‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 10 sur 78 · RÉPARTITION DE LA POPULATION DU CANTON EN · texte numérisé non relu

RÉPARTITION DE LA POPULATION DU CANTON EN

En même temps que la baisse de près de la moitié de la densité générale, le trait le plus frappant est la disparition des grands écarts de densité entre l'Est et l’Ouest du canton. Alors que la densité globale est descendue de. 52 habitants au km£ en 1851, à 28 au km2 en 1946, la densité de l'Ouest est passée de 73 à 35,5 au km2 tandis que la densité de l'Est a diminué seulement de 27,5 à 21,8 au km2: Ce rajustement s'explique par la disparition des activités industriel les et artisanales, totale à Durfort, partielle à Sauve, et aussi par une adaptation du peuplement aux ressources économiques. Nous avons vu, en effet, qu'en 1851, la densité de la région la plus pauvre était presque le triple de la région la plus riche ; cette inégalité flagrante s’est considérablement atténuée et paraît en voie de résorption. Ce même phénomène aura joué pour la répartition de la population entre les diverses communes du canton.

Densité comparée des communes.

Etudions une carte de densité par points dressée pour toutes les communes du canton et pour quelques communes limitrophes. Les

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zones les plus vides correspondent à des communes à habitat épars : FRESSAC (12,3 habitants au km2), SAINT-NAZAIRE- DES-GARDIES (9,2 au km2) et PUECHREDON (8,14 au km?) à l’intérieur du canton, BRAGASSARGUES (11,8) et CONQUEYRAC (13,7) pour les communes limitrophes. La situation est d’ailleurs la même qu'en 1351, la densité ayant très peu varié dans ces localités, sauf pour FRESSAC dont la densité au km? exploité en 1851 était le double des autres communes à habitat dispersé.

Les raisons de cette faible densité n’ont guère varié depuis 1851 : structure agraire et mode d'exploitation différents, dépopulation aggravée par la mécanisation rendue possible par les exploitations d’un seul tenant et la grande superficie des champs dans les communes à habitat épars (St-NAZAIRE-DES-GARDIES).

Les zones les plus peuplées seront situées à chaque extrémité du canton ; à l'Est, SAUVE, conserve une densité de 38,4 au km2 grâce à quelques industries encore actives : à l'Ouest les communes de CANAULES (37,9 au km2) et de SAVIGNARGUES (45,1 au km?) sont les plus peuplées, la nature du sol ayant favorisé la plantation de vignes à gros rendement (42,5 % de la surface totale à CANAU- LES ; 50 % à SAVIGNARGUES. La vigne explique également les fortes densités des communes voisines de LEZAN et de MASSILLAR- GUES-ATTUECH, dont la partie Nord mord sur la fertile vallée du Gardon d'Anduze.

Les communes de Durfort, TORNAC et MONOBLET ont vu leur densité décroitre de plus de moitié depuis 1851. L'ensemble DUR- FORT-St-MARTIN est passé de 67 habitants au km? en 1851 à 31,7 de nos jours ; il en est de même pour les villages voisins qui s'étendent à travers les colllines calcaires Sous-cévenniques ;: TORNAC est passé de 47 au km? à 26,5 en 1946 ; MONOBLET est descendu de 48,3 au km? à 24,3.

Enfin, les densités varient autour de 25 au km? pour les communes de LOGRIAN, St-JEAN-de-CRIEULON. St-THEODORIT, qui ne possèdent qu'une faible superficie de terres propices à la culture de la vigne à gros rendement, l'autre portion de territoire étant constituée par des garrigues et des harmas.

Comment vont se présenter les densités par rapport à la surface cultivée ?

Pour évaluer celle-ci nous utiliserons les chiffres fournis par les commissions communales à l'Enquête Agricole 1949. Comme pour 1851, nous comprendrons parmi les terres cultivées les ténements labourables, les vignes et les prairies. Il nous faudra tenir compte d'un phénomène très important qui s’est produit depuis le milieu du 19** siècle ; les habitants des communes dont le territoire était surpeuplé en 1851 ont acquis des Lerres dans la commune de St-NAZAT- RE et les ont mises eux-mêmes en valeur. Pour être plus près de la réalité, nous calculerons la densité, non pas par rapport à la surface cultivée à l'intérieur de la commune. mais par rapport à la surface

cultivée par les habitants de la commune :

En

Surface alé Densité par

Commune Population Surface cult. par les habi-| rap. à la à l'intérieur tants surf. cult.

