Pièce III
3. Du Chesne, Histoire généalog. de la maison de Chdtillon, preuves, p. zbo.
4. Du Chesne (Ibid.), mentionne cet aveu sous la date du 4 février i385, c'est-à-dire i386 nouveau style.
OGIER d'aNGLURE
fant ne naquit de cette union, contractée alors que la mère d'Ogier VII était âgée de quarante-cinq ans environ.
Encore que la terre d'Anglure fût entre les mains d'Isabeau, Ogier VIII ne laissait pas que d'y résider et d'y prendre ses ébats, de telle façon même qu'à un certain moment il craignit l'action de la justice royale à la suite d'une accusation de viol. Voici, du reste, au rapport d'Ogier, naturellement fort intéressé à pallier ses torts, ce qui s'était passé.
Le jour de Pâques i385 (2 avril), quatre écuyers du seigneur d'Anglure — Jeannot de Saint-Martin, Jean deMontbléru, Golinet deChaltrait et Jean Raimbaut, — obtinrent congé de leur maître, qui séjournait au château du Thoult, près MontmiraiP ; ils s'engagèrent à revenir le lendemain pour son lever, et se rendirent au village de Janvillers, d'où ils enlevèrent Colette, femme d'un certain Jean le Dégourdi, habitant du lieu. Le lundi au matin, Ogier, revenant de la messe, trouva, dans sa propre chambre du château du Thoult, une jeune femme — c'était Colette, — qui se chauffait au feu et qui, interrogée par lui, répondit sans se plaindre autrement qu'elle avait été amenée là par Jeannot de Saint-Martin. Le seigneur d'Anglure la conduisit dans sa garde-robe, et, après avoir abusé d'elle sans qu'on lui opposât de résistance, il la ramena dans la chambre, commandant aux gens de la maison de pourvoir à la subsistance de
I. La terre du Thoult faisait partie de la seigneurie d'Anglure; voyez à ce sujet l'aveu de iSyS (plus loin, p. lvii et lxiii).
la jeune femme. Cependant la mère de Colette venait au Thoult à la recherche de sa fille, et criait à haute voix devant la demeure seigneuriale : a Faux, mauvais chevalier, tu as ma fille léans en ton château. » C'est alors que Colette obtint de partir et qu'Ogier la remit aux mains de la mère, en affectant la plus parfaite bonne foi : « Dame, lui dit-il, votre fille est céans! Si c'est celle-ci, prenez-la, car je ne la connais. Dieu la connaisse ! »
Les deux femmes quittèrent le Thoult ; mais, environ quatre ans plus tard, cédant aux conseils de sa mère et de son mari, Colette porta plainte en justice contre Ogier d'Anglure : l'accusation n'était sans doute pas suffisamment prouvée, car l'affaire resta pendante durant deux années et fut seulement terminée le 12 octobre 1391 par les lettres de rémission que le roi accorda à Ogier, en considération des services que ce chevalier et ses prédécesseurs lui avaient rendus à la guerre ^ .
Ces lettres de rémission visaient les services militaires d'Ogier VIII qui, trois mois après l'aventure de Colette et au lendemain des fêtes du mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière, avait rejoint Tarmée royale destinée à châtier les Gantois révoltés et à resaisir sur eux la ville du Dam qu'ils venaient de surprendre 2. Le roi partit à cet effet d'Amiens le 25 juillet i385; le 27 août il était maître du Dam, et, deux jours après, les préoccupations guerrières étant
1. Voir ces lettres de rémission aux Pièces à l'appui, sous le n'VI.
2. Sur cette campagne, il faut lire Froissart (édition Kervyn de Lettenhove, t. X, p. SSS-SGg).
OGIER d'aNGLURE
XHX
moindres, il recevait en son camp Thommage qu'Ogier lui devait pour les terres de Ponthion et de Gizaucourt ' que Jean-Saladin d'Anglure tenait de son frère aîné.
Deux années plus tard, nous retrouvons Ogier en Champagne : le lo juin iSSy, il rendait hommage à révêque de Troyes pour la partie d'Anglure qui relevait de ce prélat 2, et le 26 du même mois, il recevait l'hospitalité, avec Guillaume du Plessis et vingt-quatre chevaux, au château épiscopal d'Aix-en-Othe, situé à 3o kilomètres à l'ouest de Troyes ^. Les comptes de la terre d'Aix nous le montrent encore à diverses reprises de passage en ce domaine, notamment le 3 décembre 1390 avec trois hommes de cheval et deux hommes de pied 4; puis, le 18 février 1406, avec huit autres cavaliers ^
Ogier et sa mère, Isabeau de Ghâtillon, dame