‹ Le saint travail des mainsChapitre 55 sur 86 · I. $B&Ê& l'égard de ses maîtres, le bon écolier a deux · texte numérisé non relu

I. $B&Ê& l'égard de ses maîtres, le bon écolier a deux

obligations principales à remplir : il doit les

aimer et les honorer. 1. Le fondement de toutes les belles et glorieuses actions, c'est l'amour, qui rend un jeune homme tout-puissant dans les entreprises les plus difficiles, et qui lui donne des forces et de l'allégresse dans les plus fâcheuses ren-

contres. Une personne qui aime reçoit avec respect tous les avis de celui qui possède son cceur, et exécute avec ardeur toutes ses volontés : que si la haine s'empare d'un esprit, aucune des actions de celui qu'il a pris en aversion ne trouve grâce devant lui, et il le contrecarre en toute rencontre.

Il est donc d'une extrême importance que les écoliers aiment leurs maîtres, pour faire profit dans les études et pour supporter tout ce qu'il en faut souffrir dans diverses . occasions.

Premièrement, le motif le plus puissant pour obtenir d'eux ce devoir, c'est que les maîtres sont les pères des esprits qu'ils cultivent et qu'ils polissent, car, par ce travail, ils leur donnent une seconde naissance plus excellente que la première. C'est pourquoi ce grand conquérant de l'Asie, Alexandre, s'estimait plus obligé à Aristote, son maître, qu'à Philippe, son père, parce que, disait-il, mon père m'a donné le corps, et ce philosophe a orné mon esprit et m'en a fait user avec gloire et avec contentement.

Secondement, un autre motif qui vous oblige à l'amour de vos maîtres, c'est le soin et le travail qu'ils prennent pour vous, se tourmentant jour et nuit pour avoir de nouvelles connaissances à dessein de vous les communiquer, pour trouver diverses manières de s'expliquer intelligiblement, afin de vous faire concevoir les difficultés les plus obscures ; ajoutez la peine et l'anxiété qu'ils ont de veiller sur vos actions dans le collège et dans la ville, la douleur qui les accable lorsque vous manquez à votre devoir, et que vous ne correspondez point par votre progrès à leurs espérances et aux promesses qu'ils ont faites à vos parents.

Troisièmement, un dernier motif qui oblige l'écolier d'aimer ses maîtres, c'est l'amour qu'ils lui portent. Vos maîtres vous aiment en travaillant pour vous, n'est-il pas juste que vous les aimiez en recevant le fruit de leurs tra-

vaux ? Vous ne pouvez nullement douter de cet amour en ceux qui vous instruisent, et du désir qu'ils ont de votre avancement et de votre perfection. Si un jardinier sent de la tendresse pour un arbre qu'il a planté ; si un berger aime son troupeau, s'il désire qu'il profite sous sa direction : si un nourricier se délecte au bonheur de son cher nourrisson, il est hors de doute que ceux qui nourrissent, qui dirigent et qui forment les esprits, sont d'une affection encore plus tendre, plus forte, plus généreuse et plus constante pour ceux dont la charge leur est commise.

Comment donc n'aimez-vous pas ceux qui vous aiment et qui sont poussés à vous aimer, pour vous servir sans épargner aucun travail pendant le jour, ni aucune veille pendant la nuit !

Mais vous dites que votre maître a des emportements fâcheux et ne fait autre chose que vous reprendre et vous punir ; vous n'êtes pas bon philosophe, si vous ne concluez de là qu'il vous aime ardemment. S'il ne vous aimait d'une cordialité particulière, il se tourmenterait fort peu de vos imperfections et vous laisserait dans l'ignorance sans s'émouvoir.

Page 1