* FRESSAC 1322 132 |: id. 55 DURFORT-St-MARTIN 517 545 id. 97 St-JEAN-de-C. 98 326 350 28 LOGRIAN 218 288 400 50,4 * St-NAZAIRE-des-G. 103 650 433 23,8 * PUECHREDON 55 272 id. 24 CANAULES 400 786 817 49 SAVIGNARGUES 125 254 id. 49,2 Total 1.589 91253 3.220 49,3

On constate une nette différence entre villages pré-cévenols et villages de la plaine de l'Est ; la densité de DURFORT, village groupé est le double de celles des communes agglomérées de l'Est ; il:en est de même pour celle de FRESSAC comparée aux autres communes à habitat épars. L'agriculture a gardé son caractère archaïque dans cette partie du canton et la main-d'œuvre y joue encore un rôle éssentiel. C’est ainsi qu'à DURFORT, pour plus de 100 exploitations, on ne compte qu'une quarantaine d'animaux de trait, tandis qu'à CA- NAULES, à l’autre extrémité du canton, pour 50 exploitations, on compte quatre-vingt chevaux et dix-huit tracteurs.

Les densités de LOGRIAN et de St-JEAN-DE-CRIEULON, nettement au-dessus de la moyenne en 1851, se sont considérablement abaissées. Ce rajustement s’est effectué à la fois par une diminution de la population et par une augmentation des surfaces cultivées. Lorsque toutes les terres disponibles dans le territoire de la commune ont été mises en valeur, les habitants se sont tournés vers le terroir de St-NAZAIRE insuffisamment exploité par une population trop peu nombreuse.

Il est remarquable, que les trois villages de CANAULES, SA- VIGNARGUES et LOGRIAN aient des densités, par rapport à la surface exploitée, très homogènes. La proportion de 50 habitants pour 100 ha. cultivés paraît correspondre à l’état actuel d'équilibre ; en admettant qu'un tiers de la population (4) participe effectivement aux travaux agricoles, on trouve que chaque individu doit mettre en valeur 6 ha de terres. La vigne occupant la moitié de la superficie exploitable, on aura une moyenne de 3 hectares de vigne et de 3 hecfares d'emblavures par travailleur, ce qui est tout à fait plausible.

Seul, le village de St-JEAN-DE-CRIEULON présente une densité anormalement basse ; nous avons vu qu'en 1850 cette commune était surpeuplée, le retour à l'équilibre s’est fait brusquement à partir de

(1) Michel ROUSSY : Evolution des populations rurales du Gard (P. 15 et suiv.)

1906 et il semble qu'emportée par son élan d'émigration, la population soit descendue au-dessous du niveau d'équilibre. Le nombre d'habitants doit donc s'accroître au cours des années à venir; nous verrons si les prochains recensements nous donnent raison.

On remarque également un accroissement de la superficie exploitée dans chaque commune, tandis que la population a partout diminué. L'amélioration des procédés de culture, l'emploi généralisé des animaux de trait et plus récemment la mécanisation ont permis la mise en valeur de superficies bien plus étendues par une population réduite. Seule, la bordure cévennique où l'agriculture a très peu évolué a conservé une densité élevée.

Cette analyse nous permet de conclure à une tendance générale vers une atténuation des différences entre les diverses parties du canton. Si l'étude des densités par rapport à la superficie totale ne nous permet pas des déductions intéressantes, l'étude des densités par rapport à la superficie réellement exploitée nous met en mesure d’établir des densités-types suivant les procédés de culture, le mode d'exploitation et le genre d'habitat. Cependant, il ne faudrait pas se hâter de tirer des conclusions trop générales, car les données peuvent être faussées par la composition par âges de la population. C’est ce que va nous montrer l'examen de la structure démographique.

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