sujets de fâcherie et de tristesse.
Troisièmement, les maîtres doivent l'instruction à leurs serviteurs, tandis qu'ils sont sous leur charge ; un pauvre enfant est contraint par la nécessité de sortir de la maison de ses parents pour gagner sa vie, et d'entrer dans la maison d'un laboureur ou d'un artisan ; si l'on ne prend pas soin de son éducation, il demeurera comme un champ^ sans culture, qui ne porte que des ronces et des chardons, ou comme un sauvageon, qui ne présente que des fruits aigres et plus propres aux bêtes qu'aux hommes.
Au moins menez-les vous-même au sermon, et principalement au catéchisme, afin qu'ils apprennent les articles de la foi et le moyen de bien servir Dieu. Un serviteur qui sert bien son Créateur, est fidèle et fructueux à son maître.
Saint Elzéar, comte d'Arian en Provence, forma un nouveau Décalogue dans son logis, avec un exprès commandement qu'il fût gardé.
Que tous assistent chaque jour à la Messe, quelque affaire qui survienne. — Que personne ne soit si hardi que de jurer ni blasphémer, ni se donner au diable par exécration, à moins que de s'attendre à un châtiment exemplaire et à être chassé de ma maison. — Qu'aucun ne dise ni ne fasse rien contre la chasteté, autrement il ne demeurera jamais avec moi. — Que tous se confessent chaque semaine. — Qu'il n'y ait point de fainéants da?is mon logis; je veux qu'on prie Dieu le matin, et puis qu'on travaille le reste de la journée. — Je défends absolument tous les jeux de cartes et de dés parmi mes domestiques ; je per-
mets néanmoins les jeux et les divertissements innocents, pour récréer l'esprit et exercer le corps. — Je désire que la paix et la concorde régnent dans l'esprit de tous ceux qui me servent. — Si l'infirmité humaine donne lieu à quelque surprise de colère ou à quelque différend, j'entends que tout se termine avant le coucher du soleil. — J'ordonne que tous les soirs chacun se trouve daiis une chambre, et que quelqu'un nous entretienne un peu de la bonté et de la grandeur de Dieu, et nous fasse ressouvenir, des faveurs innombrables qu'il nous fait en cette vie et qu'il désire nous faire en toute l'éternité. — Enfin, je commande très expressément qu'on ne fasse tort à personne, ni à ses biens, ni à son honneur, pour augmenter mon revenu. Je suis content de ce qu'il a plu à Dieu de me donner; je désire que chacun ait occasion de s'en contenter, et que je ne sois point cause d'aucun péché contre sa divine majesté.
Je ne vois rien en tout ce Décalogue, que vous ne puissiez imiter, et à quoi vous ne puissiez obliger vos serviteurs, à ia réserve des confessions de chaque semaine que vous pouvez différer de mois en mois.
La meilleure instruction, que vous puissiez donnera vos serviteurs, c'est le bon exemple; car soyez certain que le proverbe est véritable : Tel maître, tel valet, et que vous leur servez d'un portrait, qu'ils retracent tous les jours, et que si vous êtes vertueux, ils le deviendront, moyennant que vous leur témoigniez qu'ils vous désobligeront s'ils se laissent aller à la débauche.
Quatrièmement, un dernier devoir des maîtres envers leurs serviteurs, c'est de les corriger lorsqu'ils viennent à manquer; c'est ici qu'il faut beaucoup de charité, de prudence et de générosité ; les uns laissent tout aller à l'abandon par une blâmable lâcheté ; les autres sont cruels et punissent avec excès les moindres manquements.
Posez cette maxime inébranlable dans votre cœur de ne jamais punir ni de paroles ni d'effet dans une colère pré-
3Q2 le saint travail des mains
cipitée : la colère est une soudaine folie, qui est de peu de durée et qui expose à la risée des serviteurs les maîtres qui. s'en laissent posséder.
Imitez la sagesse et la modération de Charilaûs, roi des Macédoniens : un de ses serviteurs lui étant très importun, il jura que s'il n'était en colère il le tuerait, le serviteur le méritait bien ; mais les châtiments se doivent faire par la raison et non par l'impétuosité de la passion, de peur qu'elle nous porte au delà des bornes de la prudence et des autres vertus.
3. Ne changez pas de serviteur à tout propos, et faites en sorte que ceux qui sont entrés jeunes chez vous, y demeurent jusqu'à la vieillesse. Une maison qui ne parvient pas à conserver ses serviteurs est une maison qui se déconsidère. Sans doute vous ne devez pas souffrir sous votre toit, même pour un jour, un domestique vicieux dont la corruption pourrait devenir funeste à ses compagnons, mais aussi ne renvoyez pas sur-le-champ celui dont les défauts, d'ailleurs assez légers, vous causent parfois de l'ennui. Il est vrai que de temps en temps il met votre patience à l'épreuve, mais êtes-vous vous-même sans reproche à son égard? Efforcez-vous plutôt de le corriger; en vous y prenant doucement, vous réussirez plus facilement que vous ne le supposez. Enfin, quand vous serez contraint de vous séparer d'un serviteur, faites ce qui dépendra de vous pour qu'il vous quitte en bons termes.
