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Premièrement, n'est-ce pas un tort insigne que vous

4°8 i-E SAINT TRAVAIL DES MAINS

feriez à un Créateur duquel procèdent tous les biens que vous possédez, que de ne lui réserver que des années de rebut, et de donner à ses ennemis les plus belles, les plus florissantes et les plus agréables années de votre vie?

Solon, l'un des sept sages entre les Grecs, appelait la vieillesse le port de tous les maux, parce qu'ils y abordent tous et y séjournent jusqu'à la mort ; et chacun voit dans une journalière expérience que la vieillesse est une perpétuelle et incurable maladie.

Estimeriez-vous qu'un roi prît plaisir qu'on présentât de beaux boutons de roses à son esclave, et qu'on ne lui réservât que des feuilles flétries et à demi pourries ; qu'on fît boire les vins les plus délicieux à ses goujats, et qu'on ne lui présentât que la lie ?

2. Secondement, celui qui diffère l'exercice des vertus jusqu'à l'âge viril ou jusqu'à la vieillesse, se fait un très grand préjudice, se privant d'une très grande gloire en Paradis et s'en rendant le chemin plus difficile.

Il est évident que si vous vous rangez de bonne heure au parti de la vertu, vous n'aurez nulle difficulté tout le reste de votre vie ; votre âme est une table rase où vous pouvez peindre tout ce qu'il vous plaira; rien n'y est encore gâté par l'ennemi du genre humain : c'est un vase qui n'a encore aucune mauvaise odeur, et qui retiendra les odeurs et les faveurs du Ciel, si vous les y versez.

Lorsqu'on peut teindre une laine en écarlate, lui donnet-on premièrement une couleur noire ou une couleur verte ? N'est-il pas incomparablement plus aisé de la jeter d'abord dans le sang des pourpres, que de perdre le temps et l'argent, en l'imprimant d'une autre couleur qui empêche que l'on puisse jamais y réussir, pour en faire un habit royal?

Si une fois vous vous laissez maîtriser par une mauvaise coutume, elle affaiblira votre âme, la consumera et lui ôtera le moyen de se remettre en l'heureux état où elle avait été mise au Baptême par la grâce de son Souverain ;

vous savez les difficultés que souffrit saint Augustin en sa conversion.

Les gouttes d'eau creusent les pierres; le fer et l'airain se diminuent par le fréquent contact des mains ; les roues des chariots qui sont une fois courbées, ne se remettent point en leur première droiture ; les bâtons des comédiens ne se redressent jamais, et la coutume surmonte la nature même.

III. Un excellent et facile moyen de se rendre parfait en sa jeunesse, c'est d'agir avec Dieu comme avec un père. Ayez en son endroit un cœur de fils; vous lui dites tous les jours : Notre Père qui êtes aux deux ; conformez toutes vos pensées, toutes vos paroles, toutes vos œuvres à cet honneur qu'il vous fait de vous adopter pour son enfant et de vous donner droit à son héritage.

1. Premièrement, si vous lui êtes bon fils, ayez une crainte filiale qui vous retienne dans les tentations et qui vous fasse éviter les moindres fautes, en sorte que vous n'en commettiez jamais aucune de propos délibéré. Vous marchez par un chemin bordé d'ennemis qui vous tendent des pièges partout, et qui vous portent une haine si furieuse que s'ils ne vous peuvent'ôter la vie, ils s'efforceront de vous oter la joie et la santé, en vous faisant trébucher et tomber; mettez-vous sous la conduite de la crainte de Dieu, elle vous conservera et vous fera arrivera bon port; elle est, dit saint Grégoire, la gardienne des vertus ; au contraire, la trop grande confiance est souvent cause de la ruine des âmes.

2. Secondement, puisque vous êtes fils de ce Père céleste, retirez votre cœur de la terre et élevez-le en haut. Ayez un très tendre amour pour le Seigneur et pour tout ce qui le concerne ; faites vos actions par amour et non par une crainte servile : l'amour est très doux, très méritoire et très efficace en ce qu'il entreprend. Un peu d'or vaut mieux que beaucoup de plomb ; et un diamant est plus estimé qu'un monceau de pierres.

Aimez Dieu de tout votre cœur ; votre âge est tout de feu, et Dieu en mérite toutes les flammes.

3. Troisièmement, si- par malheur vous faites quelque petite glissade, retirez-vous incontinent, frappez votre poitrine, faites un acte de contrition, et sans vous troubler ni vous inquiéter, doublez le pas au chemin de la perfection : cette chute vous nuira peu, et quelquefois vous sera profitable pour vous servir d'aiguillon à une course plus généreuse. Lorsque la plaie est nouvelle, dit saint Jean Climaque, elle est facile à guérir; si on la néglige et on ne se hâte de la panser, la cure en sera très difficile ; plusieurs deviennent avec le temps entièrement incurables, et si la gangrène s'y met, elles causent la mort.

Si vous êtes mordu par un aspic, dit Aristote, il n'y a point d'autre remède que de couper la partie offensée, autrement la mort est certaine.

4. Quatrièmement, un moyen très utile pour s'avancer dans la vertu, c'est un désir efficace de la perfection ; l'esprit de l'homme est tout-puissant s'il est animé d'une ardente affection ; une grande partie du profit, dit Sénèque, c'est de vouloir faire du progrès en la vie vertueuse.

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