III. — Moyens donnés à l'ouvrier par la nature
pour s'acquitter de ce devoir.
La Providence toujours infiniment sage n'a pas imposé aux pères un pareil devoir sans leur fournir en
même temps les moyens nécessaires pour s'en acquitter convenablement.
Le riche a sa fortune, mais le pauvre n'a que ses bras, et c'est avec son salaire qu'il doit subvenir à ses besoins et aux besoins des siens. Il doit demander au travail les ressources qui lui permettront de procurer à ses enfants, à défaut d'un bien-être considérable, un pain quotidien suffisant et les moyens de se faire un avenir sortable. Ces situations sociales inférieures sont voulues par Dieu. 11 entre dans son plan qu'il y ait des riches et des pauvres, des patrons et des ouvriers ; et si à ces derniers il n'a accordé que leurs bras et leur puissance de travail, il s'en suit qu'il entend que ces bras et ce travail soient assez rémunérés pour permettre de faire face aux obligations et aux charges que la nature a imposées à l'ouvrier.
Si l'ouvrier marié et père de famille ne pouvait pas tirer de son salaire le nécessaire, il serait réduit ou à attendre ce nécessaire de la charité, ou à s'en passer, ou à recourir aux monstrueux procédés de la « prévoyance j> malthusienne. — La Providence n'a pas pu vouloir qu'une classe qui forme plus de la moitié du genre humain fut obligée de tendre la main pour vivre convenablement. La charité est destinée à venir en aide à ceux qui se trouvent dans des situations exceptionnelles, et, même ainsi réduit, le nombre de ses clients sera toujours énorme. La dignité de l'homme semble demander que, tant qu'il est dans des conditions normales, il suffise lui-même à ses besoins et n'en attende pas la légitime satisfaction de la générosité ou du bon vouloir de ses semblables (1). — Le Providence n'a pas pu vouloir davantage que cette même classe soit condamnée à vivre dans la misère et ne procréer que des malheureux. — Encore moins a-1 elle pu vouloir que, pour s'éviter des charges qu'il s<
(1) « Le plan divin exige que l'ouvrier puisse vivre d< son labeur et non de la simple charité. Celle-ci se traduisant par l'aumône dans la généralité des cas, a nour objet le malade, l'infirme, le vieillard, l'enfant ou quelquefois U père de famille sur qui pèsent <*•* -"**ATfies excessives». Martin SJ. Etudes de février 1892.
rait incapable de porter, l'ouvrier recoure à des pratiques qui constituent un mépris de ses lois et une injure à la nature. — Il faut donc que le pauvre et l'ouvrier puissent régulièrement retirer de leur travail une rémunération suffisante pour leur permettre de subvenir non pas seulement à leurs besoins personnels, mais aux besoins ordinaires de la famille qu'ils ont le droit et parfois le devoir de fonder.