V. Si chacun de nous voyait des frères dans les autres hommes et les aimait ainsi que nous le commande expressément la loi chrétienne, la terre, au lieu d'être comme aujourd'hui une vallée de soupirs et de larmes, ne tarderait pas à devenir un paradis anticipé. Il est donc de notre intérêt non moins que de notre devoir de ne rien négliger afin de vivre en paix avec tout le monde, autant du moins que cela dépendra de nous.
A cet effet nous avons besoin d'user de prudence et d'être généreux.
i. Avant tout usez de prudence en faisant tous vos efforts pour ne point vous faire d'ennemis. Vous obtiendrez ce bonheur en prenant le chemin Te plus frayé et en n'agissant point d'une manière extraordinaire; les chemins royaux sont les plus ouverts et les plus assurés. Quiconque a un bon sens commun et marche avec des personnes sages et vertueuses, est beaucoup moins sujet à l'ennui et à la haine ; mais celui qui veut se faire une route nouvelle, trouve de grands obstacles et périt souvent après beaucoup de travaux inutiles ; chacun s'oppose à lui, ferme les passages qu'il prétend forcer, et le renverse à chaque bout de champ.
Ne parlez jamais mal de personne, et supposez comme une chose certaine que, pour secret que fût votre discours, il viendrait aux oreilles de celui que vous blâmeriez, et vous le rendrait ennemi.
2. Mais si par malheur vous vous trouvez embrouillé dans quelque inimitié, mettez tout en œuvre pour vous en tirer comme d'un filet tendu par le diable. Premièrement, si c'est vous qui avez été l'agresseur, faites toutes les satisfactions que vos amis trouveront raisonnables. Pour l'ordinaire il est utile de se servir de l'invention des Japonais : dans leurs querelles, ils se servent de quelque sage entremetteur, de peur qu'au premier abord le feu de la colère ne se rallume et ne cause quelque désordre ; employez donc l'entremise de monsieur le curé ou de quelque Religieux ; celle d'un ami commun sert beaucoup en cette conjoncture.
Secondement, si au contraire vous avez été offensé, il atous est bien plus facile de renouer l'amitié ; mais il faut fortifier votre esprit par de fortes raisons, que je m'en vais vous déduire.
a) C'est en ce point que l'on verra si vous êtes un véritable enfant de Dieu, qui est tous les jours offensé par une infinité de blasphèmes et de crimes abominables, et qui cependant fait luire son soleil sur les méchants comme
sur les vertueux, dans le même désir de les aider et de les récréer.
b) En ce pardon vous manifesterez l'amour que vous portez à Jésus-Christ et l'état que vous faites de son sang précieux qu'il a versé pour ses ennemis; il a prié pour eux, lors même qu'ils le tourmentaient avec une fureur intolérable.
c) Le pardon des injures est la vertu propre des âmes saintes et généreuses. Les martyrs ont été tenaillés, brûlés, écorchés et sciés au travers du corps par les satellites plus farouches que les tigres et que les dragons, et néanmoins ils leur ont pardonné tous les affronts et tous les tourments les plus atroces qu'ils leur ont fait souffrir ; ils ont prié pour eux et leur ont obtenu la santé et la vie.
d) Le désir de sauver les âmes de nos prochains est un puissant motif pour faire un effort d'adoucir nos ennemis et de leur ôter du cœur le désir de nous offenser; car en nous offensant, ils offensent Dieu et se précipitent aux enfers, où ils renieront éternellement cette adorable Majesté.
e) Votre propre honneur vous doit exciter au pardon des injures ; il est propre à une vertu mâle et à une âme bien faite, qui a un jugement solide; une petite cervelle ne peut concevoir la gloire de mépriser une parole ou une action qui la choque; une âme forte ne daigne montrer aucun ressentiment du tort qu'on lui a fait, et se rend facile à la miséricorde qu'on lui demande.
f) Nous devons être faciles au pardon, d'autant que notre Sauveur a une particulière affection et tendresse pour ceux qui obéissent en ce point à ses inspirations.
g) Si vous ne vous émouvez point par les caresses de votre Sauveur, excitez-vous par les punitions de ceux qui ont voulu garder du fiel sur leur cœur et ne se sont point réconciliés avec ceux qui les avaient offensés. Nous lisons, dans la Vie de saint Wolstar, que le diable posséda trois fois un obstiné qui ne voulait point pardonner à son ennemi.