LA FONTEINNE QUE DIEU FIST A SES TALONS
2 3o. Vous devez savoir que ceste fonteine est a l'issue des desers et près de la cité du Caire et de Babiloine, environ deux lieues. A cestedicte fonteine s'arresta la benoiste vierge Marie quant elle s'en ala fuyant en la terre d'Egipte, pour la doubte du roy Herode qui les Innocens faisoit mettre a mort. Et est vérité que quant Nostre Dame ot passé les desers atout son cher enfant, et elle vint en cedit lieu ou est a présent celledicte fonteine, elle mist Nostre Seigneur a terre, et ala serchant eaue par || le désert, mais point n'en peult finer. Sy s'en retourna moult doulente a son cher enfant qui gisoit estandu sur la terre, lequel avoit feru des talons en terre, tant qu'il en sourdit
I. M abrège quelque peu ce long récit qui résume Exod., xiv. — 2. que n'est pais boine yauwe, leçon de M qui termine le là ces mots. — 3. M ne donne pas la position topographique de cette fontaine, dénommée dans P Moneria ; mais Moiteria est la bonne forme de ce mot que fournissent M et P lui-même au g 233.
une fontaine d'eaue moult bonne et doulce : sy fust Nostre Dame moult joyeuse de ce, et en remercia Nostre Seigneur ^ Illec recouscha Nostre Dame son cher enfant et lava les drappelletz de Nostre Seigneur de Teaue d'icelle fonteine, et puis estandi iceulx drappelletz par dessus la terre pour les essuyer ; et de l'eaue qui degoutoit d'iceulx drappelletz, ainsi comme ilz essuyoient, pour chascune goûte naissoit ung petit arbrisseau, lequelz arbrisseaux portent le baulme : et encor a présent y a grant plenté de telz arbrisseaulx qui portent le baulme, et en aultre lieu du monde, fors que en Paradis terrestre, ne trouverés que il naisse baulme fors en cedit jardin. Celle fonteine appellent mesmes les Sarrasins la « fonteine Saincte Marie » ^. Et si est vérité que nul arbre portant baulme ne peut estre norry ne porter balme, s'il n'est norry de l'eaue de celle fonteine.
23 1. Sachiés que illec a tresbel lieu, c'est assavoir tresbel hostel et grant selon l'usage du pays, et y a moult grant logis. Et si comme l'en est entré ou second huis d'icelle maison, peult l'en veoir ladicte fonteine Saincte Marie. Et y a quatre grans et gros thoreaux qui aultre chose ne font fors que traire l'eaue hault d'icelle fonteine a roes pootées, et deux thoreaux a une roe ^. Laquelle eaue se respent par plusieurs lieux par icelle maison, et especiallem«nt par icellui jardin ou croist le baulme ; et encor s'en va icelle eau par conduit en ung beau petit lieu
I. M: et regraisiait Deus le Peire, — 2, Ici encore^ le translateur messin se met en scène : Et vous certefie que lez Sairaiziti apellent... Il avait déjà usé de ce procédé au début du même g ; Et vous certefie pour veriteit que, quant lai gloriouse virge Mairie
et son chier filz s'en allèrent fuant en Egîpte Etau^ suivant
M dit au singulier : je vous certefie, au lieu du pluriel : vous certifions, de P. Nous ne relèverons plus cette particularité, .pour ainsi dire habituelle dans M. — 3. M diffère et abrège quelque peu : .... laidicte fontainne dont .iiij. grant toriaulz tirent hors l'iaween doux lui, laiquelle yauwe se râpant. ..
0 qui est en ladicte maison, si corne !] l'en y entre a main destre, lequel lieu estappellé « oratoire )). Illec se baignent moult de gens par devocion, tant chrestiens comme sarrazins.
232. Dedans cellui beau Jardin ou le baulme croist, est encore le figuier de Pharaon portant fruit et feulles chascun an ; ouquel figuier, c'est assavoir en la tige qui est moult grosse et creuse \ se caicha Nostre Dame et son cher enfant pour la double des gens du roy Herode qui queroient Nostre Seigneur pour occire. Et ont les pèlerins tant cospé d'icellui figuier par devocion que la tige est a présent partie enlevée tout oultre ^. Le fruit que icellui arbre porte naist au contraire des autres arbres, excepté que des figuiers de Pharaon, que les figues naissent es cuisses et es branches, ainsi comme se on les y avoit fichées.